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Eddy de Pretto va faire événement au Printemps de Bourges lors de son concert au Palais d'Auron jeudi 26 avril.

Interview de Eddy de Pretto avant son concert au Printemps de Bourges

Au Printemps de Bourges, jusqu’au 29 avril, les talents vont se succéder. Le «Kid» de Créteil Eddy de Pretto va faire événement au Palais d’Auron, où il jouera Cure. Un album, qui raconte son histoire de manière frontale, où se mêlent rap, chanson et poésie urbaine.

Un an après votre premier concert au 22, où vous avez remporté le prix jeune talent des Inouïs et votre nomination aux victoires de la musique, vous faites la une de tous les journaux. Comment vivez-vous cette ascension fulgurante ?

Eddy de Pretto Avec un certain recul. Je me rendrai compte plus tard, je pense, de cette folie-là. Je crois que volontairement ou inconsciemment l’être humain se met un voile sur ce qui se passe pour se protéger. Parfois, il y a des zones déstabilisantes, des phases vertigineuses où je me rends compte par intermittence que tout cela est fou. Après, cela retombe. J’essaie de gérer les choses, de mettre de la distance.

Vous donnez l’impression de n’avoir jamais le trac, de n’avoir peur d’aucune situation…

Eddy de Pretto C’est mes restes de « virilité abusive » (la chanson Kid). L’idée de compétence, de résultat, de tout déchirer, tout surpasser en se montrant fort, puissant. Ça vient de là, de ce tempérament. C’est mon éducation et ce truc de, plus les étapes sont hautes, les objectifs insurmontables, plus j’ai envie de les «défoncer» avec brio. Il y a cette idée de rentrer dans le tas, avec force. C’est ça qui m’a toujours motivé.

En même temps, votre univers est très sensible…

Eddy de Pretto C’est tout le jeu de ma vie. Penser, croire, foncer, cette mentalité un peu totale, en laissant voir les failles, sans que je m’en aperçoive. Ça a été ça toute mon enfance. Les gens autour de moi savaient qu’il y avait une certaine sensibilité, un truc sous-jacent, une présence. Certains disaient : « C’est un artiste, il s’habille autrement, il est sensible. » Pour d’autres, c’était l’homosexualité, et ils pensaient : « Il sera gay. » Moi, je ne me rendais pas compte. C’était du refoulement total. Je rejoue les mêmes cartes, J’ai toujours cette envie d’être indestructible. C’est mon tempérament, mais finalement on voit mes failles comme dans un livre ouvert avec ces chansons. Je ne gère pas tout et heureusement. Je pense que c’est cela qui touche les gens.

Quel souvenir gardez-vous de Créteil, où vous avez grandi ?

Eddy de Pretto Très bon. J’en ai fait une force. Pour moi, ce sentiment de marge, de frustration, ce message qui voudrait qu’en banlieue, on ne peut rien y faire… Ça m’a donné cette niaque et cet acharnement.

« Chanteur, rappeur, conteur, diseur de mots…
je ne me définis pas. Je trouve ça anxiogène,
enfermant. » Eddy de Pretto

Comment le rap et la musique sont entrés dans votre vie ?

Eddy de Pretto Je n’ai jamais dit que je faisais du rap, que j’appartenais à un style musical. Je chante depuis mon enfance, après j’ai pris des cours de théâtre, de chant à la MJC vers l’âge de 14 ans. Chanteur, rappeur, conteur, diseur de mots… je ne me définis pas. Je trouve ça anxiogène, enfermant. Enfant, j’avais des rêves plein la tête et je me sentais comme enfermé à l’idée de ne pas pouvoir les réaliser tout de suite. Cela me bouffait. J’ai toujours eu envie d’être sur scène, sous le feu des projecteurs, d’être exposé. Je n’avais pas de modèle. Ma mère écoutait beaucoup de chansons françaises, Brel, Brassens, ­Barbara. C’est peut-être ça, cette idée de se raconter. Le rap était en bas de chez moi et je l’écoutais avec mes potes.

Et l’écriture ?

