« Nuremberg » : le face-à-face glaçant entre Göring et son psychiatre

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"Nuremberg" : Le psychiatre militaire américain Douglas Kelley (Rami Malek, à gauche) est chargé d'évaluer l'état mental d'Hermann Göring (Russell Crowe), l'ancien bras droit d'Hitler (©Scott Garfield/Sony Pictures Classics).

Sortie cinéma. C’est une plongée singulière au cœur du procès des criminels de guerre nazis juste après la Seconde guerre mondiale que propose le film NUREMBERG (mercredi 28 janvier sur les écrans): le face-à-face entre Hermann Göring et un psychiatre militaire américain chargé d’évaluer son état mental.

Nuremberg : Réalisé par l’Américain James Vanderbilt, le film est tiré d’un livre de 2012 de l’écrivain et historien Jack El-Hai (Le nazi et le psychiatreÀ la recherche du mal absolu)

Peu après la fin de la guerre, les Alliés (États-Unis, Grande-Bretagne, France, URSS) décident de juger 24 des principaux responsables du Troisième Reich: c’est le célèbre procès de Nuremberg, qui durera du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946.

Alors que le président Truman confie à Robert H. Jackson (Michael Shannon), juge à la Cour suprême, la tâche de mettre en place et de présider un tribunal militaire international, un jeune psychiatre des services de renseignement américains, le lieutenant-colonel Douglas Kelley (Rami Malek), est chargé d’interroger les prisonniers nazis pour déterminer s’ils sont aptes à être jugés.

Il va s’intéresser particulièrement au plus important d’entre eux, Hermann Göring (Russell Crowe), fondateur de la Gestapo, ancien bras droit et successeur désigné d’Hitler. Entre le psychiatre américain et le prisonnier nazi va se nouer une relation ambiguë, un face-à-face aussi fascinant que terrifiant, jusqu’à l’ouverture du procès…

Tiré d’un livre

Réalisé par l’Américain James Vanderbilt, le film est tiré d’un livre de 2012 de l’écrivain et historien Jack El-Hai (Le nazi et le psychiatreÀ la recherche du mal absolu, Ed. Les Arènes), qui a participé à l’écriture du scénario et a permis de mettre en lumière ce psychiatre peu connu de l’histoire du procès de Nuremberg.



Douglas Kelley « avait été mandaté par le tribunal pour évaluer si les accusés nazis étaient sains de corps et d’esprit, aptes à être jugés et à subir leur procès », explique-t-il dans une récente interview à TF1-Info« Mais cette tâche lui a paru très facile. Il a donc décidé de se lancer dans un projet plus ambitieux, qui consistait à déterminer si les Allemands partageaient une maladie psychiatrique commune pouvant expliquer leurs crimes et leurs comportements horribles pendant la guerre ».

Pas de maladie psychiatrique

Dans le but d’en tirer un livre, « pendant huit ou neuf mois, il a étudié les nazis. Il leur a fait passer des tests psychologiques et les a interrogés pendant des centaines d’heures. Il a finalement conclu qu’ils ne souffraient pas d’une maladie psychiatrique commune et qu’ils possédaient plutôt une personnalité normale. Pour Kelley, c’était pire, car cela signifiait que des personnes normales pouvaient commettre le genre de crimes qu’ils avaient commis », ajoute El-Hai.

Kelley« bouleversé par le fait que la psychiatrie ne pouvait pas expliquer les comportements de ces hommes », est ressorti profondément affecté de ce procès de Nuremberg, a sombré dans l’alcoolisme et s’est suicidé le 1er janvier 1958 en avalant une capsule de cyanure –comme l’avait fait 12 ans plus tôt dans sa prison, le 15 octobre 1946, Hermann Göring, quelques heures avant l’exécution de sa condamnation à mort.

Relations courtoises

Dans sa première partie, le film montre des relations courtoises, voire une certaine complicité, basée sur une admiration mutuelle, entre un Kelley malin et curieux et un Göring intelligent et manipulateur: le psychiatre va livrer des lettres du nazi à sa femme et sa fille, avec qui il sympathise; le nazi lui raconte son histoire, son enfance, sa famille; le psychiatre lui apprend un tour de magie; tous deux jouent aux cartes.

Mais après l’exploration psychiatrique dans la cellule de Göring survient l’affrontement juridique, avec le déroulement du procès. Et là, le respect qu’avait Kelley pour Göring va s’écrouler, le 29 novembre 1945, quand sont projetées sur le grand écran du tribunal des images américaines montrant l’état des détenus des camps de concentration au moment de leur libération. « Vous saviez! », hurle Kelley à la face de Göring, quand il le revoit dans sa cellule, s’apercevant enfin du mensonge et de la perversité du dignitaire nazi.

Vraies images

L’utilisation de ces images des camps de concentration comme preuves contre les accusés a constitué l’une des trois innovations historiques de ce procès de Nuremberg, les deux autres étant que ce procès a été filmé et qu’il a jeté les bases d’une future juridiction pénale internationale.

Et ces fameuses images, terrifiantes, sont insérées dans le film, ce qui lui donne alors une autre dimension, tragique et universelle, que le petit face-à-face intimiste Kelley-Göring, « Oui, cet extrait dure environ six minutes. Le film projeté à l’époque durait presque une heure. Nous n’en montrons qu’une petite partie. Mais j’étais catégorique dès le début: ces images devaient faire partie du film », explique le réalisateur James Vanderbilt.

« Il était pour moi essentiel de montrer cela. Lorsque j’ai terminé le casting, j’ai dit aux acteurs: «Faites-moi une faveur: n’allez pas regarder ces images». Je voulais qu’ils les découvrent le jour du tournage » et filmer en direct leurs réactions.

Scénariste à succès

James Vanderbilt est un scénariste à succès (ZODIAC, un X-MEN, deux SPIDER-MAN, trois SCREAM) mais ce NUREMBERG n’est que son second film comme réalisateur après Truth: Le Prix de la vérité, qui n’a pas été tout à fait le film de l’année 2015. 

Et bien sûr pour la réussite de ce film, outre le soin apporté à la reconstitution historique et malgré une réalisation un peu académique, il a bénéficié d’un duo d’acteurs (presque) à la hauteur de l’événement.

Russell Crowe et Jude Law

Russell Crowe, un peu pépère, est-il plus ou moins crédible en Hermann Göring que ne l’est Jude Law en Vladimir Poutine dans LE MAGE DU KREMLIN, sorti récemment? Allez, pas de jaloux: match nul.

Rami Malek, lui, n’est pas mal non plus dans ce NUREMBERG, discret et subtil, mais sans grande épaisseur. Certes il était plus impressionnant (Oscar, Golden Globe et BAFTA 2019 du meilleur acteur) pour son interprétation de Freddie Mercury dans BOHEMIAN RHAPSODY. Mais Queen c’est plus cool et plus rock’n roll que le Troisième Reich ou le Kremlin, for sure.

Jean-Michel Comte

LA PHRASE : « Le monde doit savoir ce que ces hommes ont fait » (le juge Robert H. Jackson, président du tribunal).

  • Nuremberg (États-Unis, 2h28). Réalisation: James Vanderbilt. Avec Russell Crowe, Rami Malek, Michael Shannon (Sortie 28 janvier 2026)

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