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"Apeirogon" de Colum McCann: notre coup de cœur de l'année 2020. Photo Kenzo Tribouillard - AFP

Livres. Avant la rentrée littéraire d’hiver programmée pour le 7 janvier 2021, un ultime coup d’œil dans le rétro pour se rappeler les temps forts de l’année qui tire à sa fin. L’occasion pour WE CULTE de présenter sa sélection des dix meilleurs romans et récits étrangers parus en 2020. Mention spéciale pour “Apeirogon” de Colum McCann, notre coup de coeur.

impossible erri de lucca“Impossible” d’Erri De Luca

Le roman de l’affrontement et du dialogue. Dans “Impossible”– le roman de l’Italien Erri De Luca qui dit : “L’engagement a été mon éducation sentimentale”, face à face : un vieux militant accusé et un jeune juge. Le premier est accusé d’avoir poussé dans les Dolomites dans un précipice un ex-camarade de lutte soupçonné de trahison à la cause. Le second veut démontrer la culpabilité du premier. Le texte flotte entre alpinisme et interrogatoire puis dialogue. On se remémore ce que l’Italie appelle les “années de plomb”, ces années 1970- 1980, le temps de la lutte armée, de la “Lotta continua” et des Brigades rouges. Avec un plaisir communicatif, De Luca a inversé la situation- dans “Impossible”, c’est le vieux militant qui sait, et le jeune juge qui cherche à savoir, à comprendre.

  • “Impossible” d’Erri De Luca. Gallimard, 176 pages, 16,50 €.

Fille, femme, autre de bernardine evaristo“Fille, femme, autre” de Bernardine Evaristo

Pas moins de douze voix pour un roman choral au titre programmatique : “Fille, femme, autre”. Le 8ème roman de la Britannique Bernardine Evaristo, mais son premier traduit en français. Man Booker Prize 2019, le livre met en scène douze femmes fortes et puissantes- des portraits de onze femmes noires ou métisses et d’une dont une trans (Megan devenu[e] Morgan) de la fin du XIXème siècle à aujourd’hui. L’auteure aime à dire et répéter : “Je suis une activiste de la littérature”, donc d’une écriture enthousiasmante et quasi parlée, elle conte ces femmes puissantes, elles se prénomment Amma, Dominique ou encore Yazz. Elles viennent de tous milieux sociaux et culturels, elles partagent leurs désirs, leurs colères pour mener leur combat : le féminisme noir. Un texte essentiel.

  • “Fille, femme, autre” de Bernardine Evaristo. Editions Globe, 480 pages, 22 €.

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la vie joue avec moi de david grossman“La vie joue avec moi” de David Grossman

Point de départ de “La vie joue avec moi”, le roman de David Grossman : un kibboutz en Israël. Trois femmes : Véra la grand-mère qui vient de fêter ses 90 ans, Nina sa fille et mère de Guili, et un homme- Raphaël, mari de Nina et père de Guili. Cette ” bande des quatre” part en voyage en Croatie, là où est née et a grandi Véra, là où elle a connu, pendant trois ans, la prison de Tito pour avoir refusé de déclarer son mari défunt, traître à la nation. Les quatre en Croatie, Guili tourne un film-documentaire. Des secrets de famille fusent. Pour ce roman de femmes puissantes et le personnage de Véra, David Grossman s’est inspiré d’Eva Panic-Nahir, “une femme célèbre et admirée en Yougoslavie qui, dit-il, m’avait demandé d’écrire l’histoire de sa vie, et celle de sa fille”

  • “La vie joue avec moi” de David Grossman. Seuil, 336 pages, 22 €.

retour de service de john le carré“Retour de service” de John le Carré

Tout juste 300 pages… Voilà, il n’en a pas fallu plus à John le Carré, mort à 88 ans le 12 décembre dernier, pour rappeler que, pendant près de soixante ans, il est le maître du roman d’espionnage. Avec son 25ème roman, “Retour de service”, il nous a offert le livre le plus étincelant, le plus décapant écrit par un Britannique sur le Brexit- tout en étant virevoltant d’intrigues, d’énigmes, de coups fourrés et tordus. Dans ce théâtre de l’ombre et des ombres, il y a des personnages flamboyants, des ordinaires, des émouvants, des antipathiques. Et aussi, Nat (contraction d’Anatoly devenu Nathanaël) dans ce « Retour de service », un personnage à l’approche de la cinquantaine et ne se berçant plus d’illusions. Avec cet ultime roman, le Carré en a profité pour balancer de sévères piques politiques…

  • “Retour de service” de John le Carré. Seuil, 304 pages, 22 €.

underland de robert macfarlane“Underland” de Robert Macfarlane

Un voyage au centre de la terre avec, pour guide, le Britannique Robert Macfarlane, auteur d’“Underland”. Compagnon d’écriture de Bruce Chatwin ou encore de Sylvain Tesson, il a entrepris un “voyage au centre la terre”. Sept ans durant, il a fréquenté ce pays des merveilles- des sites souterrains, des laboratoires sous la mer, des grottes norvégiennes avec des peintures rupestres mystérieuses, des catacombes… Récit de voyage et d’aventures, essai, traité scientifique, “Underland” est un grand livre de réflexion(s) pour un constat implacable : tout ce que les hommes enfouissent, dissimulent, cachent sous terre dans l’”underland” laissera inévitablement sur l’héritage géologique des traces, des empreintes irréversibles pour les prochaines générations. Un livre salutaire et indispensable.

