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Francofolies, le public de la Grande Scène Jean-Louis Foulquier. Photo Xavier Leoty

La 35ème édition des Francofolies qui s’est achevée dimanche, a rassemblé 150 000 personnes et donné à entendre 80 concerts. Voici nos impressions.

Les Francofolies ont l’art de nous faire oublier les soucis dès le premier jour. Folies littéraires, village FrancOcéan, expositions, Francoff, Mémoire qui chante, concerts…elles se sont tellement densifiées qu’il est impossible de tout découvrir

Ne pas avoir vu le temps passer, courir pour voir tous les concerts, conférences, débats, retrouver des amis, engranger des tonnes d’émotion pour l’année et revenir sur terre après cinq jours de folies en réalisant que la fête est déjà finie. Les Francofolies, c’est une bulle de rêve et d’émotion. Folies littéraires, village FrancOcéan, expositions, Francoff, Mémoire qui chante, concerts…elles se sont tellement densifiées qu’il est impossible de tout découvrir.

michel houellebecq francofolies
L’écrivain Michel Houellebecq aux Francofolies, interrogé par Eric Fottorino sur son rapport à la chanson

On aurait aimé entendre François Hollande, Jean Teulé ou Fanny Ardant nous parler de leur rapport à la chanson, mais c’est Michel Houellebecq qui fait événement à la Tour de la Chaîne, interrogé par Eric Fottorino de l’hebdomadaire “Le 1“. On s’attendait à ce que l’interprète de l’album “Présence humaine” paru en 2000 sur le label Tricatel de Bertrand Burgalat, soit rock, mais il parle d’une voix douce d’Hugues Aufray, de Stewball, de Charles Trenet, qu’il écoutait enfant…

Pas le temps de s’attarder. On fonce interviewer Magali Cotta, chanteuse du groupe Canine, dont le spectacle hors norme, nous a littéralement scotchés. Canine, sur scène, c’est 5 filles masquées vêtues de noir, qui font corps autour d’une musique de combat servant de bande-son à un univers chanté en anglais, en français et dans une langue imaginaire. C’est fort, graphique, théâtral, élégant, étrange, poétique, contemporain, mystérieux. Sans doute le concert le plus original de ces 35èMes Francofolies, qui ont rassemblé 150 000 personnes.

Les Francos ont l’art de nous faire oublier les soucis dès le premier jour. Après Radio Elvis, et son leader Pierre Guénard, très dandy rock dans son costume près du corps, Il fallait bien ce faiseur de tubes qu’est Gaëtan Roussel, pour installer une ambiance estivale en quelques chansons. Lui, qui il y a quelques années encore, était relativement réservé, goûte son plaisir d’être sur scène, sourit et ouvre grand les bras sur le proscenium, face au public qui réagit au quart de tour et danse sur “Ton invitation“, “Help Myself” et “Inside Outside“.

A “l’intercale”, Arthur Ely , soutenu par le Chantier des Francos, se produit pour la première fois sur la grande scène. Il fait partie de ces artistes des jeunes générations qui semblent n’avoir peur de rien, tout comme Hervé, Dampa, Di#SE, Ramo ou Emilie Marsh, qui, en trois chanson et seuls sur scène, parviennent à faire bouger tout Saint-Jean d’Acre !

Angèle, elle aussi est en osmose avec le public de La Rochelle où elle a fait ses premiers pas l’an dernier en tant que découverte. Devenue star en moins d’un an, elle charme grâce à sa pop pleine de fraîcheur et ses imparables tubes “Balance ton quoi” ou “Tout oublier”.

On est prêt pour faire la fête. Dans la foule, certains ont mis les masques en forme de –M-, clin d’œil au personnage de Matthieu Chédid, qu’il a imaginé il y a déjà 20 ans. Casque d’or et costume à rayures, -M- est seul sur scène. Homme-orchestre, il joue de la batterie, du piano, commande deux batteries robot verticales. Il chante “Je  dis aime“, “Qui de nous deux“, “L’alchimiste”, “Superchérie“. Toujours autant habité par la musique, il balance ses riffs en guitar hero. Homme électrique vêtu d’un costume blanc au col lumineux, il descend dans la fosse qu’il transforme en vaste dancefloor sur “Mojo” et “Machistador“.

