Toutes les musiques de We Culte/Sassy 009. Pendant près de quatre ans, Sunniva Lindgård a façonné Dreamer+ comme on construit un monde intérieur : lentement, par fragments, en laissant le rêve guider la forme. Derrière le nom Sassy 009, la musicienne norvégienne signe un premier album pensé comme une œuvre totale, à la croisée de la pop alternative, de l’électronique et du récit fictionnel. Un disque dense et mouvant, où l’identité, la mémoire et le désir se reflètent à l’infini — et qui invite à se perdre pour mieux écouter.
Sassy 009 : la chanteuse norvégienne signe Dreamer+, un premier album électro-pop pensé comme une œuvre totale
Il aura fallu du temps, des détours et plusieurs métamorphoses pour que Sassy 009 arrive à ce point précis. Avec Dreamer+, Sunniva Lindgård ne signe pas simplement un nouvel album : elle pose un acte fondateur, celui d’une artiste qui décide enfin de se raconter selon ses propres règles.
Après les EP, la reconnaissance en trio, puis la renaissance en solo et la mixtape Heart Ego, ce disque marque une rupture nette. Pour Lindgård, c’est le premier album au sens plein : une œuvre pensée comme un tout, cohérente, narrative, patiemment construite sur près de quatre années de travail.
Depuis Oslo, la musicienne norvégienne façonne un projet à son image : protéiforme, insaisissable, à la croisée de la pop alternative, de l’électronique et de l’héritage grunge. Mais Dreamer+ va plus loin que l’exercice de style. C’est un disque qui se vit comme un film intérieur, un conte nocturne où les émotions deviennent des lieux et les souvenirs, des personnages.
Un album comme une fiction mentale
Dès ses premières secondes, Dreamer+ affirme sa nature profondément fictionnelle. Lindgård ne cherche pas la confession frontale : elle préfère la métaphore, le détour par le rêve, l’invention d’un monde parallèle.
Elle s’y met en scène comme l’héroïne d’un récit sombre, envoyée en mission dans une ville abandonnée, confrontée à des forces obscures, à des choix moraux et à un amour aussi puissant que destructeur. L’histoire de Jakov, amour indissociable de la mort, traverse l’album comme une fatalité impossible à contourner.
Dreamer+ parle autant de quête de soi que de mise à distance de soi, comme si le rêve était le seul espace où ces tensions pouvaient cohabiter sans se résoudre.
Une matière sonore dense et organique
Musicalement, l’album frappe par sa richesse texturale. Lindgård puise dans un vaste spectre d’influences et une hyperpop brumeuse, presque fantomatique intégrée dans une écriture très contemporaine.
Butterflies, qui ouvre l’album, donne le ton : un morceau tendu, nerveux, où les breakbeats s’entrechoquent avant d’être brutalement lacérés par le rugissement d’une moto. C’est une entrée en matière presque violente, annonciatrice du chaos émotionnel à venir. Ailleurs, Edges assume un shoegaze (sous-genre du rock alternatif britannique des années 80) frontal et abrasif, tandis que RIP Time and Thoughts déconstruit le rythme pour mieux désorienter l’auditeur.
Lindgård sait aussi ralentir, laisser respirer la musique. Dreamer évoque un R&B fragile et lumineux quand My Candle convoque des souvenirs d’alt-rock 90s, comme des flashbacks sonores surgissant au détour du récit.
Des voix invitées comme des apparitions
Les collaborations sur Dreamer+ ne sont jamais décoratives. Elles apparaissent comme des figures du rêve, des présences passagères qui enrichissent la narration. Dev Hynes (Blood Orange) prête sa voix immédiatement reconnaissable à Tell Me, une song grunge et tendue, portée par la guitare de Lindgård. Le morceau agit comme un moment de suspension émotionnelle, à la fois intime et cinématographique.
BEA1991 apporte une douceur troublante à Sleepwalker’s Pendulum. Sur Mirrors, yunè pinku insuffle une délicatesse aérienne à un morceau hanté par un cauchemar récurrent : celui d’un espace sans sortie, peuplé uniquement de reflets de soi-même.
Reprendre la main
Derrière la richesse sonore de Dreamer+, il y a une volonté très claire : reprendre le contrôle. Cette approche donne à l’album une dimension plus organique, presque charnelle, malgré ses textures électroniques.
Ses inspirations revendiquées vont de Gorillaz à Boards of Canada, de Nirvana aux voix distordues de Lil Wayne. Un grand écart assumé, qui traduit une liberté nouvelle : celle d’une artiste qui ne cherche plus à se situer dans un genre, mais à construire son propre langage.
Un épilogue intime
Ruins of a Lost Memory ferme l’album comme un générique : placé à la fin d’un album consacré à l’amour, à la perte et au deuil, le morceau résonne comme un héritage, une trace persistante de ce qui survit au rêve. Un album en constante mutation qui ne donne pas toutes les réponses, mais multiplie les points d’entrée.
Victor Hache
- Album Dreamer+ Sassy 009/ Pias





