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Cédric Jimenez, François Civil, Karim Leklou et Gilles Lellouche dans le film Bac Nord. Jérôme Mace / Chifoumi Productions

Cinéma. « BAC ». Ce n’est pas seulement un examen de fin de lycée, un bateau à fond plat ou un récipient en forme de casier. Dans le langage policier, cela signifie « Brigade Anticriminalité », une unité créée en 1994 dans plusieurs banlieues et villes de France. Inspiré de faits réels, « Bac Nord » de Cédric Jimenez, met en scène trois flics cow-boys de cette unité et nous plonge dans les quartiers populaires de Marseille.


« Bac Nord n’est pas un film pro ou anti-flic. Et mon rôle n’est pas de me substituer à celui de la justice », dit-il. « Je souhaitais simplement raconter l’histoire de trois hommes et exposer, à travers leur métier et ce qu’ils ont traversé, les failles d’un système » – Cédric Jimenez, réalisateur


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Gilles Lellouche est l’un des trois policiers au centre du film « Bac Nord » (©Jérôme Macé/Chifoumi Productions).

Les policiers membres de ces BAC sont souvent décrits, au cinéma, comme des cow-boys qui n’hésitent pas à franchir la ligne jaune de la légalité et de l’éthique professionnelle. C’est le cas dans « Bac Nord » (sur les écrans le 18 août), situé à Marseille, comme c’était le cas dans « Les Misérables « , le film de Ladj Ly sur la BAC de Montfermeil (Seine Saint-Denis) en 2019.

Inspiré de faits réels

La différence entre les deux films est que « Bac Nord », réalisé par Cédric Jimenez et présenté hors-compétition au dernier Festival de Cannes, est directement inspiré d’une affaire impliquant 18 policiers, qui fit grand bruit dans les médias en 2012 et mobilisa le ministre de l’Intérieur de l’époque, Manuel Valls. Neuf ans après, cette affaire de « policiers ripoux » vient de connaître un épilogue provisoire le 22 avril dernier devant le tribunal correctionnel, avec un jugement dont le parquet a fait appel.


Cinéma. « Bac Nord » : un western urbain au suspense prenant


« Bac Nord » met en scène trois policiers de cette unité du commissariat des quartiers nord de Marseille, zone au taux de criminalité le plus élevé de France, qui manquent de moyens et sont las de ne régler que de petits dossiers. Nargués par les trafiquants de drogue qui diffusent une vidéo, le préfet et les autorités exigent « une réponse policière ».

Trois flics cow-boys

Le trio de policiers va s’en charger: Greg (Gilles Lellouche), quadra célibataire et solitaire, est le plus expérimenté et le plus désabusé; Yass (Karim Leklou), futur père, est le plus calme et le plus sage mais aussi le plus tendu; Antoine (François Civil), beau gosse dragueur, sportif et pas très cultivé, est le plus actif et le plus ambitieux.

Avec le feu vert officieux et verbal de leur chef (« Arrangez-vous, je sais pas. Je veux rien savoir« ), ils décident de tendre un piège à de gros bonnets de la drogue. Pour cela, Antoine utilise comme indic une jeune dealeuse qui, pour leur fournir des renseignements, réclame une grosse quantité de haschich. Et pour réunir cet argent, les trois flics ne vont pas hésiter à racketter les délinquants et petits dealeurs du quartier…

Quatrième long-métrage

« J’ai pu rencontrer toute la BAC Nord de l’époque, m’entretenir avec ces hommes, commencé à sentir les choses », explique le réalisateur. « J’ai rencontré tout le monde, les policiers comme les mecs des cités, attendu que les langues se délient un peu, jusqu’à ce que j’aie assez d’infos pour me dire que je pouvais en faire un film ».

C’est le quatrième long-métrage de Cédric Jimenez, 45 ans, après trois films très différents: « Aux Yeux de Tous » (2012), un thriller entièrement filmé à l’aide de caméras de surveillance et de webcams; « La French » (2014), avec Jean Dujardin et Gilles Lellouche, sur la lutte entre le juge Pierre Michel et le parrain du milieu marseillais Gaëtan Zampa dans les années 1970/1980; et « HHhH » (2017), film historique sur l’officier nazi Reinhard Heydrich, bras droit de Himmler.