A travers la création proposée par André Manoukian au Grand Théâtre La Coursive, en partenariat avec la Sacem, on a remonté le temps. “Juillet 85“, c’est 35 ans de Francofolies, la bande-son d’un festival qui a accueilli les plus grands chanteurs (Higelin, Sanson, Johnny, Bashung….). Un spectacle en forme de documentaire musical, dont les images sont les chansons. On a choisi 22 titres qui ont marqué l’histoire des Francos, interprétés par six artistes, Maissiat, Barbara Carlotti, Elodie Frégé, Cali, Ben Mazué, Tim Dup.

Ce soir-là, le festival avait besoin d’être en famille et de regarder dans le rétroviseur de son passé. Une pointe de nostalgie qui fait du bien. Tous étaient très bien, offrant une lecture personnelle des classiques de leurs aînés, même si l’ensemble manquait d’une touche de folie qui aurait été bienvenu dans un concert un peu trop sage. A l’applaudimètre, Cali remporte la palme de l’émotion en interprétant “Je t’en remets au vent” (Thiéfaine), “Le Sud” (Nino Ferrer), “Avec le temps“(Ferré). Le public était aux anges, heureux de réentendre des chansons qui font partie du patrimoine, à l’image de la magnifique “Quand j’étais chanteur” (Delpech) qui n’a pas pris une ride ou encore de “La Javanaise” (Gainsbourg) reprise en chœur par la salle, au final.

A l’inverse, on a été déçu par le spectacle de Christine & The Queens. Techniquement c’est impeccable, la production et le son sont parfaits, mais le show est un peu froid, manquant de “chaleur humaine” si l’on peut dire. La chanteuse qui demande à ce qu’on l’appelle Chris, évolue au cœur de chorégraphies bien réglées, rappelle qu’elle écrit des chansons pour “panser les plaies” et chante “Pour que tu m’aimes encore” de Céline Dion au milieu du spectacle, pour mieux plonger dans «le sentiment la tête la première». Rien à dire, le show est très pro, mais la magie n’opère pas et on n’entre pas vraiment dans l’univers de la chanteuse : “les gens regardent mais ne bougent pas tellement” constate  une spectatrice.

Le lendemain, Aya Nakamura a fait un carton sur la grande scène Jean-Louis Foulquier. La chanteuse d’origine malienne qui a grandi dans le 9.3 à Aulnay-sous-Bois, est devenue une star de la pop urbaine et du R’nB , notamment depuis la sortie de son deuxième album éponyme sorti à l’automne 2018. Ses titres enregistrent des millions de vues sur les réseaux sociaux. La chanteuse est aujourd’hui une véritable idole pour des milliers d’adolescents biberonnés à Beyoncé et Rihanna, qui connaissent ses chansons par cœur, dont “Pookie“, “La dot” ou encore “Djadja“. Un phénomène qui interroge les adultes, qui ne comprennent pas l’engouement de leurs enfants pour cette artiste, qu’ils estiment fabriquée par l’industrie de la musique. Un fossé entre les générations que l’on a vraiment constaté à La Rochelle. “Je suis ni une caricature, ni un exemple, juste une femme qui dit merci à la vie” a lancé Aya Nakumura devant 15 000 fans.

Il faudrait parler de IAM Symphonique, de La Grande Sophie, qui a présenté au théâtre Verdière son prochain album “Cet Instant” prévu pour septembre, de Bénabar, très en forme, qui a poursuivi son concert dans la rue accompagné d’une fanfare, jusque dans un bar de la rue piétonne. Sans oublier toutes les découvertes de la scène de l’Horloge, dont l’exubérant et talentueux québécois Hubert Lenoir ou encore Cléa Vincent, lauréate du prix Félix Leclerc, Marvin Jouno ou Spider Zed.

Cinq jours de fête au styles musicaux éclectiques, où l’on a fait le grand écart entre la soirée Metal à la Sirène avec Mass Hysteria ou Ultra Vomit et les concerts de Zazie et de Patrick Bruel qui ont terminé en apothéose cette 35ème édition des Francos.

Lire également: La Confédération des Francofolies rassemblée autour de la francophonie : https://www.weculte.com/featured/la-confederation-des-francofolies-rassemblee-autour-de-la-francophonie/

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