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André Popp - dessin © Thomas Pontois
Musique. Un coffret de 6 CDs revalorise le compositeur et arrangeur André Popp, qui a su mettre de belles harmonies dans la chanson populaire. Dans sa musique, tout chante… et c’est pourquoi elle est touchante.

Dans la musique d’André Popp tout chante. Et c’est pourquoi elle est touchante. Il a visé le succès, certes, mais avec une élégance, une musicalité, une spontanéité inspirantes 

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André Popp. Photo Jacques Aubert

Il était une fois, dans une sombre maison de Vendée, un petit garçon solitaire qui rêvait de musiques et d’aventures lointaines… Ainsi commence le conte personnel d’André Popp, ce compositeur et arrangeur atypique, à qui l’on doit “Piccolo Saxo” et d’innombrables chansons et génériques. En musique au moins, il aura fait le tour du monde (“Love is Blue”, “Song for Anna”, “Manchester et Liverpool”…), et chassé l’isolement de son enfance. Sous l’égide de son fils Daniel, Universal a récemment publié un coffret de 6 CDs – un bon panorama de cette œuvre abondante.

Au risque de déplaire, André Popp s’avouait peu réceptif à la musique d’avant Fauré. Dès l’adolescence, il aime les accords du 20e siècle. Ceux qui disent la tension, la profondeur, le mystère ou la complexité du monde. Stravinsky, Messiaen, Louis Vierne… Après le décès de son père, sa mère a perdu deux autres maris. Maladies exotiques, drames, chagrins, pesanteur terrible. Avoir 15 ans en 1939, ça ne vous arrange pas une adolescence. La musique le sauve. À l’Institution Saint-Joseph (Fontenay-le-Comte), ses bases de solfège et de piano lui valent de remplacer l’organiste mobilisé. La mission l’enchante. Les récrés passent à répéter pour le dimanche. Il croise Jean Broussolle, jeune auteur et résistant, venu se réfugier en Vendée. Encouragements. Aménagements. Jean lui apprend à cadrer une chanson, puis l’entraîne avec lui à Paris en novembre 1944.

Pianiste chez des éditeurs de musique, André trouve un soutien décisif en 1949, en la personne de sa femme Marie-Jeanne. Le parfait binôme. Cette musicienne et chanteuse deviendra sa copiste et sa meilleure attachée de presse jusqu’à sa mort en 1990. Aux Trois Baudets, il accompagne des chanteurs et des revues. À la RTF, il participe notamment au “Club d’Essai”, croisant ainsi Raymond Queneau, Philippe Soupault, Jean Tardieu, puis devient l’arrangeur de l’émission hebdomadaire “La bride sur le cou” (1953-60). Il y réarrange les chansons de tous les interprètes invités. Mille merveilles à sortir des tiroirs !

La machine Popp est lancée. Après une composition pour Catherine Sauvage (qui le chantera beaucoup), les “Lavandières du Portugal” marque son premier grand succès en tant que créateur. Lumineuse revanche sur les années sombres. Cette mélodie solaire, azurée, rayonnera par la voix de Jacqueline François (plus moderne que sa créatrice Suzy Delair), arrangée par Michel Legrand. Dans cette carte postale idéale, la “patte Poppienne” s’exprime dans un accord de Fa#, troublé par un Fa naturel à la basse. La note bleue qui fait ressortir le soleil.

La suite ressemble à une avalanche de rencontres, de succès, de génériques, de versions étrangères… André Popp reste un grand discret, absent des plateaux télé, très peu photographié (sûrement pas un hasard qu’il signe le générique de “L’homme invisible”). On l’entend partout, mais on le voit peu – même ses trois garçons. Quand papa travaille, on ne le dérange pas. En 1955, il créé avec Louis Ducreux un classique de la chanson à texte, “La rue s’allume”. Un genre de valse déçue qui fondrait en frenchy blues. En 1956, avec l’ami Jean Broussolle, il signe le conte orchestral “Piccolo Saxo”. Il tient beaucoup à cette œuvre pour les enfants, à la fois éducative et belle, qui se déclinera par la suite en plusieurs volumes.

