Interview. LP : “Je suis une sorte de marin au long cours”

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Les tatouages marins de LP sont une manière de dire aux gens : « ok, j’ai compris, ce n’est pas la destination qui compte, c’est le voyage ».

Deux ans après l’immense succès de “Lost on you “, Laura Pergolizzi alias LP revient avec “Heart to Mouth”, son 5ème album. Un opus au registre pop-rock efficace porté par la voix aérienne unique de la chanteuse américano-italienne, aussi à l’aise dans les ballades que dans les morceaux flamboyants taillés pour les stades. De quoi patienter avant son retour sur scène à La Cigale, où elle sera les 2 et 5 mai.

LP : “Je peux être très masculine, avoir la sensibilité d’un enfant et oserai-je dire, être féminine par moment!” (rires)

La chanteuse LP sera à La Cigale à Paris les 2 et 5 mai 2019

Dans le 5ème album de sa carrière sorti en décembre, Laura Pergolizzi alias LP a choisi de laisser parler son cœur. D’où le titre de son nouvel opus “Heart to Mouth”, son disque le plus personnel depuis ses débuts. La chanteuse américano-italienne au look androgyne, qui jusqu’ici menait un parcours d’artiste “indé” aux Etats-Unis, s’est révélée au grand public en 2016 avec l’immense succès européen de «Lost on You». Un album qui lui a permis de se produire sur de nombreuses scènes internationales (festival Coachella etc…) dont le single éponyme a été “streamé” plus de 500 millions de fois.

Si les mélodies de “Heart to mouth” peuvent paraître moins accrocheuses que dans le précédent opus, l’ensemble est d’une efficacité imparable, marqué par la voix unique et particulière de LP. Une voix enfantine éraillée à laquelle on ne peut rester indifférent, qui s’envole dans les aigus et transperce dès la première écoute. Résultat, un spectre émotionnel très large pour celle qui a d’abord écrit pour Backstreet Boys, Rihana ou Christina Aguilera, dont les influences vont de Freddie Mercury, David Bowie, Bob Dylan, Aretha Franklin, Joni Mitchell ou Chrissie Hynde. LP adore siffler dans ses chansons et arbore par ailleurs un tatouage marin sur le haut de sa poitrine représentant un grand navire à voile. Une manière d’invitation au voyage pour la chanteuse qui ne va pas manquer de faire événement à La Cigale où elle sera début mai.

Vous considérez-vous comme une artiste qui doit « attraper les rêves », comme le suggère le titre “Dreamcatcher”, qui ouvre votre nouvel album ?

LP : Cette chanson est d’abord une métaphore pour une femme que je connaissais, un peu comme le titre “Dreamer” également dans le disque. C’est un mélange de sentiments difficiles et romantiques qui forment comme un poème. J’aime le ton que cela donne à l’album. Cela représente le côté sombre et le côté lumineux. L’idée de poursuivre ses rêves, n’est-ce pas fantastique ? Si on ne parvient pas à les atteindre, c’est triste et tragique. Et il y a l’autre partie où l’on  réalise le rêve et où on se dit « quoi, c’est tout ce qu’il y a finalement ? » tout en triant les différentes choses que cela amène dans votre vie.

Aux Etats-Unis, vous avez longtemps été considérée comme une artiste indé. Comment avez-vous vécu l’extraordinaire aventure de “Lost on You”, qui a changé votre destin ?

LP : Etre une artiste indé a été une bonne expérience. Cela permet de se rendre compte à quel point on est chanceux de pouvoir continuer de faire de la musique. Avec “Lost on you”, j’ai pu toucher un tel public que je me suis sentie vraiment portée et en même temps bizarrement préparée. J’ai établi des connexions avec un petit public pendant tellement longtemps, que ça semblait naturel comme progression, finalement. Ça été une construction sereine, entre ma carrière aux Etats-Unis et mon succès en Europe.

LP: “Quand on pense tout savoir sur moi, en général, on se trompe lourdement. Il faudrait coucher avec moi pour comprendre et même dans ce cas-là, vous ne comprendriez pas !”

Vos chansons évoquent souvent le thème de l’amour, du manque de confiance en soi, des regrets. Est-ce évident de vivre une vie sentimentale sereine, quand on est tout le temps en tournée à l’étranger ?

LP : Les  relations à distance, c’est toujours compliqué. C’est un thème très important dans l’album. Il y a des chansons qui évoquent ma colère contre ma fiancée actuelle, parce qu’elle est tellement loin, et je sens qu’elle m’en veut également. Etre loin de la personne qu’on aime, c’est peut-être le pire côté de la célébrité. Elle a son succès indé en tant qu’artiste aux Etats-Unis et elle essaie de conduire ce bateau-là. On est toutes les deux dans cette vie d’artistes, mais dans des royaumes différents. Cela nous tient encore plus éloignées, parfois.

Vous paraissez aussi à l’aise dans les ballades que dans les morceaux les plus flamboyants. Quel registre préférez-vous ?

