mort de charles aznavour
Charles Aznavour est mort à l'âge de 94 ans.

Mondialement reconnu, le légendaire chanteur franco-arménien Charles Aznavour est décédé dans la nuit de dimanche à lundi à l’âge de 94 ans dans sa maison des Alpilles dans le sud de la France. Il laisse plus de mille chansons et des dizaines de tubes qui resteront à jamais gravés dans la mémoire collective: La bohème, Emmenez-moi, Jm’e voyais déjà et plus de 60 films dans lesquels il tourna.

«Je ne suis pas vieux, je suis âgé. Ce n’est pas pareil”, aimait plaisanter Charles Aznavour quand on lui demandait qu’elle était le secret de sa jeunesse éternelle

charles aznavour est mort«Je ne suis pas vieux, je suis âgé. Ce n’est pas pareil”, aimait plaisanter Charles Aznavour quand on lui demandait qu’elle était le secret de sa jeunesse éternelle. Jusqu’à très tard, le chanteur étonnait par sa forme physique. Arrivé au stade du grand âge, il gardait bon pied, bon œil, merveilleux de vitalité et d’énergie. Il aura gardé la flamme jusqu’au bout, animé par l’amour de la chanson et de la poésie, une immense curiosité et une soif de vivre dont il ne s’est jamais départi au long de ses plus de 70 ans de carrière.

Au Palais des Sports en septembre 2015  ou pour sa première fois à l’AccorHotels Arena en décembre 2017, à l’âge de 93 ans, il possédait une forme incroyable, le pas léger, dansant sur scène sur la chanson Les plaisirs démodés. Quelle jeunesse et quelle leçon de vie! A chaque fois, le public lui accordait une standing ovation, reprenant en chœur Emmenez-moi, magnifique chanson sur l’espoir d’un ailleurs meilleur aux paroles toujours d’actualité d’un homme qui rêve de partir de son bord ” il me semble que la misère serait moins pénible au soleil”.

Aznavour n’étaient pas de ceux, comme Gainsbourg, qui considèrent que la chanson est un art mineur. Il nuançait volontiers ajoutant “c’est un art majeur pour ce qu’il est. C’est déjà pas mal“. Il avait su porter haut la chanson en abordant tous les thèmes. Il a écrit sur l’amour, la solitude, les non voyants, les malentendants, l’homosexualité, les tziganes, les émigrants, la jeunesse, la vieillesse, la mort, la bohème… Bref, tout ce qui fait l’existence et marque la vie des hommes. Avec en prime ce brin de nostalgie qui aura été le moteur de sa vie.

A force de volonté, Aznavour était devenu un immense classique de la chanson française, l’un de nos derniers géants après Brel, Brassens, Gainsbourg ou encore Ferré, un chanteur reconnu internationalement qui n’a jamais quitté le haut de l’affiche. Il lui a fallu une volonté de fer pour s’imposer dans le métier : « pour ce qui est des débuts difficiles, j’ai été grandement servi et  pour ce qui est de m’être battu, je ne dois rien à personne » écrivait-il dans ses mémoires, Le temps  des avants».

Fils d’immigrés arméniens, Shâhnourh Vaghinag Aznavourian était né le 22 mai 1924 à Paris à la clinique Tarnier rue d’Assas. La légende dit que la sage-femme ne parvenant pas à prononcer son prénom, le rebaptisa Charles ! C’est ainsi que cet enfant d’apatrides vit le jour en France, pays dont il épousera toute la culture et l’art de vivre : « je suis né au bout du voyage de l’enfer, là où commence le paradis que l’on appelle l’émigration » disait-il. Aznavour gardait en lui, le souvenir douloureux et l’histoire tragique des centaines de milliers d’Arméniens de par le monde, ayant fui l’horreur du génocide, obligés à l’exode.

Son père Mischa Aznavourian était géorgien et sa mère Knar Baghdassarian, originaire de Turquie. De passage en France, ils étaient en attente d’un visa pour les Etats-Unis, avec une enfant en bas-âge, sa sœur Aida, née en  Grèce. La naissance de Charles allait bouleverser leur vie. Ils décident alors de s’installer définitivement en France, son père, qui ancien baryton, ouvre un restaurant arménien rue de la Huchette  à Paris, où il chante pour les exilés, en compagnie d’un orchestre hongrois.

