alexis hk album comme un ours
Alexis HK: "On nous impose un modèle où nous ne sommes que des consommateurs. Cet idéal est absurde et dangereux "

Interview. Après le succès de son spectacle “Georges & moi”, magnifique clin d’œil à celui qui lui a donné envie d’écrire des chansons, Alexis HK avait enregistré “Comme un ours”, dont la version live sort le 1er avril prochain. Un album sombre et poétique, traversé de subtiles lueurs d’espoir, dont les textes sur la solitude et l’isolement prennent aujourd’hui une prophétique résonance.

Alexis HK: “Brassens était quelqu’un qui me rassurait. J’aimais son irrévérence nonchalante. J’ai parfois l’impression que même son monde s’est effondré, que sa pensée s’est un peu perdue” 

On le qualifie volontiers de poète funambule. De fait, depuis son premier opus “Belle ville”, Alexis HK semble toujours en équilibre entre cynisme et tendresse, espoir et désenchantement. Après avoir rendu hommage à Brassens dans le spectacle “Georges & moi” (mis en scène par François Morel), il s’était retiré dans son antre pour écrire et composer “Comme un ours”.Sur des mélodies à la fois légères et lancinantes, il porte un regard d’une bouleversante lucidité sur le monde qui nous entoure.Lors de la sortie de l’album Alexis HK confiait: “il ne s’est pas fait dans un studio à moquette épaisse, il s’est fait chez moi à la campagne, puis à la ville. Je voulais qu’il ressemble à son époque. Celle où nous sommes si seuls mais en communication permanente. Celle où l’avenir n’est plus un acquis, où l’espoir s’invente d’un jour à l’autre…”

Ce live sort qui sort en plein confinement est étrangement visionnaire, non ?
alexis hk album comme un ours
Alexis HK. (Photo Marc Philippe)

Alexis HK : Je ne m’étais même pas fait la réflexion. “Comme un ours” est sorti en octobre 2018. C’est vrai que les thématiques sont recouvertes de solitude et qu’elles peuvent avoir aujourd’hui une résonance particulière. Ce sont des choses qu’on ne contrôle pas. On a toujours raison dans ce qu’on ressent. Depuis une trentaine d’années, on nous impose un modèle où nous ne sommes que des consommateurs. Cet idéal est absurde et dangereux. Il masque ce qui d’un seul coup peut enrayer la machine. C’était le cas avec les attentats puis avec ce que nous vivons actuellement.

Justement, comment vivez-vous la situation aujourd’hui, en tant qu’artiste ?
Alexis HK : Nous ne sommes pas du tout au même degré de préoccupation et de mission que ceux qui se battent pour sauver des vies. C’est difficile d’avoir des dates de concerts reportées mais il faut remettre les choses à leur place. En fait, c’est un peu ridicule de faire une hiérarchie car nous sommes tous dans une situation qui nous impacte. Chacun d’entre nous doit relativiser. Les artistes, eux, peuvent continuer à s’exprimer et partager. Moi, j’ai la chance de vivre ce confinement dans une maison, au calme, entouré de ma famille. J’ai du matériel pour travailler. Je me suis même inscrit à une école de musique. Cela fait des années que je joue de la guitare avec un niveau très moyen alors j’essaie d’apprendre de nouvelles choses. J’ai même découvert sur internet un mec qui fait des vidéos spirituelles. Il raconte notamment qu’il faut se mettre dans les conditions d’une plante sous terre qui, lorsqu’elle pousse enfin à l’extérieur, s’est nourrie de tous les susbtrats ! J’espère que nous repartirons avec cet enthousiasme né de la frustration. Pour l’instant, cela ne fait que quelques jours…

Vous n’engueulez donc pas encore vos glaïeuls comme dans la chanson “Comme un ours ” ?
Alexis HK : Non. De ce côté là, ça va.
Vous chantez également “Je veux un chien“. Vous en avez un maintenant ?
Alexis HK : Oui et il m’apporte de la joie tous les jours. C’est une présence et un échange extraordinaires.
Pouvez-vous nous parler du clip de la chanson inédite “Troll” dont vous dites vous-même qu’il est le plus laid de tous les temps ?
Alexis HK : C’est vrai qu’il est assez “sale”. Sur le fond, ce qu’il raconte, c’est l’ennui. L’un des plus grands malheurs de l’humanité.
Pensez-vous que l’écriture est un moyen d’y remédier ?
Alexis HK : Tout ce qui touche à la création, en général. C’est comme ça que je vois les choses. Pour les chansons de l’album, je me suis volontairement isolé en me demandant si, au final, cet ours n’allait pas me dévorer…

Alexis HK: “La misère profonde, c’est lorsque les gens se détournent de vous, que vous ne comptez plus pour personne”

Votre spectacle “Georges & moi” a connu un vrai succès. C’était un défi audacieux de s’attaquer au répertoire de Brassens ?
Alexis HK : C’est vrai. Mais outre la caution de François Morel qui a signé la mise en scène, je savais que je l’abordais avec assez d’intégrité pour ne pas le perdre en route.  Je me suis permis de le faire parce que Brassens a eu une importance énorme dans mon parcours. Si je ne l’avais pas rencontré, je ne me serais sans doute jamais lancé dans la chanson. C’était un personnage assez timide qui donnait l’impression de jouer sur trois accords alors que ses mélodies sont très complexes. C’était quelqu’un qui me rassurait. J’aimais son irrévérence nonchalante. J’ai parfois l’impression que même le monde de Brassens s’est effondré, que sa pensée s’est un peu perdue. Alors j’ai mis toute ma sincérité dans ce spectacle pour que cela ait du sens.
Dans une interview, vous avez dit que la solitude pouvait être dangereuse ?
Alexis HK : Oui, parce que quand elle atteint son point de perversion, elle peut vous atteindre mentalement.Quand on perd le contrôle ou qu’on frôle la misanthropie. La misère profonde, c’est lorsque les gens se détournent de vous, que vous ne comptez plus pour personne.
alexis hk album comme un oursMême si l’univers de “Comme un ours” est assez sombre, on sent que vous prenez soin de laisser une fenêtre ouverte ?
Alexis HK : Dans cet album, je me place aussi comme responsable de ce que je ressens. Il faut essayer de se remettre en question, de temps en temps. Je n’ai pas de leçon à donner aux autres parce que je fais aussi partie du problème. J’ai eu la chance de rencontrer des gens avec qui je partage des valeurs simples. Cela me donne de l’espoir. On parle souvent des chiens qui aboient, rarement des oiseaux qui chantent…

Entretien réalisé par Annie Grandjanin

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