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Laurie Darmon: " Tous les titres de "Femme Studio" racontent la fuite d’une personne aimée ou désirée (c) Line Brusegan

Musique. Après son EP “Dévêtue”, Laurie Darmon revient avec “Femme Studio”. Un album aux ambiances pop-électro, riche de 15 chansons dansantes et solaires, portant sur le thème du désir, de la sexualité, de l’univers féminin et de la liberté de parole. Entretien.

Laurie Darmon: “Je crois qu’il y a quelque chose de féminin dans ces chansons, qui parlent de la femme dans toute sa complexité, son rapport au désir, à la sexualité, à l’autre, à la solitude. Si on devait définir un seul thème de “Femme Studio”, ce serait “l’envie de”.

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(c) Line Brusegan

De la pop-électro qui pense destinée aux dancefloors. Des chansons aux paroles sensuelles ou amoureuses. Des histoires de jalousie et des envies de danser. Laurie Darmon avait beaucoup à dire depuis son premier opus “Février 91” sorti en 2017. Après son EP “Dévêtue”, elle revient avec “Femme Studio”, un album riche de 15 chansons aux textes denses sur le thème du désir, de la sexualité, de l’univers féminin et de la liberté de parole. Un disque en forme de renaissance pour la chanteuse, qui se sent revivre après des années d’anorexie, dont elle est aujourd’hui guérie.

“Femme Studio” est varié et aussi très dansant. De quelles couleurs musicales rêviez-vous pour cet album?

Laurie Darmon : Je n’y ai pas vraiment réfléchi au moment de la création, mais je me suis aperçue que j’allais vers quelque chose d’entraînant. C’est, je pense, l’illustration de ce qui se passait en moi, avec le sens du mouvement qui s’est déverrouillé, là où j’étais assez contenue. Ça a complètement influencé la musique, qui petit à petit, a été dansante et solaire avec un côté latino. Mon sens de la liberté, je l’assimile à cela. Inconsciemment, au moment où je me suis sentie libre, c’est cela qui est venu naturellement.

Y-a-t-il un fil  rouge à ces 15 chansons, où vous racontez beaucoup de choses ?

Laurie Darmon : C’est un disque qui parle du désir, de la liberté de parole. Il y a des choses qui ne sont pas faciles à dire ou qu’on n’entend pas souvent, que je dis-là, sans problème. Je crois qu’il y a quelque chose de féminin dans ces chansons, qui parlent de la femme dans toute sa complexité, son rapport au désir, à la sexualité, à l’autre, à la solitude. Si on devait définir un seul thème, ce serait “l’envie de”.

Comment expliquez-vous que le thème du désir revienne souvent?

Laurie Darmon : Je l’inscris beaucoup dans mon parcours personnel, où j’ai été pendant longtemps privée de désir. J’ai fait de l’anorexie pendant dix ans, de mes 17 ans à mes 27 ans. Quand j’ai recommencé à manger et à reprendre du poids vers l’âge de 23 ans et à refaire de la musique, je pensais que j’étais guérie. Mais en fait, j’ai compris que la vraie guérison, c’est quand le désir revient et qu’on a envie de faire des choses. Quand ça m’est venu, ça été très intense dans mon corps, ma façon de mener ma vie. J’ai eu envie de sortir, de boire un verre de vin, alors que je n’avais jamais bu, de fumer une cigarette… Il y a eu un lâcher prise très important.

En quoi était-ce essentiel pour vous de témoigner de l’anorexie mentale dans “Mai 2018”, une chanson très émouvante parue sur les plateformes ?

