Fabrice Éboué : un spectacle au vitriol aux Folies Bergère

Fabrice éboué
Fabrice Eboué : Avec "Solitudes", son cinquième one-man-show, l'humoriste fait tous les soirs salle comble aux Folies Bergère (c) Jean-Christophe Mary

Spectacle/Fabrice Éboué. Avec Solitudes, son cinquième one-man-show, Fabrice Éboué fait tous les soirs salle comble aux Folies Bergère. Une heure trente d’un stand-up féroce, sans concessions ni garde-fous, où l’humoriste porte un regard cynique et désabusé sur l’époque époque à coups de vannes acides. Corrosif, virtuose et provocateur, il confirme qu’il est incontestablement l’un des humoristes français les plus doués de sa génération.

Fabrice Éboué excelle dans l’art de transformer le malaise en rire. Son humour noir, sa marque de fabrique, s’attaque aux tabous contemporains avec une audace intacte

Fabrice Éboué : un spectacle au vitriol aux Folies Bergère (c) Jean-Christophe Mary

À 20h15 précises, Fabrice Éboué entre en scène sur une musique électro qui martèle la salle. Silhouette amincie décontractée, T-shirt noir, baskets, cheveux en bataille et calvitie revendiquée, le ton est donné. Le décor est minimaliste : une table, une chaise, une gourde et une canette de bière 8.6. 

Pour se mettre en jambe, il fait un petit tour d’horizon habituel de son public, multigénérationnel, lui qui depuis des vidéos TikTok et un passage par Twitch gagne en notoriété chez les plus jeunes. Il observe, interroge, cible quelques spectateurs  : Jules un enfant de 11 ans, Bernard un sexagénaire, un couple, deux amis. « J’ai eu des soucis sur les réseaux sociaux, alors maintenant je fais des spectacles familiaux, de 7 à 77 ans », avertit-il. 



Ce panel de spectateurs,  il s’en sert comme points d’ancrage. Un procédé classique du stand-up, mais qu’Éboué manie avec une précision redoutable. À travers eux, il ausculte les générations, leurs contradictions et, surtout, leur incapacité à se comprendre. La Solitude, voilà le fil rouge de ce one man show qui porte bien son nom, le sentiment d’être seul en décalage avec un monde qui le dépasse.

Fabrice Éboué excelle dans l’art de transformer le malaise en rire. Son humour noir, sa marque de fabrique, s’attaque aux tabous contemporains avec une audace intacte. Rien ne semble lui résister : l’obsession identitaire, les dérives des réseaux sociaux, la perte de repères, l’éducation des enfants, la virilité en crise, le masculinisme, la banalisation de la cocaïne, la marchandisation de tout.

Il se moque de tout et de tous, riches, pauvres, jeunes, vieux, handicapés, bien-pensants,  à commencer par lui-même. Il enchaîne sur la zoophilie reconnue en Allemagne « l’affaire Pélican 50 litres de sperme dans le bec » n’oublie pas de dézinguer les agresseurs sexuels. Gérard Miller serait un « Pélicot Bio » et bien sûr Dominique Pélicot en imaginant ce que pourrait être ce « combat des chefs entre lui et Miller si les deux se retrouvaient en ensemble dans la même cellule ».

L’autodérision irrigue aussi ce spectacle. Il évoque sa calvitie, son âge,cette coupe de cheveux qu’il promet d’abandonner après cette tournée, comparée à sa manière à une relique capillaire des années 1980.

Assister à un spectacle de Fabrice Éboué, c’est accepter de visiter un petit musée des horreurs. Rien ne l’arrête quand il évoque les handicapés trisomiques « sort toi les doigts du cul, mais non pas pour les mettre dans ta bouche » quand il  parle de l’obésité « le mal du siècle » en ciblant Arthur le copain de son fils. Les vannes fusent à la vitesse de la lumière.

Il dézingue les mouvements masculinistes, évoque les poupées gonflables à l’effigie des enfants « si ça peut aider les pédophiles à arrêter c’est comme les fumeurs avec les cigarettes électroniques » où la drogue : « Tu vois Jules, la cocaine c’est de la merde, l’héroïne c’est fantastique ».

La mécanique est implacable. Le show s’enchaîne à un rythme effréné porté par une gestuelle singulière : ce balancement constant d’avant en arrière, presque hypnotique, comme pour mieux capter sa proie. Éboué observe les réactions du public, joue avec les silences, savoure les rires nerveux autant que les éclats francs. Le public, multigénérationnel, rit de tout, parfois à ses propres dépens.

Mais derrière la férocité, Solitudes laisse affleurer des moments plus intimes. Lorsqu’il évoque son célibat, une trahison amoureuse ou, au rappel, une rencontre inattendue avec une prostituée ghanéenne croisée dans sa « caravane magique » au bois de Vincennes, le rire se suspend. Ce passage donne au spectacle une profondeur inattendue.

Au moment des saluts, le rideau tombe sur le « Non, je ne regrette rien » d’Édith Piaf. Un clin d’œil ironique et parfaitement assumé. A 22 heures tapantes, la messe est dite. Un grand merci à Frédéric Jérôme et aux équipes des Folies Bergère pour leur accueil.

Jean Christophe Mary

Prochaines dates parisiennes :

  • 25-26-27 MARS 2026 : Le Grand Rex. 1-5, boulevard Poissonnière, 2e. A. De 29 à 65€
  • 05 AU 12 JUIN 2026 : Le Trianon. 80, boulevard de Rochechouart,18 e. lieux habituels, A 20h. De 45 à 65 €. www.letrianon.fr

Image de Jean-Christophe Mary

Jean-Christophe Mary