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Jean Echenoz (photo) Alejandro Garcia/EPA

Livres. En 1979 avec « Le Méridien de Greenwich », le monde des livres français découvre un tout jeune auteur. Aujourd’hui, il est encore et toujours un des meilleurs écrivains de l’Hexagone. Ce qui valait bien un prestigieux Cahier de l’Herne, tout à lui consacré : Jean Echenoz, né voilà soixante-quatorze ans un lendemain de Noël dans la « Cité des Princes ».


Echenoz : un Cahier de l’Herne pour un des plus éblouissants écrivains 


Un jour, il a confié : «Je ne suis pas écrivain, je fais des livres… » Un autre, il a expliqué : « Chaque phrase doit trouver son tempo, son équilibre, sa relation rythmique avec celle qui la précède et celle qui la suit ». C’est ainsi que Jean Echenoz, 74 ans, né un lendemain de Noël à Orange- la « Cité des Princes » dans le Vaucluse, est un des plus éblouissants écrivains français contemporains.

Ce qui, prestige ultime, vaut bien un Cahier de l’Herne tout à lui consacré. L’objet, grand format et 242 pages, dirigé par l’éditeur Johan Faerber, regroupe des contributions d’écrivain.e.s, des textes de Jean Echenoz (parmi lesquels, un délicieux « Pourquoi j’ai pas fait poète »), des documents personnels et aussi quatre textes inédits : « J’arrive », « Moteur », « Rue Erlanger » et « Baobab ».

Un bandeau bleu-vert ceint le cahier- on y lit : « Pour tuer le temps, il relut tous ses papiers d’identité ». Dans ces mots, dans cette phrase, toute la musique « échenozienne » est là.

Cette petite musique enveloppante qu’on a tant appréciée dès 1979 avec « Le Méridien de Greenwich », puis avec, entre autres, « Cherokee » (1983, prix Médicis), « Les Grandes Blondes » (1995, prix Novembre), Un an (1997), « Je m’en vais » (1999, prix Goncourt), « Ravel » (2006), « Courir » (2008) et le dernier en date, « Vie de Gérard Fulmard » (2020).



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Echenoz : couverture du Cahiers de l’Herne qui est lui est tout entier consacré

L’auteur évoque de loin en loin ses influences : il cite alors les grands auteurs novateurs du 18ème siècle dont le Britannique Laurence Sterne (1713- 1768) et Diderot (1713- 1784) et aussi les polars de la Série Noire, surtout ceux de Jean-Patrick Manchette (1942- 1995). Des universitaires, chercheurs et autres exégètes de la chose écrite se sont penchés sur le cas Echenoz- ainsi, ils ont défini son écriture comme « minimaliste » ou encore « post-moderne », se basant sur la longueur de ses livres (par exemple, « Un an » ne compte que 110 pages !)…

Dans un brillant « Avant-propos » en ouverture du Cahier de l’Herne, Johan Faerber explique qu’avec « Le Méridien de Greenwich » en 1979, « Echenoz écrit comme après le roman. Il raconte, et cela depuis un point neuf de diction et de fiction par lequel les narrateurs apparaissent à chaque fois comme des hommes qui, à mots couverts, ont saisi combien la littérature, c’est fini ! Dans Cherokee, le personnage de Fernand ne dit pas autre chose : « Tout est fini. Les gens ne lisent plus ». (…) En ce sens, les narrateurs d’Echenoz se donnent bel et bien comme ceux qui entreprennent de reprendre le roman, à savoir de le raconter depuis des souvenirs épars qui leur en demeurent comme si chaque roman d’Echenoz portait en son cœur non pas un roman mais la narration de ce qui reste du roman, après la grande disparition de la littérature ».

Le monde « échenozien » est empli de méridien. Des mobiles, d’autres plastiques. Depuis plus de quarante ans, l’auteur, lui « un écrivain mesuré, feutré et discret, à rebours du spectaculaire d’un Sartre mais aussi à la différence du néant médiatique d’un Blanchot » comme le définit Faerber, nous offre une nouvelle littérature. Toute en modestie et en effacement, à l’image de son auteur qui, loin de l’agitation du monde littéraire, a choisi de se consacrer à l’œuvre.



Alors, « être ou ne pas être Jean Echenoz, voilà, en gros, le genre de questions que tout apprenti écrivain de langue française doit se poser pour affronter son désir d’écriture », (se) demande l’écrivain Laurent Mauvignier (entre autres, « Histoires de la nuit »– 2020), un auteur estampillé « Editions de Minuit », cet éditeur auquel l’auteur de Cherokee est fidèle depuis son premier roman, « Le Méridien de Greenwich » paru en 1979…

Un jour, Jean Echenoz a confié : « Un livre, c’est chaque fois relancer les dés, on ne sait pas ce qui va sortir… » Nous, nous savons : de ce lancer de dés, il sortira un livre signé Jean Echenoz, et ce sera un bonheur renouvelé, retrouvé…

Serge Bressan


EXTRAIT 

« On arrive en train dans les abords des Eaux. On décrit d’abord un mouvement circulaire autour de la ville, point d’interrogation sans point, après qu’en suspension quelques villages qui la préfacent ont défilé- Retroange, Ouvenir, Les Hélices, arrêts facultatifs. Le convoi semble ainsi vouloir éviter Les Eaux avant de refermer sur la gare un parcours bouclé, son métal ponctuel venant grincer selon la loi du Chaix entre les quais. Outre la voie impartie au train, d’autres couple sde rail ont l’air d’aboutir à cette gare, d’autres encore d’en partir, mais la plupart d’entre eux qu’animent des aiguillages élémentaires s’échouent vers des hangars, des voies de garage bornées par des butées… » (in « J’arrive », texte inédit de Jean Echenoz)


 

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