En 1957, un directeur artistique nommé Boris Vian lui fait enregistrer l’album “Elsa Popping et sa musique sidérante”, exporté sous le titre “Delirium in Hi-Fi”. Côté chanson, il balance entre la rive gauche de Juliette Gréco (“La complainte du téléphone”) et la rive droite de Brigitte Bardot (“Je danse donc je suis”). Brunes et blondes, le jour et la nuit. Patachou et Nancy Holloway. Pourquoi choisir ? On sent alors l’apogée de son écriture orchestrale. La limpidité des lignes de cordes, le rebond de la basse, un basson qui serpente, le soleil liquide d’une flûte… dans sa musique, tout chante. Et c’est pourquoi elle est touchante.
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André Popp et Marie Laforêt. Photo D.R.
En 1963, on le persuade de devenir l’arrangeur attitré d’une jeune actrice aux yeux d’or. Il accepte s’il peut aussi composer. Marie Laforêt portera fort bien ces mélodies taillées sur mesure : “Manchester et Liverpool” (connue en Russie en tant qu’indicatif de la météo de 1968 à 81), “Mon amour, mon ami”, “Pour celui qui viendra”, “La fleur sans nom“, “Tourne, tourne”. Quand leurs goûts se rejoignent, il y a des magies. Autour d’eux, la galaxie des paroliers comprend Pierre Cour, Eddy Marnay, Jean-Claude Massoulier, Hubert Ballay…

En 1968, la jeune Vicky Leandros a la chance de créer le plus grand succès du compositeur André Popp. Après son baptême à l’Eurovision, la suave “L’amour est bleu” (“Love is Blue”) trouve son chemin sur un album de Paul Mauriat, remarqué par un DJ de Chicago… et de cause en conséquence devient un succès planétaire. Les reprises pleuvent, avec plus ou moins de finesse dans le dosage du sucre. Après 1970, ses mélodies vont chez Dalida (“Les jardins de Marmara”), Nana Mouskouri (“Le cœur trop tendre”), Nicole Croisille, Sheila, Sylvie Vartan… En 1973, le virtuose du ukulele Herb Ohta grave tout un album de ses mélodies made in Popp, et l’inédit “Song For Anna” fait aussi le tour du monde.

En 1974, le très possessif Serge Gainsbourg lui prend une mélodie pour un 45 tours de Jane (“My chérie Jane”). En 1977, Jeanette enregistre tout un album de mélodies poppiennes. Le paysage musical change, les auteurs-compositeurs-interprètes prennent plus de place. D’autres sons s’installent, d’autres attitudes. Mais en 1983, André Popp peut encore se réjouir de signer (avec le parolier Eddy Marnay) les premières chansons d’une petite québécoise inconnue nommée Céline Dion.
Dans les années 2000, des musiciens comme Fred Pallem (Le Sacre du tympan) et Bertrand Burgalat trouvent à nouveau Popp très top. Des rééditions du label Basta, des synchros et des films continuent à faire vivre le répertoire. Après le départ du maître en 2014, son fils Daniel Popp devient le gardien du temple, qu’il restaure avec passion. Le temps travaille, lui aussi. Il fait le tri, et remet en lumière le meilleur de cette œuvre attachante, variée, qui n’a eu peur ni de la fantaisie, ni de la mélancolie.

André Popp a visé le succès, certes, mais avec une élégance, une musicalité, une spontanéité inspirantes. Le geste musical n’était pas freiné, filtré, estompé, remaquillé ou démaquillé par trente-trois réunions, trois kilomètres d’emails et quarante-deux avis plus ou moins malins. Toute cette tuyauterie qui fait que seules les fleurs de plastique semblent encore fraîches quand elles parviennent à un public. Il y avait des grands orchestres à portée de main, âge d’or du disque oblige. Certes. Le couplet des Trente Glorieuses ne se rejouera pas. Mais surtout, il y avait un chemin assez direct, entre l’émission et la réception. Un enregistrement rapide, une sortie rapide. Une vérité. De celles qui traversent le temps, les ondes, les écrans et les océans.

Texte Pierre Faa 

André Popp, coffret 6 Cds “La musique m’aime” (Universal)

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