Sortie cinéma. Dans la Hongrie des années 50, un adolescent s’interroge sur l’identité de son père, disparu pendant la guerre et qu’il n’a jamais connu: est-il mort, est-il vivant, où est-il, qui était-il? Il le saura (peut-être) à la fin d’ORPHELIN, le nouveau film du réalisateur hongrois László Nemes (mercredi 11 mars sur les écrans).
ORPHELIN impressionne par sa mise en scène à la fois austère et esthétique, très soignée, bien que le scénario ne soit pas très riche.
Budapest 1957, après l’échec de l’insurrection contre le régime communiste. Andor (Bojtorján Barabas), ado juif de 13 ans, vit seul avec sa mère Klara qui l’élève dans le souvenir de son mari disparu dans les camps de concentration nazis.
Ce n’est pas la misère, sa mère (Andrea Waskovics) travaille dans une épicerie, ils vivent dans un appartement correct, tous deux s’aiment et s’entendent bien. Andor a une petite copine, Sari (Elíz Szabó), qui travaille dans la même épicerie et dont le grand frère, juif et opposant au régime, se cache dans une cave.
Très cher père
Andor vit dans le souvenir de son père, qui tenait un guichet de billetterie pour spectacles, séances de cinéma, matches de foot et combats de boxe. Il lui parle tous les jours, en s’adressant aux canalisations de son immeuble en sous-sol: « Cher Monsieur, très cher père… », commence-t-il à chaque fois.
Mais il a un choc le jour où sa mère lui présente un homme rustre et peu aimable, mystérieux (Grégory Gadebois), boucher tout juste débarqué de la campagne, qui l’a cachée pendant la guerre pour qu’elle échappe aux Nazis. Il prétend être son vrai père, ce qu’Andor n’accepte pas et qui l’incite à enquêter…
Troisième film
C’est le troisième film du jeune réalisateur László Nemes, 49 ans, qui s’était fait connaître par son superbe et impressionnant premier long-métrage, LE FILS DE SAUL, sur les camps de concentration, Grand Prix du Festival de Cannes en 2015 et Oscar du meilleur film étranger en 2016. Le suivant, SUNSET (2028), sur la Hongrie de 1913, n’avait pas été à la hauteur du premier.
Pour ORPHELIN, il s’est inspiré de l’histoire de sa grand-mère et de son père, le cinéaste et dramaturge András Jeles, 80 ans aujourd’hui. « C’est une histoire qui nous a hantés pendant mon enfance, et bien au-delà », dit-il. « On me la racontait, et elle semblait presque irréelle. C’est l’histoire d’un gamin qui, à 12 ou 13 ans, doit apprendre son vrai nom. Il doit changer de nom parce qu’un étranger débarque dans sa vie et dit être son père. À travers cela, c’est toute l’histoire de la survie de ma grand-mère –la mère de mon père– qui est en jeu. Son destin reflète encore une fois celui d’un XXe siècle trouble, inhumain ».
Filiation
Le destin de son peuple, les blessures infligées à l’humanité par le XXe siècle, la judéité, et plus intimement la paternité, la filiation, la recherche des origines sont des thèmes qui lui tiennent à cœur. « Le film se situe là, entre la filiation et l’impossibilité des liens familiaux. Entre la transmission et le silence », explique-t-il.
Filmé à hauteur d’adolescent, avec une image souvent sombre au format presque carré (4:3), ORPHELIN impressionne par sa mise en scène à la fois austère et esthétique, très soignée.
Mais le scénario n’est pas très riche, d’où la nécessité d’avoir recours aux dangers que court le grand frère de Sari pour muscler un peu le récit –et envelopper d’un contexte historique tragique les interrogations intimes de cet adolescent en quête de vérité paternelle. Une dualité dont le déséquilibre nuit hélas à ce film pourtant profondément humain et sensible.
Jean-Michel Comte
LA PHRASE : « Savez-vous que Lénine aurait 87 ans s’il était encore en vie? (…) Les meilleurs partent toujours les premiers » (l’épicier chez qui travaille la mère d’Andor).
- Orphelin (« Árva ») (Hongrie, 2h13). Réalisation: László Nemes. Avec Bojtorján Barabas, Andrea Waskovics, Grégory Gadebois (Sortie 11 mars 2026).

- Retrouvez cette chronique ainsi que l’ensemble des sorties cinéma de Jean-Michel Comte sur le site Cinégong





