Sortie cinéma. On l’a surnommé « le Cézanne de la fausse monnaie » ou « le plus grand faussaire de tous les temps »: Ceslaw Jan Bojarski (1912-2003), jeune ingénieur polonais qui fit trembler la Banque de France dans les années 60, fait l’objet d’un biopic « inspiré de faits réels » au suspense astucieux et à la reconstitution historique soignée, L’AFFAIRE BOJARSKI (mercredi 14 janvier sur les écrans).
L’Affaire Bojarski : Celui que l’on surnommait « le Cézane de la fausse monnaie » était un vrai artiste, un faussaire de génie, un hors-la-loi aux dons fabuleux
Officier de l’armée polonaise fait prisonnier par les Hongrois pendant la Seconde guerre mondiale, Bojarski (Reda Kateb) s’évade avec son ami Anton Dow (Pierre Lottin) et tous deux se réfugient en France. Là, il vit d’abord de petits boulots (pianiste dans un bar, employé dans une boucherie, mécanicien dans un garage) et rencontre une Française, Suzanne (Sara Giraudeau), qu’il épouse.
C’est un ingénieur très imaginatif, dont le cerveau fourmille d’idées d’inventions: cafetière à déclenchement automatique, stylo jetable qui ne fuit pas, fauteuil tournant à hauteur réglable, brosse à dents électrique, déodorant à bille, machine à café à dose unique… Mais c’est un immigré et les autorités françaises lui refusent régulièrement les brevets de ses inventions.
Cabane au fond du jardin
Alors, après avoir fabriqué des faux papiers pendant l’Occupation, il se lance après la guerre dans la fausse monnaie et, particulièrement doué, est d’abord engagé par la pègre. Puis il se met à son compte et, seul, dans sa cabane cachée au fond du jardin de sa maison en banlieue parisienne, il va fabriquer quantité de faux billets plus vrai que nature, à l’insu de sa femme qui ne se doute de rien et croit que ses revenus proviennent de ses brevets.
Pendant plus d’une décennie, il va contrefaire les trois billets réputés infalsifiables de la Banque de France, ses trois chefs d’œuvre: le 1.000 Francs « Minerve et Hercule » de 1945, le 5.000 Francs « Terre et Mer » de 1949, le 100 Nouveaux Francs « Bonaparte » de 1959. Et pendant toutes ces années il va échapper à la traque du meilleur flic de France, le commissaire André Mattei (Bastien Bouillon), lancé à sa poursuite…
Héros sympathique
L’Affaire Bojarski est le 10e film du réalisateur Jean-Paul Salomé (BelphÉGor le fantôme du Louvre, ArsÈne Lupin, Les Femmes de l’ombre, La Daronne, La Syndicaliste), qui a une admiration certaine pour ce faux-monnayeur et en fait un héros sympathique. Outre le fait d’avoir trouvé le bon papier, « Bojarski a créé toutes les machines –presse, plaques, mélangeur– qui lui servaient à fabriquer ses faux billets », rappelle-t-il.
Car c’était un vrai artiste, un faussaire de génie, un hors-la-loi aux dons fabuleux: « Il marquait sciemment ses faux billets grâce à de minuscules différences qui sont autant de signatures. D’ailleurs ses billets étaient plus beaux que les billets de la Banque de France ».
Solitude et besoin de reconnaissance
« Je me suis beaucoup projeté dans sa solitude. Ce moment où il fabrique, où il trouve. Son besoin d’être enfermé dans un lieu clos. Enfant, je ressentais ce besoin de m’exclure du monde pour jouer. Cette soif d’isolement m’a tout de suite interpelé », ajoute le réalisateur. « (…) Sa solitude était un enjeu fondamental. Le besoin de se cacher et le besoin de reconnaissance me le rendent proche ».
Jean-Paul Salomé, qui a rencontré la fille de Bojarski, Anne, aujourd’hui âgée de 77 ans, a particulièrement soigné la reconstitution historique de cette histoire vraie. Mais il a aussi multiplié les scènes à suspense et a inventé quelques rencontres savoureuses entre Bojarski et Mattei, qui font de ce biopic un film passionnant.
Ce sera l’occasion, pour beaucoup de spectateurs sans doute, de découvrir ce personnage de l’histoire de France hors du commun, avec au générique de fin les photos et les dates de la vie du vrai Bojarski (à lire également ici et ses trois chefs d’œuvre ici –mais au risque de se priver du suspense de la fin du film).
Jean-Michel Comte
LA PHRASE : « Un faussaire, ça ne change pas de métier » (le commissaire Mattei).
- L’Affaire Bojarski (France, 2h08). Réalisation: Jean-Paul Salomé. Avec Reda Kateb, Sara Giraudeau, Bastien Bouillon (Sortie 14 janvier 2026)

- Retrouvez cette chronique ainsi que l’ensemble des sorties cinéma de Jean-Michel Comte sur le site Cinégong