  • “Underland” de Robert Macfarlane. Les Arènes, 518 pages, 24,90 €.

churchill andrew roberts“Churchill” d’Andrew Roberts

Monumental… Voilà bien le mot pour définir le pavé (1 320 pages) écrit par Andrew Roberts, professeur au King’s College de Londres et à la Hoover Institution de Stanford. Un pavé pour la biographie définitive de l’un des personnages essentiels de l’Histoire britannique et du monde. C’est sobrement titré “Churchill”, et c’est un modèle de biographie. Un seul mot d’ordre pour ce texte immense : les faits, toujours les faits, seulement les faits… Des années de  recherches, et dans le cas présent, pour la première fois, Roberts a pu consulter les carnets du roi George VI dans lesquels sont consignés les entretiens hebdomadaires qu’il avait avec Winston Churchill (1874- 1965). Surnommé “le Vieux Lion”, il n’était pas tout blanc ou tout noir- comme le montre la biographie d’Andrew Roberts.

“Churchill” d’Andrew Roberts. Perrin, 1 360 pages, 29 €.

quichotte" salman rushdie“Quichotte” de Salman Rushdie

        Deux ans après “La Maison Golden”, Salman Rushdie est, à 73 ans, revenu en librairie. Avec un livre XXL simplement titré “Quichotte”. Près de 430 pages de tendresse, d’enchantement, de terrible satire. Il a confié s’être inspiré d’un texte du 17ème siècle : “L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche” de Cervantès, et a transposé les aventures de l’anti-héros de Cervantès dans les habits et le corps d’un Américain né en Inde, représentant de commerce lancé dans un road movie au volant d’une vieille Chevy Cruze gris métallisé avec l’espoir fou de conquérir la bombe atomique qu’est la vertigineuse présentatrice star d’un talk show de télé-réalité. Il y a aussi la relation père-fils, les embrouilles frère- sœur, le racisme, la crise des opiacés ou encore le “réel irréel”

  • “Quichotte” de Salman Rushdie. Actes Sud, 432 pages, 23 €.

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 10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange elif shafak“10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange” d’Elif Shafak

Figure essentielle de la littérature turque contemporaine avec dix romans traduits dans 50 langues, Elif Shafak a signé, entre autres, “La Bâtarde d’Istanbul” et “Trois filles d’Eve”– elle est revenue avec “10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange”. Ce temps durant lequel fonctionnerait encore l’esprit humain après la mort biologique. Des meurtriers ont jeté le corps de Leila, jeune prostituée assassinée à Istanbul, dans une poubelle, mais durant ces 10 minutes et 38 secondes, elle se remémore les événements, la vie qui l’ont menée d’Anatolie aux quartiers pourris de la ville. Leila, jeune fille de bonne famille dont le destin a basculé. Leila victime comme tant d’autres femmes dans la Turquie d’aujourd’hui. Un texte fort et puissant, à la gloire de toutes ces femmes “indésirables”

  • “10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange” d’Elif Shafak. Flammarion, 400 pages, 22 €.

nickel boys de colson whitehead“Nickel Boys” de Colson Whitehead

Après “Underground Railroad” (2017), l’Américain Colson Whitehead a reçu, fait rarissime, une deuxième fois le Prix Pulitzer pour “Nickel Boys”. Pour l’ancien président Barck Obama, c’est “une lecture nécessaire. Il détaille la façon dont les lois raciales ont anéanti des existences et montre que leurs effets se font sentir encore aujourd’hui”. Ainsi, dans une Amérique cabossée et fracturée, Whitehead est devenu une voix forte de la communauté afro-américaine. Il affirme : “Noir, c’est l’enfer”. S’inspirant de faits réels, il emmène le lecteur dans la Floride des années 1960, cet Etat où la Nickel Academy s’engage à faire des délinquants des “honnêtes hommes”. Sauf que, dans cet établissement, les pensionnaires vivent le cauchemar du racisme à cause de la couleur de leur peau…

  • “Nickel Boys” de Colson Whitehead. Albin Michel, 272 pages, 17,90 €

NOTRE COUP DE COEUR 2020

apeirogon colum mccann“Apeirogon” de Colum McCann

Un roman-fleuve. Un titre énigmatique venu du grec, c’est “Apeirogon” de l’Irlando-Américain Colum McCann. Un roman essentiel qui a pour théâtre Israël et la Palestine. ” Apeirogon” (en grec, “figure géométrique au nombre infini de côtés”) conte l’histoire de deux pères- Bassam Aramin et Rami Elhanan, et de leurs filles, Abir Aramin et Smadar Elhanan. Un Israélien, un Palestinien. L’un et l’autre essaient de survivre après la mort de leurs filles âgées de 10 ans. Ils sont dévorés par le chagrin, le deuil, les souvenirs. Ensemble, ils ont créé l’association “Combattants for Peace”. De cette belle histoire, McCann a poussé au plus loin l’expérience littéraire, se référant au titre “Apeirogon”, cette fameuse figure géométrique au nombre infini de côtés. Un roman vertigineux…

  • “Apeirogon” de Colum McCann. Belfond, 512 pages, 23 €

Serge Bressan

 

 

 

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