Télé/ Le triomphe de la fantazy. Longtemps reléguée aux marges de la culture « sérieuse », la fantasy s’est imposée comme l’un des langages majeurs de notre époque. Diffusé lundi 12 janvier sur France 4 à 21h05 et sur france.tv, le documentaire Il était une fois… le triomphe de la fantasy retrace l’épopée d’un genre né des crises de l’histoire, des rêves de fuite et des combats intimes. De Tolkien à Harry Potter, de Game of Thrones à Zelda, ce voyage visuel et intellectuel explore comment les mondes imaginaires parlent, en creux, de nos peurs, de nos espoirs et de notre rapport au monde. Une célébration de l’imaginaire comme force politique, culturelle et profondément humaine.
Le triomhe de la fantasy : un genre qui invente des mondes pour mieux parler du nôtre

France 4 et la plateforme france.tv invitent les téléspectateurs à remonter le fil d’un imaginaire devenu central dans notre culture populaire avec Il était une fois… le triomphe de la fantasy. Plus qu’un simple documentaire, le film se présente comme une traversée sensible et érudite d’un genre longtemps considéré comme marginal, aujourd’hui hégémonique.
Un voyage au cœur d’un imaginaire devenu monde
Dès les premières images, le ton est donné : la fantasy n’est pas un divertissement hors-sol, mais un miroir tendu à nos sociétés. Raconté par la voix familière et chaleureuse d’Adeline Chetail, véritable passeuse entre les univers — de Zelda à Ellie, de Ghibli à Arcane —, le film adopte une forme immersive, presque initiatique. On ne survole pas la fantasy : on y entre.
Le documentaire embrasse la littérature, le cinéma, les séries, les jeux de rôle, le jeux vidéo, la musique… Tous les territoires sont explorés, avec une même question en filigrane : pourquoi la fantasy nous parle-t-elle autant, et depuis si longtemps ? Pour y répondre, la réalisatrice convoque des figures majeures du genre, des créateurs de mondes autant que des analystes de leur portée symbolique.
De la fuite hors du réel à la lecture du monde
Le récit commence au XIXᵉ siècle, dans l’Angleterre industrielle. Avec William Morris, la fantasy naît comme un geste de refus : refus de la machine, nostalgie d’un passé idéalisé, retour au mythe et à l’artisanat. Déjà, la fantasy s’écrit contre son temps. Ce mouvement s’amplifie au XXᵉ siècle, lorsque les pulps américains font surgir Conan le Barbare au cœur de la Grande Dépression, figure brute d’évasion et de survie.
Mais le véritable basculement intervient avec J.R.R. Tolkien. Marqué par la Première Guerre mondiale, l’auteur du Seigneur des Anneaux transforme la fantasy en un langage à part entière. Il ne s’agit plus seulement de rêver, mais de penser le mal, la guerre, le pouvoir, la corruption, à travers des peuples, des langues et des paysages inventés. Tolkien fonde une mythologie moderne, et avec elle, un genre structuré.
Quand la fantasy devient collective
Le film montre avec finesse comment la fantasy quitte peu à peu le livre pour devenir une expérience partagée. Dans les années 1960-1970, elle infuse la musique rock et metal, se mêle aux contestations politiques, accompagne le rejet de la guerre du Vietnam. Puis viennent les jeux de rôle, Donjons & Dragons en tête : le lecteur devient acteur, le monde imaginaire un espace à habiter.
Cette bascule trouve son prolongement naturel dans le jeu vidéo. De Zelda à Final Fantasy, jusqu’à Baldur’s Gate 3, la fantasy devient interactive, narrative, émotionnelle. Lawrence Schick, figure historique du jeu de rôle, rappelle combien ces univers prolongent l’héritage littéraire tout en l’ouvrant à de nouvelles formes de récit.
Hollywood, vitrine et accélérateur
Impossible d’ignorer le choc visuel des années 2000. Avec la trilogie de Peter Jackson, la fantasy conquiert le cinéma mondial. Les témoignages de Richard Taylor (WETA) ou des artisans d’effets spéciaux montrent combien cette réussite repose sur un équilibre subtil entre technologie et croyance. Harry Potter, puis Game of Thrones, achèvent de faire de la fantasy un phénomène planétaire, capable de rassembler toutes les générations.
Le documentaire rappelle que la fantasy évolue avec son époque. Aujourd’hui, elle se nourrit des angoisses climatiques, interroge notre rapport à la nature, intègre les questions de diversité, de genre et de représentation. Les créatures fantastiques deviennent des consciences écologiques, les héroïnes prennent le pouvoir, les récits se décentrent.
Qu’est-ce que la fantasy, au fond ?
Le film apporte une réponse nuancée : la fantasy n’est ni une simple évasion, ni un refuge naïf. C’est un outil symbolique. Un genre qui invente des mondes pour mieux parler du nôtre. Elle puise dans les mythes, le folklore, l’histoire, pour construire des récits où se rejouent nos peurs collectives, nos idéaux, nos conflits.
En cela, Il était une fois… le triomphe de la fantasy est aussi une déclaration d’amour à l’imaginaire. Un rappel que ces mondes parallèles ne nous éloignent pas du réel, mais nous y ramènent autrement, avec plus de sens, de poésie et parfois de lucidité.
Un documentaire généreux, accessible sans être simpliste, qui donne envie de rouvrir un livre, de relancer une partie, ou simplement de croire, encore un peu, à la puissance des histoires.
Jane Hoffmann





