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Brian Jones et Anita Pallenberg © Bokelberg/Arte

Télé/Documentaire. Arte diffuse ce soir « La vie de Brian Jones ». Un portrait sensible sur le fondateur et guitariste des Rolling Stones mort en 1969 à 27 ans, qui contribua à poser les bases musicales de ce qui allait devenir le plus grand groupe de l’histoire du rock. Une vie entre gloire et chute d’un génie de la musique, flamboyant et fragile, que nous raconte Patrick Boudet, réalisateur du documentaire. A voir vendredi 22 janvier, Arte -22:25 

52 ans après sa mort survenue le 3 juillet 1969 à l’âge de 27 ans, Brian Jones continue de fasciner. Fondateur et guitariste multi-instrumentiste des Rolling Stones, le flamboyant et fragile musicien qui donna naissance à ce qui allait devenir la plus grande machine de l’histoire du rock, s’effaça lentement du groupe, dépassé par l’ascension des Stones, où dominait le tandem Mick Jagger et Keith Richards. Une vie que présente ce soir Arte au travers du documentaire « La vie de Brian Jones » qui raconte la gloire et la chute du premier ange déchu du rock. Un portrait sensible de celui qui fut « l’âme des Stones », dont nous parle son réalisateur Patrick Boudet.

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Patrick Boudet, réalisateur du documentaire « La vie de Brian Jones »

Qu’est-ce qui vous a poussé à réaliser un documentaire sur Brian Jones ?

Patrick Boudet : Pour les gens de ma génération, ceux qui ont découvert les Rolling Stones au début des années 1970, Brian Jones a toujours représenté une sorte de mythe. À la fois parce qu’il a été le fondateur des Stones, mais aussi parce qu’il y avait quelque chose de flamboyant dans son approche de la musique. C’était quelqu’un qui se distinguait énormément des Rolling Stones par son look. Il avait une attitude rock. On entendait par là quelqu’un qui défie la société par son mode de vie, qui est proche de la limite, voire de l’autodestruction. Dans notre imaginaire, il appartenait à cette galerie de musiciens hors norme comme Lou Reed, Iggy Pop, Bowie. Brian Jones représentait un personnage emblématique des Stones, lesquels s’identifiaient à cette âme troublée, maudite qu’il était.

En quoi a-t-il été un élément fondamental dans la construction de l’épopée rock du groupe?

Patrick Boudet : Déjà, c’est lui qui a fondé le groupe. Il est venu avec son regard musical et a créé le premier répertoire des Stones, qui avant d’écrire des chansons, reprenaient du rhythm’n’blues et du blues. Leurs premiers albums sont essentiellement constitués de reprises de musique américaine. Surtout, sa grande force, c’est qu’il a compris que le blues électrique et le rhythm’n’blues allaient devenir une musique majeure. Il a eu cette intuition musicale, et ce, avant de former les Stones. Et il n’a pas eu tort puisque c’est cette musique que va écouter la jeunesse, puis le monde entier. Les Stones sont devenus un groupe un peu pop au milieu des années 1960, mais ils vont faire un retour au blues avec l’album « Beggars Banquet » (1968), alors que malheureusement Brian est sur le point de disparaître. Et c’est dommage parce qu’il rate ce qu’on désignera par la suite comme l’âge d’or des Stones avec « Let it Bleed » (1969), « Sticky Fingers » (1971) et « Exile on Main Street »(1972).

Il avait une réputation de bad boy. Diriez-vous qu’il a insufflé l’image de mauvais garçons aux Stones ?

Patrick Boudet : Complètement. C’est le manager, Andrew Loog Oldham, qui l’a repérée chez Brian. Il l’a poussée au maximum et a demandé aux autres d’être des bad boys, à l’image de Brian. Ce fut une brillante idée marketing face aux sages garçons qu’étaient les Beatles. Et elle est inspirée directement de l’attitude de Brian Jones.

Quels rapports entretenait-il avec Mick Jagger et Keith Richards ?