Eddy de Pretto J’ai écrit tard, vers l’âge de 18-19 ans, parce que j’avais le souci de raconter mes histoires et pas celles des autres. C’est douloureux, l’écriture. Il faut s’y mettre, s’y plonger, en restant focalisé sur l’idée de raconter son intimité. Une fois que le texte est écrit, c’est la jouissance pour un ou deux jours ! (Rires.) Après, on y retourne. Les mots, c’est bien, mais j’écris avant tout pour les raconter sur scène et être content d’avoir des choses à dire.

Quels thèmes vouliez-vous aborder dans cet album ?

Eddy de Pretto La recherche de soi, la construction, la déconstruction. Des thèmes comme la virilité, comment être masculin, le masque. J’ai beaucoup été conformiste par nécessité d’avoir un groupe ­d’appartenance, des amis, avec cette idée d’être comme les autres, d’être accepté. Je ressentais le sentiments de ne pas être en osmose avec les autres, du coup, je palliais par des masques. C’est parfois tentant de les enlever pour se raconter au plus profond.

Comment viviez-vous vos rapports avec votre mère, dont vous dites qu’elle avait un fort caractère ?

Eddy de Pretto C’était une mère virile, qui ne veut pas se faire déborder par son fils un peu têtu, capricieux, qui fait des crises. Elle était technicienne de laboratoire, seule avec moi et ne savait pas conjuguer tendresse et autorité. On était handicapé par ça. Rien ne passait sous prétexte que, si on donnait trop, elle perdrait en brillance. On était dans cette impasse. Mon père était chauffeur-livreur. J’avais très peu de ­relation, de discussion. Je pense que c’est le nerf de la guerre. J’étais enfoui dans quelque chose où on pouvait peu parler.

Normal, c’est une chanson contre l’homophobie ?

Eddy de Pretto C’est une chanson plus globale, sur la tolérance, l’acceptation de l’autre, sur le fait d’être normal ou pas normal. Après, mon histoire sur l’homosexualité, c’est un détail. C’est parti d’un gars qui me disait que je n’étais pas normal, sous prétexte que je ne lui plaisais pas, que j’étais trop exubérant. On est tous le bolos, le pas normal de quelqu’un d’autre.

Parlez-nous de la Fête de trop

Eddy de Pretto  C’est une chanson qui parle des travers, des limites, le trop-plein de
fêtes, quand on éprouve de la mélancolie après avoir fait la fête tout un week-end
et de n’avoir rien trouvé qui puisse apporter de la tendresse ou l’espoir que ce soir-là,
ça aurait pu marcher, qu’il aurait pu se passer quelque chose d’un peu plus rassurant.
C’est ce qu’on recherche tous dans ces soirées.

À Bourges, vous allez vous présenter de nouveau seul sur scène ?

Eddy de Pretto Juste avec mon batteur et mon téléphone. C’est une volonté artistique d’avoir une scénographie épurée pour favoriser un focus sur le texte. Un focus essentiel sur le dialogue, le partage, le frontal avec le public. C’est cette idée de casser les murs constamment, de tout ­rejouer, de happer, de conquérir les gens. Si cela bouscule, tant mieux. C’est ce que je recherche quand je vais dans une expo ou au cinéma et que je suis dérangé par un film. Que cela me fasse poser des questions que cela suscite et que cela puisse m’élever, c’est ce que je recherche aujourd’hui dans l’art. Tant mieux si cela fait bouger des lignes où si cela énerve des gens. J’adore les tribunes où ça crache, où ça dégoûte. C’est ce qui fait que ça ne laisse pas indifférent. C’est ce qu’on recherche tous, faire passer des messages.

Concert le 26 avril, à 20 h 30, au Palais d’Auron. Site du Printemps de Bourges http://www.printemps-bourges.com/fr/accueil/bienvenue.html

Entretien réalisé par Victor Hache

3 Commentaires

  1. […] Eddy de Pretto est un artiste de bientôt 25 ans qui a grandi à Créteil. Il est de plus en plus connu, reconnu et populaire, mais je le découvre tout juste. Il possède un talent éclatant qui n’a que faire des cases, la verve lyrique d’un grand et chacune de ses chansons est une claque. Ce garçon possède une aura étonnante, une force peu commune. Admiration totale. […]

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