da silva album au revoir chagrin
Da Silva :"Je cherche à créer des émotions, à faire du bien aux gens et en même temps à être consolé, aimé" (c) Richard Dumas.

Da Silva revient avec le beau et poétique “Au revoir chagrin” où se mêlent chansons chaloupées, reggae, valse et mélodies métissées. Un album où le chanteur laisse (un peu) de côté sa peine, ralenti le tempo pour mieux se sentir exister loin du bruit ambiant et part à la recherche des premières émotions qui ont marqué sa vie.

Da Silva: “Je suis un garçon blessé depuis longtemps. J’essaie de tricoter mon histoire de façon à ce qu’elle tienne chaud. Sans la musique, je ne serais pas en vie.”

Da Silva aime “les histoires sans capitaine”. Celles qu’on écrit sans boussole ni compas, guidé par l’envie de se laisser dériver vers des terres poétiques où rien ne blesse, où tout fait du bien. Da Silva ne tient pas dans les cases. Depuis quinze ans il écrit des chansons qui disent ses tourments, ses espoirs, ses rêves d’ailleurs. Quand vient le blues et que rien ne va, il se soigne avec la musique, elle qui l’a sauvée de tout. Aujourd’hui, il prend le contre-pied, va où on ne l’attend pas et revient avec un album qui laisse enfin entrer la lumière. Un disque, le 7ème de sa carrière, aux ambiances métissées où se croisent chansons chaloupées, reggae, rêveries orientales et cuivres Mariachis ou mélodies accrocheuses aux accents de variétés. Tel “Le lit et les coquillages”, que l’on se surprend à joyeusement fredonner. Un opus dont le titre “Au revoir chagrin” semble faire écho aux mots de Sagan (“Adieu tristesse”), qui témoigne du désir de renaissance de Da Silva, lequel semble avoir décidé de regarder du bon côté de la vie. Là où le soleil rappelle que tout n’est pas foutu, qu’il faut savoir vivre et profiter du temps présent avant que la nuit nous emporte.
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Da Silva (c) Matthieu de Martignac / Maxppp

Vous chantez “Au revoir chagrin”. Une manière de dire merci la vie pour tout ce qu’elle apporte ?

Da Silva : Quand j’ai écrit cet album, je réécoutais beaucoup les premiers disques de Brigitte Fontaine. J’ai commencé à lire ses interviews. Un jour, elle a eu ces mots “il faut avoir l’honneur d’être”. J’étais en pleine réflexion de création et pensé “Ça va, tu l’as traîné ta croix. Il est temps que tu regardes les choses autrement. Il est temps de créer un album où tu dis que tu n’es pas d’accord que tout s’accélère, que tu veux ralentir et que tu ne seras pas celui qui fera le énième disque avec de l’électro”. Je rêvais d’un album métissé, exotique, coloré, pas trop sucré, épicé. Je voulais que ça sente le safran, le gingembre, que ça pique un peu partout. J’ai fait ça loin de toute raison économique, de toute pensée commerciale, juste pour avoir “l’honneur d’être” comme dirait Brigitte Fontaine. Du coup, ça m’a libéré. Je me sens changé dans ma façon d’écrire, d’imaginer les mélodies et les cadences d’accords et ça me va mieux.

Votre approche paraît plus apaisée. Est-ce à dire qu’il  y a des choses qui ont changé dans votre vie ?

Da Silva : Il y a eu un déclic important. Le violoniste qui m’accompagnait depuis onze ans, un ami fidèle, est mort en six mois d’une maladie fulgurante. Il était très jeune, 50 ans à peine. Ça m’a foutu parterre. Je me suis dit “plus que jamais je veux regarder le verre à moitié plein et ne plus voir le verre à moitié vide” même si la vie est terrible, même si c’est dur. Souvent, je fais un disque avec ma peine, ce qui me permet de guérir. Je construis sur la frustration. Dans cette époque, ce qui me manque c’est le fait d’avoir du temps pour se sentir vivre, d’avoir du plaisir, de prendre soin de soi. J’ai l’impression que tout hurle, les slogans publicitaires, les politiques… Aujourd’hui, il n’y a aucune bienveillance. La dernière loi bienveillante, c’est le mariage homosexuel. Je trouve ça horrible cette espèce de centre mou qui a tout pété. Le système qu’on nous propose, est fini, usé. Il faut en finir. Construisons un truc bienveillant. C’est pour cela que j’ai voulu faire un disque sincère qui fait du bien, habité par une énergie positive.

