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David Grossman. DR

Livre. Avec son douzième roman “La vie joue avec moi”, David Grossman emmène le lecteur d’Israël en Croatie. Y sont développés les rapports mère- fille et aussi les thématiques du silence et de la transmission. Un texte magistral empli d’amour et de souffrance.

Pour ce roman de femmes puissantes et le personnage de Véra, David Grossman s’est inspiré d’Eva Panic-Nahir, “une femme célèbre et admirée en Yougoslavie qui, dit-il, m’avait demandé d’écrire l’histoire de sa vie, et celle de sa fille”…

         roman la vie joue avec moi david grossmanIl y eut, en 2011, “Une femme fuyant l’annonce”– prix Médicis étranger. Un texte puissant avec Ora, l’héroïne partie dans une randonnée folle pour, avant tout, ne pas entendre que son jeune fils été tué au combat. David Grossman, un des plus brillants écrivains israéliens contemporains, revient à nous. Avec un douzième et nouveau roman au titre étincelant : “La vie joue avec moi”.

Un texte magistral empli d’amour et de souffrance, de pardon et de compassion, de révélations et d’émotion. Point de départ, un kibboutz en Israël, trois femmes- Véra la grand-mère qui vient de fêter ses 90 ans, Nina sa fille et mère de Guili, et un homme- Raphaël, mari de Nina et père de Guili. Confidence de cette dernière : “Je souhaite remonter à la genèse, à l’incubateur de la famille”.

Donc, cette “bande des quatre” part en voyage en Croatie, là où est née, où a grandi Véra, là où elle a connu, pendant trois ans, la prison de Tito pour avoir refusé de déclarer son mari défunt, traître à la nation. Deux jours avant le voyage en Croatie, Véra a disparu- Guili la narratrice écrit : “Où se trouve Véra ? Pourquoi on ne l’entend pas ? En fait, on allait l’entendre, et pas qu’un peu ! Comme chaque matin, Véra était sortie rendre visite à ses “vieux”, lesquels étaient tous plus jeunes qu’elles de quelques mauvaises années. Elle leur administrait son élixir du bonheur goguenard…”

Les quatre en Croatie pour ce retour en mère-patrie, Guili tourne un film-documentaire. Des secrets de famille fusent. La vie de la grand-mère au temps du communisme yougoslave. Le ressentiment de Nina, abandonnée à l’âge de 6 ans par sa mère… Convocation de la mémoire des lieux- avec, aussi, une étape dans l’île de Goli Otok, “c’est l’île où une grande partie de mon enfance et de mon adolescence s’est déroulée, même si je n’y ai jamais mis les pieds, et c’est là que s’achèvera ce périple et que je pourrai enfin être de nouveau moi-même”, glisse Guili.

Pour ce roman de femmes puissantes et le personnage de Véra, David Grossman s’est inspiré d’Eva Panic-Nahir, “une femme célèbre et admirée en Yougoslavie qui, dit-il, m’avait demandé d’écrire l’histoire de sa vie, et celle de sa fille”

Serge Bressan

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David Grossman. DR

Extrait

“Pendant un bref laps de temps, chacun restait absorbé par ses pensées. J’aime les imaginer dans cette situation, debout tous les trois, tête basse, comme s’ils écoutaient le gargouillis d’une solution chimique à l’œuvre dans leurs entrailles. En fait, cet instant marque la fondation de ma famille. En fin de compte, c’est aussi l’instant où moi-même j’ai commencé à me profiler.

        Touvia Bruck était mon grand-père. Véra, ma grand-mère.

        Raphaël, Raphy, R. est, bien sûr, mon père, et Nina…

        Nina n’est pas là.

        Absente, Nina.

        Mais son absence a toujours été sa seule contribution à la famille”.

 

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