Héros positifs et sympathiques

« Bac Nord » ne prend pas avec ses personnages les mêmes distances que « Les Misérables »: les délinquants y sont décrits plus défavorablement et les policiers, quoiqu’également cow-boys, sont ici davantage présentés comme des héros positifs et sympathiques, victimes du manque de moyens, du mépris d’une partie de la société, de la lâcheté de leurs supérieurs et du pouvoir politique.

L’empathie manifestée à leur égard est renforcée par le fait que le réalisateur s’intéresse aussi à leur vie privée, les montrant chacun dans des moments intimes en dehors de leur travail. C’est le cas notamment de Yass et de sa femme Nora (Adèle Exarchopoulos), qui travaille elle aussi au commissariat et est enceinte de leur premier enfant.

Une histoire d’hommes

Il n’en reste pas moins que le film est une histoire d’hommes, un western urbain rythmé et au suspense prenant. L’action culmine avec une impressionnante scène dans laquelle les forces de l’ordre donnent l’assaut à une cage d’escalier de HLM, dans un environnement hostile et dangereux qui montre les difficultés des forces de l’ordre intervenant dans les zones de non-droit.


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Le réalisateur se range donc du côté de ses trois personnages, tout en affirmant que « Bac Nord n’est pas un film pro ou anti-flic. Et mon rôle n’est pas de me substituer à celui de la justice », dit-il. « Je souhaitais simplement raconter l’histoire de trois hommes et exposer, à travers leur métier et ce qu’ils ont traversé, les failles d’un système. Un système où ceux qui sont en bas de l’échelle sont systématiquement sacrifiés. Un système qui ignore ses fonctionnaires et qui oublie les habitants des cités ».

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Cédric Jimenez, François Civil, Karim Leklou et Gilles Lellouche dans le film Bac Nord. Jérôme Mace / Chifoumi Productions

Circonstances atténuantes

Le film a été tourné avant le récent jugement de la vraie affaire de 2012, mais Cédric Jimenez, né à Marseille, trouve des circonstances atténuantes à ces policiers cow-boys. « Je connais vraiment bien les quartiers nord. Que les flics déconnent là-bas n’a rien d’étonnant: ce sont des zones abandonnées de l’État et qui répondent à des codes particuliers… La police n’échappe pas à cela. Mais la médiatisation de l’affaire me paraissait teintée d’hypocrisie, avec Manuel Valls qui déclarait qu’il allait «nettoyer la police!», etc. Ça sentait la récupération politique: ces flics n’étaient sûrement pas irréprochables mais comment l’institution policière pouvait-elle autant se cacher derrière ces accusés? »

Et de conclure, un rien moralisateur, en réponse à ceux qui l’accusent d’avoir fait un film favorable à la police: « Avant de faire Bac Nord, je critiquais volontiers la police. Aujourd’hui, je condamne toujours aussi fermement les violences policières, mais je sais aussi que le problème ne se limite pas à quelques brebis galeuses et j’essaie de comprendre comment, de manière systémique, on en arrive là. Je pense qu’il incombe à l’État de mieux préparer et accompagner ses policiers –sur le plan éducatif, sur le plan des salaires, sur le plan technique– Il y a un cercle vicieux à transformer en cercle vertueux ».

Jean-Michel Comte

LA PHRASE

« On sert à rien. On sert plus à rien » (Gilles Lellouche à son supérieur, au début du film).


bac nord cinegongA voir : « Bac Nord «  (France, 1h45). Réalisation: Cédric Jimenez. Avec Gilles Lellouche, Karim Leklou, François Civil. (Sortie 18 août 2021)

  • Retrouvez cette chronique ainsi que l’ensemble des sorties cinéma de Jean-Michel Comte sur le site Cinégong

 

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