« La Guerre des prix »: la face cachée de la grande distribution

la guerre des prix
"La guerre des prix" : Audrey (Ana Girardot) travaille dans un hypermarché qui achète notamment les produits laitiers de son frère Ronan (Julien Frison), agriculteur indépendant ©Claude Pocobene.

Sortie cinéma. Entre la vache que l’agriculteur trait chaque matin et le yaourt que vous achetez en grande surface, il y a de nombreuses étapes qu’on ne connaît pas toujours. Parmi elles: les conditions qu’impose la grande distribution, illustrées par le film LA GUERRE DES PRIX, mercredi 18 mars sur les écrans.

La Guerre des Prix est une histoire passsionnante. Le scénario est remarquablement ficelé et fait du film un vrai thriller social.

Audrey (Ana Girardot) est fille de paysans et cheffe du rayon yaourts dans un hypermarché en province. Son frère Ronan (Julien Frison) a repris la ferme familiale, qui compte 72 vaches laitières, et fait partie d’un réseau d’agriculteurs qui tentent de s’unir pour vendre leurs produits.

Centrale d’achat

Audrey est efficace et ses patrons l’envoient en poste à la centrale d’achat de son enseigne, à Paris, pour y défendre la filière bio et locale. Elle se retrouve sous les ordres d’un chef surnommé « le Baron » (Olivier Gourmet), barbu, au ton sec et au verbe rare, qui ne s’assoit jamais.

Il va l’initier aux techniques de négociations avec les fournisseurs, industriels de l’agro-alimentaire et groupements de producteurs. Un univers impitoyable dans lequel Audrey va essayer de ne pas perdre son âme et défendre sa vision des choses, ses convictions –et la ferme de son frère…

Difficultés des agriculteurs

Dans le droit fil des récents films PETIT PAYSAN ou AU NOM DE LA TERRE, le scénario montre les difficultés des agriculteurs pour survivre, dans un monde de plus en plus concurrentiel. Et illustre aussi la dureté du comportement des grandes entreprises, de distribution ou autres, comme le fait par exemple le réalisateur Stéphane Brizé dans ses films (La loi du marchÉ, En guerre, Un autre monde).

Le réalisateur Anthony Dechaux, 44 ans, dont c’est le premier film, a beaucoup enquêté auprès des agriculteurs et des acteurs de la grande distribution, qui restent toujours très discrets sur la fameuse période de trois mois, du 1er décembre au 1er mars, où ont lieu chaque année les négociations entre grande distribution et fournisseurs pour fixer les prix, cette fameuse « guerre des prix ».

Confrontation entre deux mondes

« C’est un film qui parle du monde agricole, mais pas seulement », dit-il. « Je pense même qu’on en apprend plus sur l’univers de la grande distribution et sur le déroulement de ces fameuses négociations. C’est un film sur la confrontation entre ces deux mondes, et sur la façon dont cette quête permanente du prix bas se répercute toujours sur les plus fragiles, en bout de chaîne –en l’occurrence, les agriculteurs ».



Le scénario est remarquablement ficelé, notamment avec un dernier quart d’heure à suspense qui fait du film un vrai thriller social. Il y a aussi plusieurs scènes impressionnantes de face-à-face pendant les fameuses négociations, dans des pièces exiguës, fermées et sans fenêtre, où la tension est extrême.

Portée par le duo formé par Olivier Gourmet, impitoyable, vrai-faux méchant du film, et Ana Girardot, très présente et très convaincante, cette GUERRE DES PRIX est une histoire passionnante, à la fois par son côté réaliste et par ses rebondissements scénaristiques. « En fait, j’aime bien dire que mon film n’est pas un documentaire, certes, mais une fiction documentée », conclut le réalisateur de ce premier film très réussi.

Jean-Michel Comte

LA PHRASE : « Ne vous excusez pas, vous avez du caractère. Si vous vous excusez, vous gâchez tout » (Olivier Gourmet à Ana Girardot).

  • La Guerre des prix (France, 1h36). Réalisation: Anthony Dechaux. Avec Ana Girardot, Olivier Gourmet, Julien Frison (Sortie 18 mars 2026)

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