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"Haute Fidélité" de Raphaël, un album sensible, envoûtant, exigeant. Photo Arno Lam

Musique. Quatre ans après « Anticyclone », Raphaël revient avec « Haute Fidélité ». Un album envoûtant aussi sensible qu’intense, où le chanteur se livre entre sentiments amoureux, rêves d’ailleurs et palette sonore percutante.

Dans « Haute Fidélité » Raphaël s’amuse à brouiller les pistes, comme s’il refusait la facilité de mélodies trop évidentes. Un disque beau et complexe parfois, où l’on se perd avec bonheur tellement tout ici est sensible, envoûtant, exigeant

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« Haute Fidélité » de Raphaël, un album sensible, envoûtant, exigeant. Photo Arno Lam

Il y a quelque chose de céleste et de crépusculaire dans le nouvel album de Raphaël. Un disque personnel, où le chanteur se livre entre sentiments amoureux, rêves d’ailleurs, tourments sous la lune, chansons nocturnes et passion poétique.
Quatre ans après « Anticyclone », suivi de « Retourner à la mer » (Prix Goncourt de la nouvelle 2017), « Haute Fidélité », son 9ème album, témoigne une fois encore du goût de Raphaël pour les mots, qu’il mêle aujourd’hui à des ambiances tout en ruptures émotionnelles, tantôt caressantes ou percutantes. Le chanteur qui a débuté il y a plus de vingt ans avec « Hôtel de l’univers », confirme qu’il est de plus en plus un sorcier du son, un aventurier du matériau sonore, comme pouvait l’être Christophe, ami et artiste qu’il admirait et aimait.

L’auteur de « La réalité », « Pacific 231 », « Super-Welter », « Je sais que la terre est plate » ou de « Somnambules », a connu les succès fous et le vertige des foules pâmées devant cet archange qui, il y a quinze ans squattait les hits avec le tube « Caravane ». Depuis, il n’a cessé de vouloir se détacher de son image d’éternel jeune premier de la chanson à qui tout réussi. Il cherche, sonde son âme, à la manière de l’auteur des « Mots Bleus », faisant part de sa mélancolie et de ses blessures, dans la lignée de Bashung ou Manset.

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Raphaël. Photo Arno Lam

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Le voici plus apaisé, à fleur de peau avec « Haute Fidélité ». Un opus enregistré dans son home studio où il s’amuse à brouiller les pistes, comme si Raphaël refusait la facilité de mélodies trop évidentes– ce qui n’exclut pas les chansons imparables, comme « Personne n’a rien vu » où l’envie de « brûler les vaisseaux » n’est jamais loin.

« Les années 20 sont folles, souviens-toi » chante-t-il en ouverture, témoin du chaos du monde. Dans « Maquillage bleu », il pousse la métaphore et dit « le mal de mer, on l’a partout sur terre ». Un titre où l’on croise les figures de Belmondo, Johnny, Bardot ou Christophe en Ferrari, titre qui se poursuit en italien sur un texte extrait du Purgatoire de Dante, murmuré par Valeria-Bruni Tedeschi.

On trouve des sonorités orientales, des atmosphères andalouses, des guitares rock qui font vibrer le romantisme de « La Jetée », « la nuit est la même pour tous ceux qui s’aiment », avec en écho la voix d’Arthur Teboul de Feu ! Chatterton. Et puis résonne cette promesse de toujours aimer : « Mais ne baisse jamais ton masque/Mais laisse l’amour venir ». Il y a la voix de Pomme dans « Le train du soir », celle de Clara Luciani dans « Si tu pars ne dis rien ». D’autres bijoux encore, comme « Je suis revenu » adapté d’un poème de l’écrivain russe Ossip Mandelstam ou « Le bleu du ciel » interprétée à la guitare acoustique : « Coule la Seine/Je suis là à attendre que tu reviennes/Sept jours par semaine l’hymne national de notre amour je l’attends toujours. »

pochette haute fideliteUn album aux punchlines qui visent le cœur, tels ces mots sans appel envoyés par télégramme: « Impossible/Vivre sans toi/Stop ». Enfin, il y a l’émouvante « Norma Jean » dédiée à Christophe, qui achève ces douze chansons aussi fragiles qu’intenses: « Est-ce que tu respires mieux sur ton esquif aux flancs bleus/Laisse-moi une adresse pour les mots roses/J’peux plus te phoner/Mais j’peux t’écouter/Ton style c’est la beauté/Ta beauté ».
Un disque beau et complexe parfois, où l’on se perd avec bonheur tellement tout ici est sensible, envoûtant, exigeant.

Victor Hache

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