Spectacle/ La fin du courage. Depuis le 17 janvier, au Théâtre de l’Atelier, à Paris, plusieurs duos d’actrices se relaient autour d’une question centrale : comment tenir debout dans un monde qui semble avoir perdu le sens du courage ? Ce samedi 31 janvier, deux figures féminines sont face à face. D’un côté une autrice exigeante incarnée avec une intensité frémissante par Emmanuelle Béart. De l’autre, une journaliste de télévision aussi solaire que décomplexée, portée par la formidable vitalité de Sylvie Guillemin. De leur confrontation naît un dialogue vif, sorte de ping-pong de mots, d’idées et de punchlines souvent cocasses où la gravité philosophique rencontre l’humour, l’autodérision et la joie du jeu.
Théâtre de l’Atelier : Entre rires et réflexion, cette pièce rappelle que le courage ne se proclame pas mais se construit dans l’épreuve du réel comme dans la relation à l’autre.

La Fin du courage est une pièce librement inspirée de l’essai éponyme de la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury, publié chez Fayard en 2010. Mis en scène par Jacques Vincey au Théâtre de l’Atelier, à Paris, le texte quitte le champ strict de la philosophie pour s’aventurer sur celui du théâtre, dans une forme hybride oscillant entre l’exposé rigoureux d’un essai, la fable existentielle et la vivacité d’un spectacle de café-théâtre.
Le dispositif scénique est d’une grande sobriété. Un plateau de télévision où trône une table, deux fauteuils, et deux verres de vin blanc « hors caméra ».
En arrière-plan, une impressionnante construction de livres forme une sorte de tour vertigineuse, métaphore transparente mais efficace d’un savoir qui protège autant qu’il enferme. Durant une heure quinze, c’est là que se tient l’autrice retranchée dans la rigueur de sa pensée, tandis que la journaliste tente de la bousculer.
Emmanuelle Béart incarne l’autrice, le double de Cynthia Fleury. Elle doute, hésite, cite Jankélévitch, Nietzsche ou Bergson, trébuche sur ses propres exigences morales. Elle hésite, cherche ses mots et peine à rendre sa pensée “audible” face aux cinq millions de téléspectateurs qui suivent l’émission.
Face à elle, Sylvie Guillemin compose une journaliste solaire, directe, volontiers excessive, rompue aux compromis de la télévision et au langage de l’efficacité. Le dialogue prend alors la forme d’un ping-pong parfois heurté, souvent drôle, entre deux manières d’habiter le monde.
Au cœur du spectacle se déploie la “théorie du courage” chère à Cynthia Fleury : le courage non comme vertu héroïque ou performance individuelle, mais comme capacité morale à ne pas céder au découragement.
Comment faire face à la violence du monde contemporain politique, sociale, climatique sans se durcir ni se résigner ? Peu à peu, l’essai philosophique se transforme en fable existentielle et motivante, taillée pour affronter le chaos du monde.
Peu à peu, l’affrontement se transforme en alliance. Les deux femmes que tout semblait opposer découvrent une expérience commune du vertige et de la fatigue morale.
Cette reconnaissance mutuelle constitue la véritable dramaturgie de la pièce. Dans leur opposition et leur complémentarité, elles tricotent ensemble une éthique du courage fondée sur le lien et la parole partagée.
La journaliste apprend à l’autrice à affronter ses propres démons lors d’une scène aussi symbolique qu’hilarante : une expérience d’escalade en plein air. Sylvie Guillemin, harnachée, se balance de gauche à droite au bout d’une corde, déclenchant les rires du public, tandis qu’Emmanuelle Béart, saisie par le vertige, incarne avec une justesse bouleversante la peur de tomber au sens propre comme au figuré.
Ces passages très drôles, nourris de punchlines et de situations cocasses, n’enlèvent rien à la profondeur du propos. Bien au contraire. L’auteure sérieuse et la journaliste légère se révèlent complémentaires et c’est dans leur alliance que naît une force nouvelle.
L’autrice aide la journaliste à révéler son potentiel littéraire, à “dire les choses”. La journaliste, elle, apprend à l’autrice à lâcher prise, à respirer, à vivre.
Sylvie Guillemin déploie une énergie physique et verbale impressionnante, jouant avec les codes du spectacle et de la caricature médiatique. Plus intériorisée, Emmanuelle Béart porte l’émotion de bout en bout donnant à la pensée une densité sensible. Ensemble, elles parviennent à faire de ce dialogue philosophique un véritable moment de théâtre incarné.
Entre rires et réflexion, cette pièce rappelle que le courage ne se proclame pas mais se construit dans l’épreuve du réel comme dans la relation à l’autre. Ce soir lors des saluts, l’enthousiasme communicatif de Sylvie Guillemin finit par emporter Emmanuelle Béart. Les deux actrices se rejoignent avec un sourire partagé main dans la main. Une image juste pour conclure cette fable philosophique : le courage ne se décrète pas, il se construit. Ensemble ! Jusqu’ au 8 mars. Pensez à réserver.
Jean-Christophe Mary
- Théâtre de l’Atelier. 1 Place Charles Dullin, Paris 18e -19h. Toutes les informations ICI.
La Fin du Courage.
- Cynthia Fleury : texte
- Jacques Vincey: mise en scène
- Les duos d’actrices :
- Emmanuelle Béart et Sophie Guillemin (du 3 au 8 février)
- Isabelle Carré et Sophie Guillemin (du 11 au 22 février)
- Lubna Azabal et Sophie Guillemin (du 25 au 27 février)
- Lubna Azabal et Rosa Bursztein (du 28 février au 8 mars)





