« Les lumières de New York » : Les oubliés du rêve américain

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"Les Lumières de New York" : Lu (Chang Chen), travailleur immigré chinois à New York, veut offrir à sa fille (Carabelle Manna Wei) une vie meilleure (©Lucky Lu Film LLC/KMBO).

Sortie cinéma. Un immigré chinois qui gagne sa vie comme livreur à vélo à New York et travaille dur pour accueillir sa famille: LES LUMIÈRES DE NEW YORK est un film que Donald Trump ne verra sans doute pas –et de toutes façons qui ne lui plairait pas. Deux raisons d’aller le voir (mercredi 7 janvier sur les écrans français).

LES LUMIÈRES DE NEW YORK décrit la dure réalité des travailleurs immigrés dans un New York impitoyable

Le film met en scène Lu (Chang Chen), qui vit à New York depuis cinq ans. Après avoir ouvert son restaurant, il a été contraint de le fermer faute de clients et il travaille maintenant comme livreur de repas, pour une société qui lui loue un vélo électrique.

Sa femme et leur petite fille de 8 ans sont sur le point de le rejoindre enfin. Vivant dans un foyer pour immigrés, il vient in extremis de trouver un petit appartement en sous-location par l’intermédiaire d’un ami chinois.

Trouver vite de l’argent

Mais celui-ci garde l’argent du loyer qu’il lui a remis et le propriétaire du logement, n’ayant pas touché sa part, lui demande de quitter les lieux sans délai. Et, pour aggraver les choses, il se fait voler son vélo électrique…



Pour trouver vite de l’argent afin de payer le loyer et la caution du vélo, il essaye de vendre sa radio ou la montre de son père, va voir d’anciens amis chinois pour leur emprunter de l’argent, sollicite un prêt auprès d’usuriers chinois, vole à son tour un vélo pour le revendre. Cela ne suffit pas et lorsque sa famille débarque, son rêve de lui offrir une vie tranquille semble s’éloigner…

Travailleurs du Covid

C’est le premier long métrage du réalisateur Lloyd Lee Choi, 33 ans, qui, comme son nom ne l’indique pas, est canadien et vit à New York. « L’idée m’est venue pendant les différents confinements liés à la pandémie de Covid, à New York », explique-t-il. « Je commandais à manger chaque jour, et tous les soirs, un livreur masqué me remettait mon repas. À cette époque, ils étaient considérés comme «travailleurs essentiels», au même titre que les médecins et les personnels soignants ».

« Ils risquaient leur vie pour nourrir la population. Et je me suis mis à me demander qui étaient ces hommes, derrière leur masque. Ils sont devenus omniprésents dans le paysage urbain, tout comme les taxis jaunes. Ils sont constamment autour de nous, de jour comme de nuit, et ce qui m’a intrigué, c’est la vie qu’ils mènent pendant leurs heures de travail, mais aussi en dehors. Je me suis intéressé à leur famille, leurs enfants, leurs dilemmes intimes, leurs rêves ».

Dure réalité

Présenté à la Quinzaine des réalisateurs lors du dernier Festival de Cannes, LES LUMIÈRES DE NEW YORK décrit la dure réalité des travailleurs immigrés dans un New York impitoyable. Mais, à part quelques passages un peu misérabilistes, il ne cède pas au mélodrame et les difficultés rencontrées par le personnage principal sont contrebalancées par sa joie profonde de retrouver sa famille.

Sa fillette (Carabelle Manna Wei) est adorable, mais c’est bien sûr ce personnage de Lu, omniprésent, qui attire toute l’attention. Il est interprété avec pudeur et justesse par le grand acteur taïwanais Chang Chen, qui a tourné avec les plus grands réalisateurs asiatiques (Edward Yang, Wong Kar-Wai, Hou Hsiao-hsien, Ang Lee, Chen Kaige, John Woo), a été membre du jury du Festival de Cannes en 2018 et a notamment interprété le personnage du Dr Wellington Yueh dans les films DUNE de Denis Villeneuve.

Certes LES LUMIÈRES DE NEW YORK n’est pas le film le plus gai pour commencer l’année (c’est moins rigolo que BOB L’ÉPONGE) ni le plus spectaculaire (rien à voir avec AVATAR-3), mais ce petit film intimiste, minimaliste, au budget modeste, est sensible, émouvant, profondément humain, avec à la fin –on ne va pas spoiler– une lueur d’espoir et d’optimisme. Meilleurs vœux pour une vie meilleure.

Jean-Michel Comte

LA PHRASE : « Toute notre vie est entassée dans les valises » (la femme de Lu, au téléphone, avant de s’envoler pour New York avec leur fille).

  • LES LUMIÈRES DE NEW YORK (« Lucky Lu ») (États-Unis/Canada, 1h43). Réalisation: Lloyd Lee Choi. Avec Chang Chen, Fala Chen, Carabelle Manna Wei (Sortie 7 janvier 2026)

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