Il grandi ainsi dans une atmosphère bohème et de musique, se familiarisant très jeune avec les airs d’Europe centrale. Après la crise de 1929, ses parents déménagent rue du Cardinal Lemoine, où se trouve une école de spectacles où ils vont inscrire en 1933 le petit Charles, qui rêve de monter sur les planches. Aznavour obtient des petits rôles au théâtre ou cinéma, mais il quitta rapidement l’école du spectacle pour subvenir aux besoins de la famille, son père s’étant engagé ne 1941 comme volontaire dans l’armée française « pour remercier ce pays qui l’accueillait ». A son retour, son père cacha plusieurs émigrés « russes arméniens et juifs d’Europe ». Durant la guerre, ses parents ont hébergé Missak et Mélinée Manouchian dans leur appartement parisien, rue de Navarin. Une période de résistance restée gravée dans la mémoire de Charles, dont il nous avait parlés au moment d’un hors série de l’Humanité consacré aux 70 ans de l’affiche rouge et au groupe Manouchian : « On avait autour de nous des gens comme Missak et Mélinée – que l’on a gardée très longtemps jusqu’à ce qu’elle parte en Arménie – qui étaient des amis intimes. Il y avait un club qui s’appelait la JAF, la Jeunesse Arménienne de France, dont Mélinée (épouse de Manouchian) était la secrétaire. Ils étaient tous les deux orphelins. Cela les avait réunis. Ils étaient devenus un vrai couple totalement engagé dans le Parti communiste et cela nous a engagés aussi. Cela a engagé la famille ». Un engagement  qui  aura participé de sa propre culture, même s’il mettait rarement ses positions politiques en avant « Oui, on était communistes, nous avait-il confiés, confirmant des propos accordés à France-Inter en 2011. J’avais une petite bague avec la faucille et le marteau ! (rires).  Mes parents baignaient dans une culture de gauche. Je ne fais pas de politique, mais si j’ai une tendance, je dirais «humaine», elle est de gauche. On n’apprend pas ces choses-là, on ne les détruit pas d’un jour à l’autre. »

charles aznavour a ses debutsCharles Aznavour a vingt ans lorsqu’il rencontre au début des années 1940 le compositeur-pianiste Pierre Roche, avec lequel il forme un duo. Roche au piano, Aznavour au chant, écument les cabarets de Paris et vont  jusqu’à se produire  à New-York et Montréal.  Une expérience qui va l’aider à prendre conscience qu’il possède des qualités d’écriture. C’est par le biais de l’éditeur Raoul Breton, chez qui se trouve Charles Trenet, que la carrière de Charles va prendre son envol.

Charles Aznavour “Entre nous est née une amitié très forte sans doute à cause de notre passé d’enfant de la balle » aimait-il dire à propos de «La Môme» Edith Piaf

Il écrit ainsi plusieurs chansons pour Edith Piaf : « Entre nous est née une amitié très forte sans doute à cause de notre passé d’enfant de la balle » aimait-il dire à propos de «La Môme» qui conviera le duo Aznavour-Roche à une tournée aux Etats-Unis  entre 1947 et 1948. Encore inconnu en France, chez Piaf, en 1950, il rencontre Gilbert Bécaud, pour qui il écrit des chansons que Monsieur 100 000 volts met en musique et interprète. Patachou, Philippe Clay, Edith Piaf, Juliette Gréco seront parmi ceux qui interpréteront ses premières chansons.

Il imagine alors une carrière solo, mais les critiques sont très durs à l’égard de son physique, de sa petite taille (1,65 mètre) ou encore de sa voix qui lui vaudra d’être taxé  « d’enroué vers l’or » : « les critiques étaient cruels disait-il. Quels sont mes handicaps ? Ma voix, ma taille, mes gestes, mon manque de culture et d’instruction, ma franchise, mon manque de personnalité. Ma voix ? Impossible de la changer. Les professeurs que j’ai consultés sont catégoriques : ils m’ont déconseillé de chanter ». Il ne se découragera pas « Je chanterai pourtant, quitte à m’en déchirer la glotte ».

aznavour jeuneNous sommes en 1956, il écrit des chansons Après l’amour ou encore Sur ma vie qui deviendra son premier grand succès populaire. De retour de Casablanca, où la réaction enflammée du public, à son égard, lui donne pour la première fois l’impression d’être une vedette, il enchaîne les contrats. Il se produit pendant trois semaines à l’Olympia où il triomphe, après  une série de concerts à l’Alhambra en 1960 où il connaît un véritable succès au moment où il crée J’me voyais déjà .

