« Whiplash »/ciné-concert. Samedi 17 janvier 2026, le Palais des Congrès à Paris, a vibré au rythme implacable de Whiplash. Plus qu’une simple projection accompagnée de musiciens, ce ciné-concert a offert une expérience totale, où le film de Damien Chazelle retrouvait toute sa puissance viscérale grâce à un big band de jazz impressionnant dirigé par son compositeur Justin Hurwitz.
Whiplash en ciné-concert n’est pas seulement un hommage au film : c’est une relecture vivante, une expérience où l’on retient son souffle jusqu’à la dernière note
Sorti en 2014 et couronné de trois Oscars, Whiplash raconte l’affrontement psychologique et musical entre Andrew Neiman (Miles Teller), jeune batteur de jazz surdoué, et Terence Fletcher (J.K. Simmons), professeur tyrannique convaincu que seule la brutalité mène à l’excellence. Un duel fondé sur le tempo, la domination et la quête obsessionnelle de perfection, devenu culte.
Dans ce ciné-concert donné au Palais des Congrès, à Paris, la musique n’accompagne pas seulement le film, elle en est le moteur. Sur scène, le big band de 18 musiciens redonne vie à la bande originale avec une précision chirurgicale. Chaque accent, chaque rupture, chaque accélération épouse les images projetées sur grand écran. Ici, rien n’est laissé au hasard : la partition est réglée au millimètre, fidèle à l’exigence radicale du film.
Dès les premières mesures, cette grosse cylindrée jazz s’emballe, alternant envolées hard bop, swings ciselés et envolées orchestrales vertigineuses. Durant deux heures, la tension ne retombe vraiment jamais. De bout en bout, la musique colle aux images, renforçant encore la violence psychologique et l’urgence dramatique du récit.

Au centre de ce dispositif, Greyson Nekrutman, 24 ans, impressionne et sidère. Connu autant pour son travail dans le jazz que pour ses incursions dans le metal extrême (Sepultura, Suicidal Tendencies, Trivium ), le batteur relève un défi redoutable : rejouer à l’identique les performances de Miles Teller à l’écran, en parfaite synchronisation avec le film.
Le résultat est bluffant. Chaque geste est anticipé, chaque break maîtrisé. Quand Andrew laisse tomber une baguette à l’image, Nekrutman reproduit la scène sous l’écran géant. Dans les morceaux emblématiques comme Whiplash ou Caravan, il déploie une technique phénoménale base de contretemps agressifs, de syncopes incessantes, avec une indépendance totale des membres, le tout marqué par une endurance hors norme et précision métronomique.
Le solo final de Caravan reste un sommet absolu : une montée dramatique construite comme un récit, passant du contrôle au chaos avant un retour magistral dans le tempo de l’orchestre. Ce qui frappe le plus, au-delà de la virtuosité, c’est cette capacité rare à redevenir accompagnateur après avoir été soliste, sans jamais perdre le swing ni la pulsation.
À la tête de l’orchestre, Justin Hurwitz incarne la mémoire vivante du film. Compositeur oscarisé (La La Land, First Man), collaborateur fidèle de Damien Chazelle, il dirige ce ciné-concert avec autorité et élégance.
Peu bavard, il laisse surtout parler la musique, maintenant une tension constante, fidèle à l’esprit de Whiplash.
Sa direction précise permet aux musiciens d’évoluer dans un équilibre délicat entre rigueur absolue et énergie brute, rappelant que le jazz, ici, n’est pas synonyme de liberté totale mais de discipline extrême.
Ce Whiplash en ciné-concert n’est pas seulement un hommage au film : c’est une relecture vivante, physique, presque éprouvante, qui plonge le spectateur au cœur de la lutte pour l’excellence. Une expérience où l’on retient son souffle jusqu’à la dernière note.
Quand les lumières se rallument, la musique continue de résonner. Longtemps. Comme un tempo obsédant qui refuse de s’éteindre. Une claque magistrale, dont on ressort encore habité bien après la fin du show. Un grand merci à Caroline Clément chez UGO&Play et Franck Peyrinaud.
Jean Christophe Mary





