sylvie germain brèves de solitude
Sylvie Germain revient avec son nouveau roman "Brèves de solitude". Photo Tadeusz Kluba

Livre. Auteure essentielle de la littérature française, Sylvie Germain est de retour avec “Brèves de solitude”. Des personnages se croisent et, le lendemain, sont reclus. Le grand roman de l’”altérité polyphonique”.

       Comme nulle autre, Sylvie Germain sait raconter la vie de personnes ordinaires dans l’enfermement et les ruses pour échapper à la solitude. Elle sait emmener ses lectrices et lecteurs dans une valse mélancolique

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Sylvie Germain revient avec son nouveau roman “Brèves de solitude”. Photo Tadeusz Kluba

On ne le dira jamais assez : née en 1954 à Châteauroux (Indre), Sylvie Germain est une des auteurs francophones essentiels. Depuis 1985 et “Le Livre des Nuits”, elle construit une œuvre exigeante, récompensée de nombreux prix dont le Goncourt des lycéens 2005 pour “Magnus”. Se définissant comme étant “mécontemporaine”, elle nous revient avec “Brèves de solitude”, un impeccable roman comme on dit aujourd’hui “choral”.

Les personnages sont nombreux, ils se croisent, se recroisent, se toisent, s’observent dans un square– tout comme Sylvie Germain les observe en respectant la distanciation qu’impose la crise sanitaire. Ils se croisent puis, quelques jours plus tard, forcés à la réclusion, ils sont confrontés à eux-mêmes. C’est soudain la vie intérieure avec toutes ses composantes d’inconnu, de vide, de chaos… Il y a, autour d’un silence, Joséphine, Guillaume, Magali, Anaïs, Xavier, Stella, Serge, Emile et un jeune homme sur un banc- ils sont cruciverbiste, aspirant écrivain ou encore auxiliaire de vie, et se sont croisés avant le confinement imposé par la crise du Covid-19.

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L’écrivaine Sylvie Germain. Photo Tadeusz Kluba

Il y a, dans une seconde partie autour de lune solitudes, Emir, Merlin, Yllka, Garou, Bobby, Ehtnaca, quelqu’un, Véronique et Lui, une jeune femme s’interroge : “En amour, elle veut de l’amusement, du joyeux, pas du lyrique ni de lourdeurs sentimentales, une bonne entente charnelle et un peu de complicité amicale”… Dans un récent entretien, l’auteure expliquait que “rester humain est un exercice quotidien”, et en ouverture de ces Brèves de solitude”, cite la philosophe française Simone Weil (1909- 1943) : “Chaque être crie en silence pour être lu autrement. Qui peut se flatter qu’il lira juste ? Autrui. Percevoir chaque être humain (image de soi-même) comme une prison où habite un prisonnier, avec tout l’univers autour” et aussi le poète suisse Philippe Jacottet , né en 1925 : “Qu’est-ce que le regard ? Un dard plus aigu que la langue / la course d’un excès à l’autre / du plus profond au plus lointain / du plus sombre au plus pur / un rapace”.

Comme nulle autre, Sylvie Germain sait raconter la vie de personnes ordinaires dans l’enfermement et les ruses pour échapper à la solitude. Comme nulle autre, avec sa belle écriture aussi fraîche que légère, aussi surprenante qu’interpellante, Sylvie Germain sait emmener ses lectrices et lecteurs dans une valse mélancolique. Ce qui conduit, selon la belle formule de l’auteure, à “l’altérité polyphonique”…

roman brèves de solitude de sylvie germainSerge Bressan

  • Lire : “Brèves de solitude” de Sylvie Germain. Albin Michel, 226 pages, 18,90 €.

EXTRAIT

“A la voir assise au milieu du banc, immobile, épaules droites et tête haute levée, drapée dans une étole à motifs géométriques, une main posée sur la poignée de son parapluie-canne, la bandoulière de son sac plaquée à l’oblique sur sa poitrine comme le cordon d’un ordre honorifique, on dirait une petite reine à la gloire révolue qui affronte son déclin dont elle assume la dureté. A ses pieds trône un cabas en plastique à rayures multicolores tel un piédestal en émaux cloisonnés…”

 

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