faiza guene la discretion
Faïza Guène revient avec "La discrétion". Photo Camille Millerand

Livre. “Écrivain à part et entière”, débarquée à 19 ans en 2004 dans le monde des livres, Faïza Guène est de retour avec “La discrétion”, un roman de la vraie vie. Gros plan sur une mère magnifique, sur une personne discrète…

“La discrétion“, c’est le beau roman de la colère, de l’amour familial, des tabous, des tourments de l’Histoire. Le roman de la vraie vie où, comme le glisse avec élégance Faïza Guène, “il y a des plis, de la sueur, des tâches de crasse, et il faut y être préparé”…

couverture la discretion de faiza gueneEn 2004, une jeune fille de 19 ans débarque dans le monde des livres francophone. Elle surgit de nulle part, se nomme Faïza Guène et signe un premier roman, “Kiffe kiffe demain”. Succès immédiat : plus de 350 000 exemplaires vendus, traduction dans 26 langues…

Née à Bobigny, banlieue nord de Paris dans le département le plus pauvre de France (Seine-Saint-Denis), elle est présentée comme “écrivain à part et entière” par un hebdo africain toujours jeune- elle se définit, elle, simplement comme une personne discrète. Et, en cet été 2020 après avoir changé de maison d’édition (un transfert sans aucune mesure avec ceux des footballeurs professionnels), elle est de retour avec un nouveau roman, “La discrétion”.

L’héroïne, Yamina, “est née dans un cri. A Msirda, en Algérie colonisée. A peine adolescente, elle a brandi le drapeau de la liberté”. Il y aura l’exil dans le Maroc voisin. Puis, quarante ans plus tard, en 2018, on la retrouve à Aubervilliers, banlieue nord-parisienne, où elle vit “dans la discrétion”– on lit : “Yamina a bientôt soixante-dix ans. Elle les aura en novembre prochain. Soit le 10, soit le 19. Yamina est née un jour ou l’autre. Sur les papiers algériens, elle est du 19 mais sur sa carte de résidence française délivrée en Seine-Saint-Denis, il est inscrit : née le 10 novembre 1949 à Msirda Fouarga, Algérie. A qui se fier ? Au moins, elle n’a pas une date présumée, elle a échappé au fameux 1er janvier attribué aux indigènes par défaut “.

Son mari Brahim travaille, ils ont eu quatre enfants- un garçon (Omar le sensible qui perd ses cheveux et ne cesse de penser “aux yeux tristes de sa mère”, et trois filles, Malika l’aînée mariée très tôt et divorcée très rapidement, Imane et Hannah. Cette dernière a la révolte dans le sang, elle est indignée et supporte de plus en plus difficilement les humiliations subies surtout par sa mère, la discrète qui n’est que douceur et qui, au plus d’elle-même, est convaincue que “refuser de se laisser envahir par le ressentiment est une façon de résister”.

Oui, et si cette discrétion était la forme ultime, suprême de la résistance ? Yamina d’Aubervilliers vit à travers ses enfants qui “savent ce qu’elle a traversé et ils exigent que le monde entier le sache aussi”, tente (en vain) d’oublier sa vie d’avant. Les quatre enfants ne comprennent pas cette discrétion, héritent d’un sentiment d’humiliation. Et rien ne peut empêcher la colère, à un moment ou à un autre, de sourdre…

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“La discrétion“, c’est le beau roman de la colère, de l’amour familial, des tabous, des tourments de l’Histoire. Le roman de la vraie vie où, comme le glisse avec élégance Faïza Guène, “il y a des plis, de la sueur, des tâches de crasse, et il faut y être préparé”…

Serge Bressan

  • A lire : “La discrétion” de Faïza Guène. Plon, 258 pages, 19 €.

 

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