De quel paysage musical rêviez pour cet album ?

Da Silva : Aujourd’hui, on nous vend des albums concept. C’est vite assimilé, vite avalé, vite recraché. J’ai voulu faire un disque avec toutes les musiques que j’aime, le reggae, la valse, la fanfare… Je voulais qu’il y ait du bordel, que ce soit éclectique. Jamais je n’avais fait cela. C’est un lâcher prise total. Plus ça allait dans mes albums, plus j’allais vers la pop. Là, j’avais envie de revenir à la chanson. J’essaie de faire une musique populaire, pas une musique d’esthète. Je pense que je fais partie des chanteurs français les plus “crossover”. Je suis à la croisée de tout, c’est pourquoi je ne suis nulle part en même temps.

Depuis vos débuts vous explorez le sentiment amoureux avec cette même quête de l’émotion. Que recherchez-vous à travers votre musique ?

Da Silva : Je cherche à créer des émotions, à faire du bien aux gens et en même temps à être consolé, aimé. Je fais partie de ces artistes qui recherchent le regard des autres, par besoin d’exister. Je suis aussi faible que ça. Je suis un garçon blessé depuis longtemps. J’essaie de tricoter mon histoire de façon à ce qu’elle tienne chaud. Sans la musique, je ne serais pas en vie. Pour moi, ce n’était pas une évidence d’apprécier l’existence. C’est dans les livres et la musique que j’ai trouvé ça. Je me sauve la vie quand je quitte la réalité et que je suis dans mes rêveries et mes écritures. Le moment vital, pour moi, c’est quand je créé. Là, je suis heureux.

Le disque se clôt par “Ana Rose”, une chanson très tendre interprétée au piano, où vous vous souvenez des premières émotions, des instants heureux. A qui s’adresse-t-elle?

Da Silva : Quand je fais des disques, je pense souvent “mais qu’est-ce que je fais à 43 ans à ressasser mon bazar”. Et là, tu te souviens du premier baiser, de la première émotion qui t’a renversée et où tu te dis “si cette fille me laisse, je vais en crever”. La première fois que j’ai écouté The Cure, j’ai pensé que plus jamais je ne pourrais me passer de cette émotion. Ce sont ces premiers moments qui  s’estompent au fil des années. On les ressent beaucoup moins forts parce que la vie fait son travail de sape, qu’on a le cuir qui épaissit et qu’on devient plus dur. “Ana Rose”, je l’ai écrite pour ça, pour ressentir cette émotion des débuts.

Comment comptez-vous traduire toutes ces ambiances sur scène ?

Da Silva : Après 800 concerts, je n’en peux plus du format classique avec juste un chanteur qui chante. C’est trop réducteur. J’ai besoin de donner plus et autrement, de m’imprégner des lieux et des villes où je me produis. J’aimerais réinventer un peu les choses, monter un spectacle où je lirais des textes que j’aime, raconter des anecdotes de vie, interpréter des chansons où il n’y aura pas de programmation aux machines. Tout sera senti, joué. Je veux accompagner tout cela d’images et il n’y aura pas de mise en scène pour ne pas avoir deux concerts pareils. Le temps est venu de m’échapper ! (rires).

  • Album “Au revoir chagrin”Label At(h)home . Tournée à partir du 24/11, concert le 4 février à La Maroquinerie, 23 rue Boyer 75020 Paris.
    Lire : Da Silva: “Il a souvent fait noir avant la nuit”, entretien avec Grégoire Laville. Editions Braquage.

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