stephane freiss la promesse de l aube
Stéphane Freiss ( c) DR

Jusqu’au 15 novembre, au Théâtre de l’Atelier, à Paris, Stéphane Freiss s’empare de “La promesse de l’aube”, l’oeuvre magistrale de Romain Gary, pour la livrer au public dans toute sa simplicité et son évidence. We Culte a profité de l’une des 30 représentations exceptionnelles du comédien pour lui poser quelques questions sur son rapport à l’auteur.

Stéphane Freiss : “Quand on touche à des auteurs qui sont devenus des icônes de la littérature, on n’ose plus trop bouger entre les lignes, de peur de faire mal. Or Romain Gary avait tout le temps cette envie qu’on remette en question les choses. Et c’est justement un pan sur lequel je construis ma réflexion quotidienne.”

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Stéphane Freiss lit “La promesse de l’aube ” de Romain Gary au Théâtre de l’Atelier à Paris, jusqu’au 15 novembre.

Aviateur, militaire, résistant, diplomate, romancier, scénariste, réalisateur… Romain  Gary a vécu plusieurs vies en une. Comment vous êtes-vous préparé à incarner ce personnage iconoclaste ?

Stéphane Freiss : J’ai eu la chance d’avoir à le lire depuis quelques années. Lentement et sûrement son texte m’a parlé et s’est confié à moi. A force de le relire, ses secrets sont devenus de plus en plus évidents. Aujourd’hui encore, des choses continuent de se révéler. C’est d’ailleurs là où réside la force de la lecture : c’est une espèce d’esquisse qui ouvre sur une multitude de possibilités d’interprétations voire d’identifications. Il y a des passages qui ne m’évoquaient rien à l’époque et qui se sont soudainement mis à me parler parce que ma vie a changé, qu’une douleur est arrivée, que j’ai compris des choses de lui,… Je ne suis évidemment pas Romain Gary mais très immodestement, j’ai l’impression que j’appartiens à sa famille. Il est tellement moderne et gonflé, que je me retrouve en lui. Ses joies et ses douleurs me pénètrent beaucoup plus que d’autres.

Romain Gary, cela  pourrait être qui : votre frère ? Votre père ? Un cousin ?

Stéphane Freiss : C’est celui, quand vous êtes petit, qu’on invite à un dîner de famille et à qui tout le monde pose des questions. Vous ne savez pas qui il est ni d’où il vient, mais vous comprenez qu’il a fait quelque chose d’important. Et puis tout à coup, au milieu de la conversation, il tourne la tête, pose un regard sur vous et sans dire un mot, vous impulse une force qui vous portera peut être toute la vie. Quand Romain Gary quitte l’hôpital Saint-Antoine où sa mère est en train de mourir – ce qu’il ignore alors – il y a entre eux ce dernier regard ; celui qui l’a tenu vivant alors qu’il faisait la guerre. Et bien il y a de ça dans l’exemple que je viens de vous livrer.

“La promesse de l’aube” est l’histoire d’un amour filial hors-norme. Qu’est-ce que cela vous a enseigné sur votre relation avec votre mère ?

Stéphane Freiss : Cela réveille encore par moment un sentiment d’indulgence vis-à vis de certaines choses sur lesquelles j’ai été probablement critique et un peu définitif. Or je me suis rendu compte que, finalement, on n’a rien à gagner à ça.

Quelles leçons tirez-vous de cette aventure ?

Stéphane Freiss : Quand on touche à des auteurs qui sont devenus des icônes de la littérature, on n’ose plus trop bouger entre les lignes, de peur de faire mal. Or Romain Gary avait tout le temps cette envie qu’on remette en question les choses. Et c’est justement un pan sur lequel je construis ma réflexion quotidienne. La certitude est notre plus grand ennemi. Même si Romain Gary assène beaucoup de vérités avec l’impression d’être d’une grande certitude, il l’a remise perpétuellement en jeu. Et lorsqu’il n’a plus réussi à le faire – parce qu’il était encerclé par lui-même et par son passé –  il s’est donné la mort.

La mise en scène de ce spectacle est très épurée. Était-ce une volonté de votre part ?

Stéphane Freiss : Absolument car c’est une lecture, pas une pièce de théâtre. Ma responsabilité consiste à incarner cette lecture. Les spectateurs me disent chaque soir avoir vu bouger, respirer, jouer, parler les différents personnages de cette oeuvre à travers mon jeu. C’est important car je ne peux pas leur donner plus et en même temps, je ne sais pas faire autrement que jouer. Je suis un joueur et un séducteur. Je le sais, on ne se refait pas ! De ce point de vue, je me sens une filiation, une attache particulière avec Romain Gary qui était également joueur et séducteur.

La lecture constitue-t-elle un exercice singulier pour un comédien ?

Stéphane Freiss : La lecture reste une manière de jouer. Cet exercice m’a permis de faire entendre qu’un mot porte en lui l’infini des possibles. Tous les jours, j’en prononce certains différemment juste pour tenter une expérience. Un grand auteur ne met jamais un mot par hasard dans un texte.  Et bien pour un acteur, le mot est à jouer. Et ce qui est avant ou après est à vivre. Dans ce spectacle, je vis une heure et quart avec Romain Gary ; à l’intérieur de Romain Gary. Par moment, j’ai l’impression qu’une petite chose miraculeuse réveille des événements que je n’ai pas vécu mais qui sont d’une telle sensibilité, d’une telle douleur aussi, que je le remercie de me faire goûter à cela avant d’avoir à le vivre moi-même, quand le temps de la disparition de ma mère arrivera…

Après avoir incarné Romain Gary, Stéphane Freiss a-t-il acquis un petit supplément d’âme ?

Stéphane Freiss : C’est la vie qui me le dira ! Si elle ne me récompense pas, au moins elle m’aura donné l’occasion de faire cela…

  • Stéphane Freiss “La promesse de l’aube” de Romain Gary. Théâtre de l’Atelier, 1 place Charles Dullin, 75018 Paris – jusqu’au 15 novembre.

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