philippe besson le dernier enfant
Philippe Besson publie "Le dernier enfant", un texte émouvant et intense. Photo Eric Fougère

Livre. Comme nul autre, il explore l’âme humaine depuis 2001. Avec son vingtième et nouveau roman- “Le dernier enfant”, Philippe Besson se glisse dans la psyché d’une mère qui assiste au départ de son troisième et dernier enfant. Un texte émouvant, intense…

       “Le dernier enfant” de Philippe Besson. Un des temps forts de cette rentrée hivernale. Un texte aussi émouvant que poignant, aussi intense que léger d’une journée particulière, de l’effondrement intérieur, du mal de mère…

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Philippe Besson. Photo Patrice Normand/Editions Julliard

Il confie : “Il était important, selon moi, de raconter cette réalité périurbaine, celle des classes moyennes inférieures”. Certains petits marquis de la chose écrite le lui reprochent. Il dit aussi : “Raconter ces vies simples, ordinaires, où il n’y a pas beaucoup d’aspérités, mais des vies harmonieuses”. Voilà bien ce qu’on appellera la “marque de fabrique” de Philippe Besson, entré en littérature en 2001 avec le très remarqué “En l’absence des hommes”, suivi de “Son Frère” adapté en 2003 au cinéma par Patrice Chéreau. Et en cette rentrée littéraire de janvier 2021, Philippe Besson nous glisse son vingtième roman, “Le dernier enfant”. Un des temps forts de cette rentrée hivernale. Un texte aussi émouvant que poignant, aussi intense que léger.

Dans une autre confidence, Philippe Besson évoque Anne-Marie, l’héroïne de son nouveau roman, “cet hommage aux mères (et à la mienne, en particulier)” : “Anne-Marie ne va jamais jusqu’à la grande ville où s’installe son fils, alors qu’elle n’est pas très loin”. Elle est dans la cinquantaine naissante, mère de trois enfants, une fille et deux garçons. Les deux premiers volent depuis un moment de leurs propres ailes et vivent leur vie qui va ; Théo, lui, venait d’avoir 18 ans et il va commencer des études supérieures dans la ville voisine.

Théo, c’est le dernier enfant d’Anne-Marie et Patrick son mari, il va partir du foyer familial. Il part. Avec un art du récit formidablement maîtrisé, Philippe Besson déroule cette journée de ce dimanche qui préfigure le vide. Il part- comme on dit d’un être cher qui vient de mourir… Anne-Marie veut se rassurer, de toute façon, Théo reviendra le week-end avec son linge sale. Anne-Marie, mère modèle. Mère toute dévouée à ses trois enfants, tellement dévouée que durant toutes ces années, elle s’en est oubliée elle-même. Mais tout cela était normal, on donne tout à ses enfants…   

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Philippe Besson publie “Le dernier enfant”, un texte émouvant et poignant. Photo Eric Fougère

En ouverture, Philippe  Besson glisse des mots de Marguerite Duras, cette auteure qu’il apprécie tant et tant : “La maison, c’est la maison familiale, c’est pour y mettre les enfants et les hommes, pour les retenir dans un endroit fait pour eux, pour y contenir leur égarement, les distraire de cette humeur d’aventure, de fuite qui est la leur depuis les commencements des âges” (in “La Vie matérielle”). Anne-Marie n’a jamais rien souhaité d’autre pour sa vie avec son mari, avec ses enfants… Mais il y aura, demain ou peut-être après-demain, les mots de Léo Ferré chantant “Avec le temps” : “Et l’on oublie les voix / Qui vous disaient tout bas les mots des pauvres gens / Ne rentre pas trop tard, surtout ne prends pas froid “

Donc, un dimanche matin. La veille encore, Théo- le dernier enfant, avait assuré qu’il pouvait se débrouiller seul, il avait le permis de conduire, et puis son studio dans la ville voisine, ce n’est vraiment pas loin… Les parents voyaient différemment : pas question de le laisser seul dans cette histoire, d’autant que “c’était le Kangoo du magasin” où travaille le père. “Imagine si tu l’emboutis”. Et puis, les cartons, quand il faudra monter les quatre étages, il n’y arrivera pas seul. “A trois, ça irait plus vite, ça serait moins fatigant. Théo avait obtempéré. Pas tellement le choix. Sa mère avait poussé un soupir de soulagement”

Evidemment, le dimanche matin première heure, Théo n’a pas bouclé ses cartons tandis qu’Anne-Marie prépare le petit déjeuner. “Elle fera griller le pain de mie au dernier moment. C’est moins bon quand c’est grillé depuis trop longtemps, ça durcit, ça devient sec, on perd tout le plaisir de la mie chaude, moelleuse…” Et puis, c’est l’heure du départ. Le père, la mère, le dernier enfant dans le Kangoo. C’est l’arrivée en bas de l’immeuble. Problème pour se garer. On vide la camionnette. Il est midi, l’heure du déjeuner, on va au restaurant- il y a si longtemps que nous n’y sommes pas allés, se dit Anne-Marie. On mange, que se dire ? Des banalités ? Des secrets ? Des mots doux ?

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L’écrivain Philippe Besson. Photo Eric Fougère

Le repas terminé, retour aux cartons. On monte, dans l’escalier on croise un jeune homme qui dit à Théo : “On va se revoir”… Anne-Marie s’interroge, son dernier enfant n’a donc pas une “petite amie” ? Fin de la journée, Kangoo vidé, le moment de la séparation. Retour dans le pavillon familial. La mère face au néant. Avec Patrick, ils vivent l’amour certes mais en ont oublié la passion, la folie. La mère face à elle-même tandis que le père, taiseux comme toujours, s’est réfugié dans le garage, va-t-il tondre la pelouse ?

Comme nul autre, Philippe Besson explore au plus profond l’âme humaine. Romancier de l’ordinaire, des choses de la vie, de cette vie qui va, avec “Le dernier enfant” il signe l’un de ses meilleurs romans. Un texte d’une journée particulière, de l’effondrement intérieur, du mal de mère

Serge Bressan

    roman le dernier enfantEXTRAIT

   “Maman, faut couper le cordon, tu sais”.

        Ah non, pas ça, pensa-t-elle. Pas cette expression toute faite qu’on lui serine. Chaque fois, elle a envie de répliquer : un, il a été coupé le cordon, deux, pas par moi et on s’étonne après. Pourtant, elle ne balance jamais cette réplique. Les gens lui objecteraient qu’elle n’a rien compris, qu’il s’agirait d’une métaphore. Comme si elle ignorait ce que c’était une métaphore! Et sa réponse à elle, elle ne serait pas métaphorique par hasard ? Elle dit : “oui, oui, je sais” “.

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