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Caryl Férey. Photo: Joel Saget Agence France-Presse

Livre. Tenu pour un des maîtres du thriller, Caryl Férey est de retour. Et, avec “Lëd”- son nouveau roman, il nous emmène en Sibérie dans les pas d’un flic taciturne et dur au mal. Bienvenue au paradis sibérien…

       Avec “Lëd”, Caryl Férey demeure à l’écoute des oubliés de l’Histoire et de leurs combats, et poursuit ses esquisses d’un monde et d’une humanité qui, inexorablement, partent en lambeaux. Ce qui provoque un énorme et magnifique frisson polaire sur la rentrée littéraire ! 

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Caryl Férey. Photo Stéphane Remael

Un jour, une confidence : “Je pensais qu’écrivain, c’était un truc de vieux bourge !” Surtout que, comme Caryl Férey, on se revendique venir “du rock, du rock punk”… Mais voilà, depuis 1994 et son premier roman- “Avec un ange sur les yeux”, cet individu né en 1967 à Caen (Calvados) est devenu l’un des auteurs de polar parmi les plus lus dans le monde. Et, même s’il a changé de maison d’édition passant de Série Noire chez Gallimard à la nouvelle collection EquinoX aux Arènes, ça ne changera pas avec son nouveau roman, sobrement et simplement titré “Lëd”. Son nouvel éditeur est catégorique, qui a ceint le livre d’un bandeau élogieux : “Bienvenue dans le paradis sibérien. Caryl Férey au sommet de son art”. Un art étincelant dans la conduite, dans la maîtrise du thriller…

Présenté et catalogué comme un “auteur engagé” (ce qui a le don de passablement l’agacer), Férey est surtout un grand voyageur. Dans les livres. Dans ses romans. Son précédent, “Paz” (2019), avait pour décor Bogota, Colombie, où il nous emmenait dans les pas d’un vieux requin de la politique, d’un ancien officier des forces spéciales devenu chef de la police et d’un combattant des Forces armées révolutionnaires- soit un père et ses deux fils…

Avec “Lëd” (qui veut dire “glace” en russe), changement complet de théâtre. Une fois encore, l’auteur emmène son lecteur dans un pays étranger et lointain mais là, on change de continent. Direction, la Russie. Plus précisément en Sibérie, à Norilsk, près de 200 000 habitants, au nord du cercle polaire arctique et considérée comme la ville de plus de 100 000 habitants la plus septentrionale du monde… Les atlas précisent qu’elle est également le premier producteur mondial de nickel (2% du PIB de la Russie, et des millions de tonnes qui disparaissent chaque année dans un vaste système de corruption) et de palladium mais aussi, triste réalité, la ville polaire la plus polluée au monde“la ville pollue à elle seule autant que la France, c’est épouvantable”, confie Caryl Férey. Donc, un décor parfait où les températures descendent jusqu’à -60°C, l’hiver, un théâtre formidable pour un polar noir et social !

“Bienvenue au paradis sibérien”, si l’on en croit l’éditeur. Un paradis aux allures d’univers dantesque, avec des aurores boréales qui se succèdent et des rangées d’immeubles qui “avaient été disposées très proches les unes des autres pour contrer les tempêtes, comme des paravents, ne laissant qu’un court interstice en guise de passage”. C’est là qu’on retrouve Boris, il vient d’Irkoutsk, il est flic, taciturne et dur au mal, il enquêtait sur des affaires de corruption- un juge et son supérieur semblaient mêlés à ces histoires, il a été muté à 300 kilomètres au nord du Cercle polaire.

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Caryl Ferey • Crédits : Ulf Andersen – Getty

Il est à peine arrivé que la région est frappée par un ouragan arctique. Des ruines d’un immeuble, surgit le cadavre congelé d’un éleveur de rennes. Boris est chargé de l’enquête et de l’identification du corps- personne ne connaît la victime. Vite, il va découvrir que la ville est une prison à ciel ouvert,  qu’“il n’y avait pas de parcs à Norsilsk, on prenait l’air sur les toits des immeubles, généralement interdits d’accès”, que les jeunes qui y résident se cassent le corps dans les mines de nickel– alors, ils s’imaginent des ailleurs, repoussant encore et encore le moindre danger.

On lit : “La corruption est partout, chacun se surveille… Et la menace rôde tandis que Boris s’entête…” Parce que Norilsk met au ban tous ceux qui osent défier l’ordre de la société. Une société sur laquelle volent, planent des fantômes- ceux du goulag, et des spectres- ceux des ultra-nationalistes. Et on relit les mots du prix Nobel de littérature 2015 Svetlana Alexievitch extraits de “La Fin de l’homme rouge” et que Caryl Férey a repris en ouverture de “Lëd” : « ‘’L’homme rouge’’ n’a pas été capable d’accéder à ce royaume de la liberté dont il rêvait dans sa cuisine. On s’est partagé la Russie sans lui, et il est resté les mains vides. Humilié et dépouillé. Agressif et dangereux ».

Une fois encore, après “Zulu”, “Mapuche” ou “Condor”, Caryl Férey ausculte le monde. Avec “Lëd”, il demeure à l’écoute des oubliés de l’Histoire et de leurs combats et poursuit ses esquisses d’un monde et d’une humanité qui, inexorablement, partent en lambeaux. Ce qui provoque un énorme et magnifique frisson polaire sur la rentrée littéraire !

Serge Bressan

  • Lire : “Lëd” de Caryl Férey. Les Arènes, 530 pages, 22,90 €.
  • A l’occasion de la sortie de “Lëd”, Folio / Gallimard annonce la parution de “Paz” (2019) et publie, avec de nouvelles couvertures, les autres précédents livres de Caryl Ferey : “Haka” (1998), “Utu” (2004), “Zulu” (2008), “Mapuche” (2012) et “Condor” (2016), tous en format poche.

couverture livre lëd caryl fereyEXTRAIT

“Il ne parlait jamais de ses enquêtes à sa femme, elles étaient ennuyeuses à souhait ou banalement sordides, et Anya avait sa dose de malheur avec la toux sifflante qui chaque matin ponctuait ses réveils, comme si elle avait passé la nuit en apnée. Enfin, Boris avait dû lui avouer la disparition de sa cousine la veille au soir. Il s’était endormi en tentant de rassurer sa femme, très attachée à la famille même si elle ne voyait plus Valentina, sans croire vraiment ce qu’il disait.(…)  Boris Ivanov n’aimait pas les lundis, ce qui finissait de faire de lui un homme ordinaire…”

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