LP : J’ai besoin des deux. C’est ce qui continue à me faire avancer. C’est tellement en symbiose avec ma personnalité. Je peux être très masculine, avoir la sensibilité d’un enfant et oserai-je dire, être féminine par moment! (rires). J’accepte mes différents modes, caractères et ambiances. Il y a une auteure-compositrice et productrice très connue, qui m’a conseillé un jour, de ne pas chanter aussi aigu, parce que cela ne faisait pas assez macho. Je lui ai répondu que je n’étais pas d’accord et que les chanteurs de heavy metal, ont souvent eux aussi une voix aigüe. En fait, j’ai du mal à accepter les opinions des autres. Quand on pense tout savoir sur moi, en général, on se trompe lourdement. Il faudrait coucher avec moi pour comprendre et même dans ce cas-là, vous ne comprendriez pas ! (rires).

A quel âge avez-pris conscience de vos qualités vocales ?

LP : Quand j’étais enfant, vers l’âge de 10 ans. Je me suis rendue compte que j’avais un vibrato dans la voix. J’étais un peu surprise et embarrassée parce que je n’avais pas du tout envie de sortir ma voix, à ce moment-là. Ça m’a rendue timide. Un jour, alors que m’a mère m’entendait chanter dans la voiture, elle a baissé la radio et m’a dit : “c’est toi qui chante ?, mais c’est très bien “. Quand un parent encourage une de nos qualités, en général cela fait grandir et donne confiance. J’ai commencé à chanter à l’école dans les chorales et très vite on m’a mis dans les spectacles de fin d’année. J’ai compris que je pouvais chanter à ce moment-là. Mais en même temps, à l’école, j’étais beaucoup dans les clubs sportifs et ça a pris le pas sur mon apprentissage vocal artistique, même si j’avais pris conscience que je savais chanter.

Parlez-nous de Mylène Farmer avec qui vous avez chanté en duo «N’oublie pas» dans son dernier album…

LP : J’adore Mylène. Nous sommes devenues amies. Je la trouve tellement intéressante, intellectuelle et sophistiquée artistiquement. J’ai beaucoup aimé travaillé avec elle. En faisant la promo quand son disque est sorti, je ne me suis pas rendu compte à quel point les gens la trouvent mystérieuse. Les journalistes me demandaient tout le temps “alors, comment est Mylène ? “. Cela m’a beaucoup étonnée. Elle était tellement ouverte avec moi, que je n’avais pas eu du tout ce sentiment. Alors, j’ai gardé le mystère et je n’ai pas répondu (rires).

LP: “Tous mes tatouages sont des tatouages marins”

En tant qu’Américaine, quel regard portez-vous sur la politique de Trump ?

LP : C’est une question difficile. Je suis à 100% contre ce que fait Trump. Cette expérience pour les Etats-Unis a été polarisante mais cela prouve aussi que c’est galvanisant du point de vue des gens qui se rendent compte des problèmes devant lesquels il faut qu’on réagisse et qu’on agisse pour pouvoir sauver tout, de l’environnement jusqu’à nos droits humains basiques. Il y a beaucoup de ça dans le monde aujourd’hui. Musicalement, j’essaie de rester en dehors de la politique, même si bien sûr, j’ai mes idées. C’est une période difficile et en même temps les gens prennent la parole. Je trouve magnifique qu’il y ait de plus en plus de voix qui s’expriment autrement, pour parvenir à changer les droits des gens qui sont différents. C’est une période intéressante qui nous fait prendre conscience à quel point les choses doivent être changées.

Quel sens donnez-vous au voilier tatoué sur votre poitrine ?

LP : Tous mes tatouages sont des tatouages marins. Je suis une sorte de marin au long cours (rires). J’ai quelques idées de foyer, mais mon existence et mon travail m’emmènent tellement loin la plupart du temps, que c’est compliqué. Tatouer ce bateau à un endroit aussi proéminant et aussi douloureux, c’est ma manière de dire aux gens : « ok, j’ai compris, ce n’est pas la destination qui compte, c’est le voyage ».

 Vous allez vous produire à La Cigale début mai. De quelles ambiances rêvez-vous sur scène ?

LP : D’une certaine manière, j’arrive à sentir quand je parviens à emmener les gens dans mon histoire. J’aimerais faire en sorte d’attraper au lasso la conscience collective. Je ne sais pas si c’est le meilleur ou le plus profond, mais en tout cas, c’est l’album le plus personnel que j’ai fait avec pour chaque chanson une ambiance. C’est ce que je vais faire de plus gros en terme de production et de mise en scène. On va essayer de créer un  moment magique dans l’imaginaire des gens. J’aimerais qu’on soit tous comme dans un rêve pendant cette heure et demi et qu’on garde cette expérience longtemps en nous après le concert.

Entretien  réalisé par Victor Hache

LP – Album «Heart to mouth», BMG/Vagrant. Concerts les 2 et 5 mai à La Cigale, 120 bd de Rochechouart , Paris 18.Tél : 01 49 25 81 75

LIRE: -M, IAM, Patrick Bruel, Chris, Angèle aux Francofolies 2019: https://www.weculte.com/musique/m-iam-patrick-bruel-chris-angele-aux-francofolies-2019/

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