the father: anthony hopkins a la memoire qui flanche
Olivia Coleman et Anthony Hopkins dans "The Father"

Cinéma. Avec «The Father», Florian Zeller signe son premier long métrage. Adapté de sa pièce «Le père», il aborde la douloureuse question de la maladie d’Alzheimer. Un film aussi sensible que réussi couronné de deux Oscars, celui du meilleur scénario et du meilleur acteur pour son acteur principal, Anthony Hopkins, bouleversant vieillard à la mémoire qui flanche.


Ce premier film de Florian Zeller est admirable de justesse, douloureux et prenant, porté par des acteurs émouvants. Dans la longue carrière d’Anthony Hopkins, «The Father» restera un de ses plus grands rôles


the father: anthony hopkins a la memoire qui flanche
Olivia Coleman et Anthony Hopkins dans « The Father »

Le film «The Father» de Florian Zeller est adapté de sa pièce de théâtre à succès « Le père ». Il a d’abord été présenté au Festival de Sundance (Etats-Unis) en 2020 où il fut très remarqué, mais si la France en a entendu parler, c’est grâce aux récompenses décernées par Hollywood en avril dernier. Le film a obtenu deux Oscars, celui du Meilleur scénario pour Florian Zeller et du Meilleur acteur pour Anthony Hopkins dans le rôle principal.

Le comédien britannique a été le premier choix de Florian Zeller. Il le trouvait depuis longtemps extraordinaire et a écrit le scénario du film en pensant à lui constamment. Hopkins, lui, s’est  inspiré de son propre père, jouant à fond celui dont la mémoire s’embrouille.

L’histoire de «The Father» déroule les derniers mois d’Anthony, 81 ans, qui vit à Londres chez sa fille Anne (Olivia Coleman) mais croit être encore chez lui. L’appartement d’Anne est le décor principal, tel un labyrinthe, dans lequel Anthony se perd un peu comme il perd petit à petit la notion du temps; obsessionnellement, il veut savoir l’heure qu’il est mais il est toujours à la recherche de sa montre. Il croit qu’on la lui a volée.

Jamais le mot « Alzheimer » n’est prononcé

Il est entré dans une phase de son existence où certaines choses ne sont plus comme avant et il en est conscient. Anne s’en rend compte également, mais elle reste avec lui une fille aimante, sacrifiant sa propre vie, négligeant son mari (Rufus Sewell) qui accepte mal la présence de ce beau-père autoritaire et envahissant.

Les différentes infirmières qui se sont succédé ne sont pas parvenues à le convaincre de se soigner car il ne pense pas être malade, seulement incompris. Ses accès de colère sont de plus en plus fréquents et Anthony nous irrite souvent, nous émeut parfois, faisant alterner les sentiments qu’on peut éprouver à l’égard de ce père qui pourrait être le nôtre.

«The Father» : Anthony Hopkins a la mémoire qui flanche

L’appartement où a été tournée l’histoire était très important pour Florian Zeller car initialement dans sa pièce, il a respecté l’unité de lieu : toutes les scènes avec Anthony se passent à l’intérieur; l’appartement est en fait le second personnage du film. Quant à l’unité de temps, Anthony ne sachant plus très bien à quel moment de la journée il vit, c’est un kaléidoscope, comme dans la tête du vieux monsieur qui se montre à nous. Lorsque c’est lui qui parle, il y a à l’écran comme une petite ombre qui passe au plafond, tel un morceau de son cerveau qui s’estompe; quand c’est un des autres personnages, elle n’y est plus…

Dans la longue carrière d’Anthony Hopkins, «The Father» restera un de ses plus grands rôles, celui d’un vieil homme qui a été intelligent, cultivé (ah les airs d’opéra qu’il goûte ses écouteurs aux oreilles, assis dans son fauteuil), qui restent les seuls moments où sa vie semble être comme avant.


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Jamais n’est prononcé le mot «Alzheimer» mais c’est pourtant de cette terrible maladie dont il s’agit. On ne la guérit pas encore et l’existence des proches d’un malade atteint d’Alzheimer est terrifiante, tout se dégrade, de plus en plus souvent, de plus en plus vite. Il devient irritable, impatient, coléreux, méchant même. Vient le moment où il faut choisir : se séparer de l’être qu’on aime sans doute encore le plus au monde mais dont on ne peut plus s’occuper, ou le garder pour l’aider et vivre avec lui les derniers moments de sa vie. Mais la maladie a-t-elle le temps, elle ?

Ce premier film de Florian Zeller est admirable de justesse, douloureux et prenant, porté par des acteurs émouvants. A la sortie, on pense à la science, à ses progrès qu’on aimerait plus rapides, avec l’espoir d’un vaccin qui permettrait à des milliers de personnes de vivre normalement avec ceux qu’ils chérissent. Une question que pose ce film aussi sensible que réussi.

Jane Hoffmann

  • A voir: «The Father» de Florian Zeller avec Anthony Hopkins, Olivia Coleman, Rufus Sewell, Mark Gatiss – en salles, actuellement.

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