L’Oeil de We Culte. Une photographie par jour, sans thème, sans récit, sans promesse autre que celle d’être fidèle au temps qui passe. Avec 365 – Le destin d’une image, Christophe Airaud transforme l’obligation quotidienne en un geste de résistance poétique. Présentée à la Galerie Rastoll, à Paris, cette exposition invite à ralentir, à voir autrement, et à interroger le devenir des images dans un monde qui en déborde. Un ensemble hétérogène et puissant qui pose, en creux, une question essentielle : avons-nous encore le courage de regarder ? Galerie Rastoll, du 29 janvier au 21 février 2026.
Christophe Airaud présente « 365 – Le destin d’une image » : une exposition qui ressemble moins à une série photographique qu’à une traversée du temps.

À la Galerie Rastoll, Christophe Airaud présente « 365 – Le destin d’une image », une exposition qui ressemble moins à une série photographique qu’à une traversée du temps. Le visiteur est invité à entrer dans une année entière de regard, condensée en 365 images prises au jour le jour, sans thème, sans promesse narrative, sans autre règle que celle — implacable — du calendrier.
Tout commence un 1er janvier 2025, dans une atmosphère lourde, presque cendrée. Les Landes, les pins, l’après-feu et l’après-tempête. Airaud le dit lui-même : l’avenir se tait, et il vaut parfois mieux l’imiter.
De ce silence naît une résolution aussi simple que vertigineuse : une photographie par jour, coûte que coûte. Non pas pour raconter, expliquer ou séduire, mais pour être là. Regarder. Prendre. Obéir au temps.
Ce qui frappe d’emblée dans 365, c’est l’absence revendiquée de hiérarchie. Les images apparaissent comme elles viennent : volées dans l’urgence, cadrées avec soin ou saisies à la va-vite, parfois malmenées en post-production, parfois laissées brutes. Natures mortes, paysages, silhouettes furtives, fragments du quotidien : tout est permis, rien n’est sacralisé. La photographie devient un terrain de jeu sombre et luxueux, un dernier privilège face à la saturation du monde visuel.
La mélancolie, la disparition, la crainte affleurent souvent, mais la jeunesse, le rire et une forme d’élan vital viennent parfois fissurer la grisaille. Une phrase surgit sur un mur — « Arrêtez de fermer les yeux » — comme un avertissement discret mais tenace.
Le titre prend alors toute sa profondeur. Le destin d’une image n’est pas une réponse, mais une question ouverte. Pourquoi certaines photographies accèdent-elles à la lumière quand d’autres s’échouent dans l’oubli, comme ce paysage parfaitement cadré, accroché de travers dans une chambre d’hôpital ? Airaud ne tranche pas. Il suggère plutôt une éthique du regard : dans un monde enseveli sous les images, avons-nous encore le courage de vraiment voir ?
À la fin de l’année, le temps se referme. Il reste cette exposition, volontairement éphémère, et ces 365 images, à la fois périssables et mémorielles et cet acte répété, obstiné, de regarder chaque jour — et de ne pas tricher.
Victor Hache
- Exposition : « 365 – Le destin d’une image » Christophe Airaud. Du 29 janvier au 21 février 2026. De 13h à 19h du mercredi au samedi, Galerie Rastoll, 16 rue Sainte Anastase 75003 Paris.





