Judith Owen: « Le monde du jazz est un monde d’hommes »

judith Owen
Judith Owen : "Le monde du jazz est un monde d'hommes" (c) Rick Guest

Toutes les muiques de We Culte. Après le succès international de l’album « Come On & Get It » (en 2022) salué notamment dans les pages du Times « comme l’une des sorties les plus réjouissantes de l’année« , en hommage aux artistes quelque peu méconnues du jazz et du blues des années 40/50, la chanteuse, pianiste et compositrice galloise Judith Owen est de retour avec « Suit Yourself« . Un superbe opus, enregistré à la Nouvelle-Orléans, avec ses fameux Gentlemen Callers et des invités comme Davell Crawford, Joe Bonamassa, Tonya Boyd-Cannon & Choir et J.O. Big Band.

Judith Owen : Dans « Le monde du jazz, on nous considère parfois comme un objet de décoration. »

Au fil de compositions personnelles ou de titres d’Irving Berlin, de George et Ira Gershwin… on se laisse cueillir, une fois encore, par sa voix, son swing et des musiques mêlant jazz, blues, gospel ou standards de Broadway.

Quelle signification donnez-vous au titre de l’album ?

Judith Owen : Celle de se faire plaisir à soi-même ! J’aborde les musiques que j’aime comme le jazz, le blues mais aussi le gospel, le classique, les comédies musicales… Tous ces styles reflètent ma personnalité.

Dans le contexte actuel, des chansons comme « Have A Good Life » affichent un certain optimisme ?

Judith Owen : C’était le but. Après le covid, nous pensions que les moments sombres étaient derrière nous mais ce n’est pas le cas. Le propos de « Suit Yourself » est de faire revenir un peu de joie dans cette période d’adversité.

Vous avez quitté Londres pour vous installer à la Nouvelle-Orléans depuis quelques années. C’est un environnement inspirant ?

Judith Owen : Chaque soir, je vais dîner avec des amis, nous écoutons de la musique, nous chantons… La Nouvelle-Orléans encourage à profiter de l’instant présent et à vivre ses rêves. Elle nous révèle à nous-mêmes. Il règne là-bas un vrai sentiment de liberté.



C’est pour préserver cette liberté que vous avez créé votre propre label avec votre mari (Harry Shearer, acteur, écrivain, animateur de radio…) ?

Judith Owen : Je me souviens que lorsque j’ai signé chez Capitol, tout était merveilleux sur le papier. J’allais devenir une star et vendre des milliers de disques. Mais tout s’est effondré lorsque le directeur a été viré. Après deux ans de combats juridiques, je refuse de céder une once de ma liberté à qui que ce soit. Quand tu deviens indépendante, l’enjeu consiste aussi à s’entourer des bonnes personnes. Et j’ai la chance d’avoir une super équipe pour tout ce qui touche à l’administratif.

Vous avez également un goût très sûr pour vous entourer d’excellents musiciens

Judith Owen : J’ai beaucoup de chance. L’alchimie entre eux est évidente. Ils aiment le jeu des uns et des autres. Ils n’ont pas de limite et sont capables d’aller partout. Ce don pour l’improvisation, c’est aussi la force du jazz.

Dans « That’s Why I Love My Baby« , vous faites un joli pied de nez au commerce de la Saint-Valentin ?

Judith Owen : Cela n’a pas toujours été le cas ! Pendant plus de dix ans, c’était un vrai drama à la maison. Je faisais des scènes à mon mari parce qu’il ne m’avait pas offert de bouquet de fleurs pour la Saint-Valentin. Il m’a expliqué son point de vue sur le sujet et j’ai réalisé qu’il avait raison.

Un peu comme la célébration des droits des femmes, une fois par an ?

Judith Owen : Exactement.

La saxophoniste et compositrice française Jeanne Michard affirme que, dans le jazz, les femmes doivent encore pousser les portes. C’est aussi votre sentiment ?

Judith Owen : Le monde du jazz est un monde d’hommes. On nous considère parfois comme un objet de décoration. Moi, je suis à la manœuvre, je pilote. Et je ne vais pas m’en excuser. C’est pour ça que je suis heureuse d’être la seule femme devant tous ces garçons.

Entretien réalisé par Annie Grandjanin

  • Album « Suit Yourself » (Twanky Records), sortie officielle le 24 avril 2026.
  • En concert le 28 mars 2026, au Festival Jazz à Toute Heure, dans la Vallée de Chevreuse, le 30 mars à Bellinzone (Suisse), le 1er juin à la Salle Bush de Londres, le 25 juin à Ermatingen (Suisse), le 12 juillet au Festival de Jazz d’Ombrie à Pérouse (Italie), le 26 juillet en ouverture du Festival Jazz au Phare de l’Île de Ré…


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Annie Grandjanin