 

Charles Aznavour à 36 ans va connaître une décennie durant laquelle vont naître ses plus belles chansons : Tu t’laisses aller »,  Il faut savoir »,  Les comédiens ,  La mama ,  Et pourtant Hier encore For Me Formidable , Que c’est triste Venise , La Bohème Emmenez-moi  ,  Désormais . Des  chansons, souvent mises en musique par son beau-frère, le compositeur Georges Garvarentz, dont les thèmes font  la plupart du temps référence à l’amour, à la nostalgie, au temps qui passe. Il y a aussi Retiens la nuit rendu célèbre par Johnny Hallyday ou La plus belle pour aller danser, tube de Sylvie Vartan. D’autres chansons suivront comme «Mourir d’aimer», « Le temps des loups » ou encore  l’émouvante Comme ils disent, sur le thème de l’homosexualité, que son entourage lui déconseilla d’interpréter «au risque de dégrader mon image. Je décidai néanmoins d’en courir le risque car ce sujet me tenait à cœur et méritait que je prenne position. »

Charles Aznavour: “On fait un film, il sort sur les écrans et déjà on est en train d’en tourner un  autre. Dans la chanson, on entre seul en scène et quand on sort on retrouve la solitude. C’est un métier magnifique, mais difficile»

charles aznavour tirez sur le pianiste le filmParallèlement, Aznavour, mena une très belle carrière d’acteur. Il tourna une soixantaine de films comme Les Dragueurs (Jean-Pierre Mocky), La Tête contre les murs (Georges Franju), Tirez sur le pianiste (François Truffaut), Paris au mois d’août  (Pierre Granier-Deferre, Le Tambour (Volker Schlöndorff)… Le cinéma et la chanson deux univers qu’ils jugeaient  à la fois complémentaires et si différents : «le chanteur n’a pas le droit de vieillir, sauf s’il est son propre auteur et si  ses chansons accèdent à la postérité (…) les acteurs jouent ensemble, les chanteurs chantent seuls. Au cinéma, lorsque le film est présenté aux critiques de presse, les acteurs ont fini leur travail. On fait un film, il sort sur les écrans et déjà on est en train d’en tourner un  autre. Dans la chanson, on entre seul en scène et quand on sort on retrouve la solitude. C’est un métier magnifique, mais difficile».

Reconnu dans le monde entier, crooner et globe-trotter aux cent millions d’albums vendus, Charles Aznavour était l’un des derniers monstres sacrés du Music-hall

Charles Aznavour revenait souvent sur ce qu’il appelait son « manque de culture », lui qui n’avait pour tout bagage qu’un certificat d’étude. A force de travail, il s’est imposé comme l’une des rares chanteurs français mondialement reconnus : « des articles élogieux dans la presse, je n’en ai pas eu des masses. L’entreprise de démolition de l’édifice Aznavour a fonctionné à plein pendant plusieurs années ». Aznavour, était fier de son parcours, lui, que le public n’a jamais lâché. Le « Sinatra » français, qui en 1963, triompha au Carnegie Hall de New York, fut chanté par les grands artistes qui ont repris ses chansons, à l’image de Ray Charles qui a interprété La Mama, Fred Astaire Les plaisirs démodés et Bing Crosby Hier encore.

Il est également l’un des rares chanteurs de sa génération dont les chansons ont été reprises ou adaptées par les jeunes artistes dans un album hommage paru en 2014 auquel ont participé Kendji, Camelia Jordana, Ben L’Oncle Soul, Elisa Tovati, Amel Bent, Joyce Joyve Jonathan ou encore le rappeur Black M. Il s’intéressait d’ailleurs au slam, en témoigne un duo « Tu es donc, j’apprends » avec Grand Corps Malade dans son album « 3è temps ». Il n’était pas non plus indifférent  au hip-hop et aux rappeurs qu’ils considéraient comme « les dignes héritiers des poètes »

aznavour son combat pour l'arménieReconnu dans le monde entier, crooner et globe-trotter aux cent millions d’albums vendus, il était l’un des derniers monstres sacrés du Music-hall. Il s’était retiré en Suisse, ce qui lui valu quelques belles polémiques et aimait se reposer entre deux tournées dans sa maison des Alpilles, dans le sud de la France. Il fut aussi ambassadeur de l’Arménie, dont il était le représentant permanent à l’ONU et ambassadeur itinérant à l’Unesco depuis 1995. L’Arménie qu’il garda dans son cœur pour laquelle il s’est battu jusqu’au bout : «Nous avons des points communs énormes » nous avait-il confié en 2013 « les Arméniens de Turquie et les Arméniens de Russie. Je ne veux pas une ouverture politique, mais une ouverture humaine. Je crois être le personnage qui peut, non pas arranger les choses, mais rapprocher un peu les gens». Une vie bien remplie d’un artiste qui aura tout donné à la chanson et au monde du spectacle : « je me suis bien marré ! » aimait dire celui qui pratiqua son métier avec une passion restée intacte au fil du temps. Il n’écrivait pas de chansons autobiographiques, juste des chansons qui lui ressemblent, sensibles, émouvantes qui nous aurons magnifiquement aidé à vivre. Un immense merci  Monsieur Charles !

 

 

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