La chanteuse Camille était à l’affiche vendredi 8 Juin 2018 de l’Edition Festival à Marseille. Une ville dont elle aime la lumière éblouissante, la mixité, l’accent et la musicalité de la langue des habitants.

 

Vous avez enregistré votre album Ouï près d’Avignon. Diriez-vous  que la lumière du sud a participé de l’énergie solaire et de la joie qui traversent vos chansons ?

Camille : Je le pense vraiment. A ce moment-là, j’avais besoin de lumière, de paix, de ressourcer les mots, qui l’avaient été déjà par la naissance de mes deux enfants. A chaque fois que je descends dans le sud, c’est 50% de plus de lumière. Récemment, je suis allée à  Cannes, puis à Porquerolles pour des concerts, dès qu’on descend du train, on est ébloui. Je dois à cet éblouissement le nom du disque « Ouï», avec ce «  ï » qui est comme une petite lumière.

 

Votre musique, à la croisée du physique et de la métaphysique mêle chants, corps, danses  et percussions. D’où vient ce désir de sonorités tribales qui habitent votre univers ?

Camille : Je pense que ça vient du fait que je suis une humaine. C’est un besoin fondamental. Quelque part, cela doit m’enraciner et me rassurer. Pour moi, tout cela mène à la transe et à ce qui fait, par la répétition, qu’on libère son énergie et que l’on transcende ses émotions. C’est ce que j’aime le plus dans la musique, même si je fais de la chanson. Je m’intéresse beaucoup aux musiques qui peuvent libérer le corps, qu’on a énormément perdues en Europe. La transe, on pense que c’est pour le vaudou, mais pas du tout. C’est une forme d’hypnose collective qui fait énormément de bien. Il y en a dans les danses bretonnes. En tant qu’artiste, je cherche à travers la chanson, qui est une musique répétitive d’une certaine manière, cette harmonie, dont les hommes ont toujours été en quête, entre la danse, le chant, l’intimité et l’intelligence collective. Une harmonie, qui me semble être à la racine de l’humanité et qui est toujours un besoin aujourd’hui.

Est-ce une manière aussi de réinventer et de faire bouger les codes de la chanson ?

Camille : Je pense que tout artiste est là pour faire bouger les codes et s’en approprier d’autres. La chanson, pour moi, c’est couplet-refrain et éventuellement un pont ou une ritournelle qui se répète, comme  plein de chansons de Gainsbourg. J’aime avoir cette base-là pour ensuite créer un univers qui m’est propre et peut-être créer une autre forme de tradition. Le propre de la création pour moi, c’est se ressourcer en allant aussi bien chercher des sons inconnus, en réinventant les codes ou en redonnant vie à des choses qui ont l’air galvaudées ou ringardes, en étant libre de tout ça.

 

A Marseille, il y a une musicalité très chantante due à l’accent des habitants. Y êtes-vous sensible ?

Camille : Ce qui est beau avec les accents, c’est qu’ils sont en harmonie avec les paysages, les mentalités.  Dans l’accent du sud, il y a de la rocaille, il est plus sec que l’accent du Sud-ouest. C’est plus rude. Ce que j’aime à Marseille, c’est le métissage avec le Maghreb, qui enrichi encore. Il y a une rudesse qui est propre aussi au peuple parisien. Ce n’est pas hypocrite. A Marseille, il y a ce truc-là, sauf qu’il y a du soleil et l’accent. Quand ça parle, ça chante. A Paris, on est beaucoup plus taciturne dans notre façon de parler. Pourvu que la France continue à chanter ! L’intérêt des grandes villes, c’est la mixité. C’est comme des forêts sauvages où il y plein d’espèces qui communiquent entre elles. J’aime ces mélanges qu’on ne peut empêcher et qui invitent à vivre ensemble. Marseille est porteuse de cela. C’est un voyage immobile avec la mer en plus.

Les jeunes marseillais adorent leur ville, mais un grand nombre se disent prêts à quitter Marseille s’ils n’y trouvent pas de travail. Quelle réflexion cela vous inspire ?

Camille : Les villes qui pourraient être des bassins d’emplois sont malheureusement souvent des bassins de chômage. Je crois à l’écologie comme ouverture. Il faut réinventer l’emploi pour réinventer les villes : permaculture sur les toits, développement de l’énergie solaire, protection du littoral, création de lieux collectifs et d’assemblées pour réinventer l’espace public, économie solidaire… Il faut remettre de l’utopie dans la ville. Le système libéral n’offre plus d’emploi, mais il me semble que réinventer une autre façon de vivre par des initiatives citoyennes pourrait redonner utilité et dignité à beaucoup de gens.

Entretien réalisé par Victor Hache

Camille était en concert le 8 juin au Théâtre Silvain dans le cadre de l’Edition Festival (7-10 juin),  Chemin du Pont
13007 Marseille. Infos : https://www.ledition-festival.fr/release/camille/

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