Patrick Boudet : Je n’ai jamais accrédité la thèse du pauvre Brian victime des arrogants Jagger et Richards. Ils étaient proches avec des hauts et bas comme dans toute histoire. Mais, le succès génère toujours dans un groupe des rivalités d’égo. Aussi, il y a eu sans doute des tensions parce que, dès l’instant, où Jagger et Richards vont composer, ils vont avoir la main sur la musique. Et Brian va perdre de son influence musicale. Mais, même s’il n’a pas composé, ses apports ont toujours été précieux aux morceaux proposés par Mick et Keith. Je dirais que les tensions prenaient peut-être un peu plus d’ampleur, parce qu’ils étaient comme une meute de jeunes loups. Ils avaient une attitude assez moqueuse les uns envers les autres. Brian Jones aurait pu être viré des Stones dès 1965, lors des premiers signes de ses absences et défections. Mais, Jagger comme Richards n’ont jamais envisagé cette solution, du moins pas avant 69.

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Le look de Brian Jones se distinguait énormément des Rolling Stones

Il y a un mystère autour de sa personnalité. Pourquoi s’est-il effacé peu à peu de l’aventure du groupe ?

Patrick Boudet : Les Stones sont très jeunes lorsque le succès arrive, ils ont 20-22 ans et sont confrontés à un business qui est en train de se construire, de devenir énorme et impitoyable. Brian n’a pas toujours le recul suffisant, contrairement à Mick Jagger, pour gérer le succès, car n’oublions pas que c’est Brian le leader, c’est lui que les journalistes interrogent, que les photographes shootent, que les filles veulent. Après Mick prendra sa place et la mesure de ce phénomène avec une grande intelligence. Les raisons de l’effacement progressif de Brian et de sa perte d’influence sont multiples et sont le sujet du film. Tout ne peut se résumer à une lutte d’ego ou d’abus de drogue. Il avait aussi des souffrances liées à son enfance… Mais, je crois que cette lente agonie de Brian révèle aussi en creux l’artificialité des années 60, portées par le Flower Power ; son revers le plus cinglant, à savoir la fin des utopies, éclatera au grand jour lors du symbolique concert des Stones à Altamont où un spectateur est assassiné par le service d’ordre.

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Brian Jones n’a composé aucune des chansons des Rolling Stones. Comment expliquez-vous qu’il continue d’avoir une aura aussi grande 52 ans après sa mort ?

Patrick Boudet : Ce qui fait la force et la pérennité d’une chanson, c’est également sa couleur et son arrangement. Et Brian Jones était un brillant multi-instrumentaliste, très doué pour trouver un bon arrangement, une intro de guitare ou utiliser un instrument « exotique » pour l’époque transformant une chanson simplement pop en un morceau qui a un peu plus d’épaisseur. Je pense par exemple à l’usage qu’il fit du dulcimer sur « Lady Jane », du marimba sur « Under My Thumb », du sitar sur « Paint It, Black »..Je reste persuadé que si Brian avait pu vivre plus longtemps, il aurait très certainement composé dans la deuxième partie de sa vie des albums intéressants, denses et consistants.

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Brian Jones, novembre 1964 – Londres. David Farrell/Redferns/Getty

Son aura repose autant sur ses intuitions musicales que sur son attitude rock. Brian a été l’un des premiers, si ce n’est le premier, à vivre pleinement cette aventure « sex, drugs and rock’n’roll ». De plus, même si c’est un cliché, il reste dans l’inconscient collectif, comme le parangon de l’artiste sacrifié sur l’autel de la gloire. Dans mon film, j’ai voulu néanmoins éviter de l’enfermer dans ce cliché pour m’attacher aussi à son apport musical, à sa personnalité complexe, et à sa vie hautement rock’n’roll avec le témoignage précieux de ses amis et de ceux qui l’ont côtoyé au plus près.

Entretien réalisé par Victor Hache

  • Voir: « La vie de Brian Jones », documentaire de Patrick Boudet (France, 2020, 52mn). Vendredi 22 janvier, Arte -22:25

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