Cyril Mokaiesh : chansons pour une époque intranquille

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Cyril Mokaiesh revient avec l'album "Bonne chance pour la suite" (c) Leonce Barbezieux

Toutes les musiques de We Culte. Chanteur engagé à la parole ardente, Cyril Mokaiesh revient avec Bonne chance pour la suite, un huitième album d’une intensité retenue, traversé par le doute mais porté par une foi intacte dans le lien, l’amour et le vivant. À l’heure où il publie également son premier livre, Regarder passer les trains, l’artiste poursuit un même geste : observer le monde sans complaisance, en capter les failles et les élans, et transformer la lucidité en matière sensible. Entre chansons dépouillées et écriture à vif, Mokaiesh signe une œuvre de continuité, profondément humaine, qui refuse le cynisme et choisit, obstinément, de rester debout.

Cyril Mokaiesh : album de combat feutré, Bonne chance pour la suite dresse le portrait d’une époque traversée par la confusion et la vitesse

Avec Bonne chance pour la suite, Cyril Mokaiesh livre un album qui ressemble à son auteur : frontal, inquiet, mais traversé par une énergie vitale irréductible. Un disque où le doute n’entrave pas le mouvement, où la lucidité ne mène jamais au renoncement, et où la foi dans le vivant demeure une ligne de crête.

Depuis plus de quinze ans, Mokaiesh trace un sillon singulier dans la chanson française. Ancien sportif de haut niveau devenu auteur-interprète engagé, il n’a jamais cherché la place confortable. De Communiste, titre-manifeste qui l’a révélé en 2011, à ses projets collectifs et hommages récents, il avance à découvert, porté par une parole ardente et une conscience citoyenne jamais désincarnée. Sa musique est celle d’un monde sous tension, observé sans filtre mais sans mépris.



Cyril Mokaiesh : « Bonne chance pour la suite »

L’album s’ouvre sur Regarder passer les trains, morceau parlé-chanté qui fait figure de seuil. Le constat y est rude, presque désabusé : l’époque, ses simulacres, ses algorithmes et ses figures creuses y sont regardés droit dans les yeux. Pourtant, l’ironie affleure, l’autodérision aussi. Le cri final — « Bonne chance pour la suite » — pourrait sonner comme un aveu d’impuissance. Il agit au contraire comme un faux départ : tout ce qui suit dément la tentation du repli.

Pour la première fois depuis plusieurs années, Mokaiesh se retrouve seul face à ses chansons. Après les expériences collectives, les dialogues et les hommages, il revient à une écriture plus dépouillée, née à la guitare et au piano. Une écriture fluide, directe, qui refuse l’amertume et cherche, coûte que coûte, des raisons de croire encore. La rencontre passée avec Anne Sylvestre et son exigence radicale — écrire pour rester vivant — semble planer sur l’ensemble du disque.



La réalisation est confiée à Romain Humeau, choix évident tant le leader d’Eiffel partage ce goût des chansons ouvertes, amples, capables d’accueillir le tumulte sans perdre leur ossature. Les arrangements mêlent textures électroniques et matière organique, cordes élégantes, claviers lumineux et grooves charnels. Rien d’ostentatoire : la production sert le propos, lui donne de l’espace, de la respiration.

Sur le fond, Bonne chance pour la suite dresse le portrait d’une époque traversée par la confusion et la vitesse. Approximatif s’attaque aux faiseurs d’opinion et aux postures creuses, Envie d’air appelle à lever la tête et à ralentir. Mokaiesh assume une forme d’idéalisme, parfois à rebours du cynisme ambiant : croire encore à l’amour, au lien, au collectif, à la valeur des jours ordinaires. Non comme une naïveté, mais comme un acte de résistance.

Deux chansons coécrites avec Raphaël déplacent le centre de gravité vers l’intime. Grâce à toi et À ce soir, adressée à son fils adolescent, comptent parmi les moments les plus émouvants de l’album. Elles révèlent un Mokaiesh plus apaisé, sans jamais renoncer à l’intensité.

Album de combat feutré, Bonne chance pour la suite ne cède ni à la résignation ni à la colère stérile. Ce qui s’annonçait comme une formule de découragement devient, au fil des chansons, une déclaration de continuité. Continuer à écrire, à chanter, à croire — même quand tout vacille. Surtout quand tout vacille.

Victor Hache

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