Opéra /Nixon in China. Créé en 1987 au Houston Grand Opera dans une mise en scène de Peter Sellars, Nixon in China, premier opéra du compositeur américain John Adams sur un livret d’Alice Goodman est devenu au fil des décennies un incontournable du répertoire contemporain, l’un des ouvrages les plus joués dans le monde. À l’Opéra national de Paris, le public retrouve aujourd’hui la production crée par Valentina Carrasco en 2023. Une reprise très attendue pour ce grand opéra politique devenu un classique moderne.
« Nixon in China » : Entre fresque historique, théâtre politique et spectacle visuel, cet opéra s’impose comme l’un des grands événements lyriques de la saison à Bastille.
En 1972 en pleine guerre froide, Richard Nixon rend visite à Mao Zedong inaugurant par ce déplacement historique le début d’un rapprochement entre les États-Unis et la Chine. Quinze ans plus tard, John Adams s’empare de cet épisode fondateur pour en faire la matière de son premier opéra.
Il en signe une partition reconnaissable entre toutes, marquée par sa pulsation rythmique hypnotique, ses couleurs orchestrales chatoyantes et un lyrisme ample qui confèrent à l’événement une dimension épique.
Pour sa première mise en scène à l’Opéra de Paris, Valentina Carrasco choisit d’aborder l’événement sous l’angle de la métaphore et de l’allégorie. Fil rouge de sa dramaturgie, la « diplomatie du ping-pong », marquée par cette ouverture amorcée en 1971 lors des championnats du monde au Japon, lorsque les joueurs américains furent invités en Chine populaire.
Tables envahissant l’espace, boules figées en plein vol au coeur d’un vaste filet tendu sur toute la largeur du plateau, chorégraphies sportives, les références à la petite balle blanche se multiplient au fil des trois actes transformant l’espace en arène ludique et politique où chaque échange devient métaphore d’un dialogue stratégique. Le sport devient langage politique, jeu réglé où chaque camp se renvoie la balle.
La scénographie déploie des images fortes. Dès les premières mesures de l’œuvre, un aigle gris métallique surgit des cintres -une évocation stylisée d’Air Force One- qui fera plus tard face à un immense dragon rouge en tissu aussi vibrant qu’expressif. Deux emblèmes, deux puissances, deux visions du monde.
Toujours sur l’acte 1, lors de l’entretien entre Nixon et Mao, la scène se déploie verticalement : à l’étage, une bibliothèque solennelle chargée d’ouvrages ; en contrebas, un sous-sol où ouvrages brûlés et prisonniers torturés rappellent l’envers du décor idéologique et la violence du pouvoir.
La mise en scène assume également une dimension plus grinçante. Valentina Carrasco souligne le faux, le grotesque, la théâtralité du pouvoir.

Les figures historiques apparaissent parfois dans leur banalité, voire leur ridicule, révélant la part d’illusion inhérente à toute mise en scène diplomatique. Des vidéos d’archives viennent aussi rappeler les violences du régime chinois comme celles de la guerre du Vietnam, inscrivant le spectacle dans une réflexion plus large rappelant les tensions et les fractures qui traversent l’histoire contemporaine.
Les décors signés Carles Berga et les lumières de Peter Van Praet dialoguent avec les costumes d’époque de Silvia Aymonino, contribuant à une fresque visuelle ample et contrastée.
À la tête de l’Orchestre de l’Opéra national de Paris, le chef Kent Nagano insuffle à la partition son énergie et sa clarté, mettant en valeur la tension rythmique et la richesse de la texture orchestrale de John Adams.
Dirigés par Alessandro Di Stefano, les chœurs i participent pleinement à la dimension collective de l’œuvre et impressionnent par leur puissance et leur précision. La distribution réunit à nouveau les grandes voix internationales qui étaient présentent à la création en 2023 : Thomas Hampson incarne Richard Nixon déterminé, Renée Fleming prête son timbre lumineux à Pat Nixon, John Matthew Myers campe Mao Zedong, Caroline Wettergreen interprète Jiang Qing, Joshua Bloom est Henry Kissinger et Xiaomeng Zhang donne sa profondeur à Zhou Enlai.
À leurs côtés, Aebh Kelly qui fait ses débuts à l’Opéra de Paris, Ning Liang et Emanuela Pascu dans les rôles des secrétaires de Mao complètent cette distribution de haut vol.
Entre fresque historique, théâtre politique et spectacle visuel, Nixon in China s’impose comme l’un des grands événements lyriques de la saison à Bastille.
En inscrivant cette œuvre à son répertoire, l’Opéra national de Paris fait dialoguer mémoire politique et modernité musicale, offrant au public une plongée spectaculaire dans les arcanes d’un moment qui changea la face du monde.
Portée par une mise en scène inventive, une direction musicale inspirée et une distribution prestigieuse, cette production s’annonce comme l’un des temps forts de la saison. Pensez à réserver !
Jean-Christophe Mary
- Nixon In China de John Adams à l’Opéra Bastille. Du 24 février au 20 mars 2026. 3h10 avec 1 entracte. Opéra en trois actes (1987)
Équipe artistique
- Musique (1947) : John Adams
- Alice Goodman : Livret
- Direction musicale : Kent Nagano
- Mise en scène : Valentina Carrasco
- Décors : Carles Berga
- Décors et lumières : Peter Van Praet
- Costumes : Silvia Aymonino
- Création sonore : Mark Grey
- Chef des chœurs : Alessandro Di Stephano
- Distribution
- Richard Nixon : Thomas Hampson
- Pat Nixon : Renée Fleming
- Mao Zedong : John Matthew Myers
- Jiang Q’ing (Madame Mao) : Caroline Wettergreen
- Henry Kissinger : Joshua Bloom
- Zhou Enlai : Xiaomeng Zhang
- Nancy Tang, première secrétaire de Mao : Aebh Kelly qui fait ses Débuts à l’Opéra national de Paris
- Deuxième secrétaire de Mao : Ning Liang
- Troisième secrétaire de Mao : Emanuela Pascu
- Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris