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Laurie Darmon (c) Line Brusegan

Laurie Darmon : Le texte est sorti d’une traite. J’avais besoin de dire les choses. Le témoignage est essentiel et si j’ai écrit ce titre soudainement, c’est parce que j’ai eu envie de transmettre ce que j’ai vécu et peut-être en aider d’autres. Ce que je raconte est l’histoire d’une guérison qui dure des années, qui n’est pas du tout en ligne droite. C’est chaotique, en fonction de ce qui se passe dans la vie. Il n’y a pas de formule toute faite pour aider celles et ceux qui se confient à moi. En revanche, je pense que le vrai fil conducteur de cette guérison, ça reste l’écoute de soi et la libération, en s’affranchissant complètement du qu’en dira-t-on, de ce que d’autres peuvent attendre de nous etc. C’est un vrai questionnement. Cette maladie, ce n’est pas une question de nourriture, qui n’est qu’une manifestation. Ce n’est pas le problème de fond.

Comment expliquez-vous votre anorexie ?

Laurie Darmon : J’avais un terrain favorable. J’en parle dans le titre “Février 91” qui évoque mon parcours de ma naissance jusqu’à mes dix-sept ans. Un titre qui parle du regard des autres, de la place qu’on peut avoir ans le groupe, de la timidité, le fait de se censurer, d’être  dépendant affectivement. J’avais l’impression qu’il fallait faire comme tout le monde pour être accepté. C’est un terrain qui prouve que c’est fragile, qu’il suffit d’un truc, pour qu’on soit proche d’une maladie mentale, qui peut arriver à tout moment. Ensuite, j’ai eu un déclic qui m’a fait tomber dans l’anorexie au moment du Bac de français. J’étais très bonne élève et j’ai eu des résultats qui n’étaient pas ceux auxquels je m’attendais. A partir de cette seconde, il y a truc qui s’est fracturé en moi, qui m’a changée pour toujours. Même en étant guérie maintenant, je n’ai jamais retrouvé l’insouciance que j’avais vis-à-vis de la nourriture. D’une seconde à l’autre, j’ai eu la conscience de tout ce que je mangeais. C’était tellement pesant  dans ma tête que c’était impossible de supporter cela. C’était cérébral et mental et mon corps est devenu celui d’une enfant…

Dans “Bah ouais, je t’aime”, vous chantez “j’ai envie de toi/De nos deux corps”….C’est important de ne pas avoir peur d’aimer ?

Laurie Darmon : En général, dans ce disque, on sent la fuite de quelqu’un. Le désir est encore plus nourri par le fait que l’autre s’en va. Tous les titres racontent la fuite d’une personne aimée ou désirée. C’est quelque chose que je n’ai conscientisé qu’après. Dire “je t’aime”, ça peut résonner comme une menace pour certains, qui ont du mal à accueillir l’amour qu’on peut leur porter, parce qu’ils ont l’impression que l’assumer c’est être faible, alors qu’au contraire, c’est être fort et courageux que d’accepter ses émotions, qui c’est vrai peuvent être dangereuses.

“Rengaine SM” est une chanson qui raconte une expérience personnelle ?

Laurie Darmon : J’ai l’impression que ça parle de nostalgie. Pour moi, la sexualité, c’est deux souffrances couchées à l’horizontale, sans les mots. C’est des névroses d’enfance, des parcours qui se parlent à un moment donné, qui s’emboîtent et se comprennent. On descend dans l’âme quand on fait l’amour. La sexualité est une descente au fond de soi, où l’on accède à une richesse d’un monde infini, magnifique. “Rengaine SM’‘ raconte ça. A un moment donné, on peut toucher quelque chose d’hyper intense, de vibrant en passant par cette domination, cette soumission. Mon titre ne parle absolument pas de sadomasochisme avec des déguisements, des accessoires. C’est quelque chose qui est bien plus pur que cela. Ça se passe et c’est tout. C’est dans la relation qu’on comprend ce rapport humain et pas dans un jeu qui est conçu de toute pièce. Ce n’est pas facile de dire cela dans la société d’aujourd’hui et dans le climat actuel, mais je pense que c’est juste la vérité.

Cet album, vous le vivez comme une renaissance ?

Laurie Darmon : Comme une éclosion. J’ai une sensation de liberté que je n’avais jamais connue, qui est bien plus solide qu’avant l’anorexie.

Entretien réalisé par Victor Hache

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