l'humoriste la bajon pour son spectacle vous couperez

En s’attaquant à l’humour politique et aux sujets de société, La Bajon a
trouvé un créneau où elle excelle – et se distingue de ses consœurs.

Avec un certain courage, La Bajon investit un créneau négligé par une écrasante majorité d’humoristes féminines, comme si l’humour politique était forcément une affaire d’hommes

Dans ses vidéos parodiques qui cumulent des millions de vues, Anne-Sophie Bajon
incarne tantôt l’avocate de Pénélope Fillon, l’odieuse directrice d’un LIDL, une richissime
héritière, une députée corrompue… Au détour de vraies-fausses interviews, ses personnages laissent échapper des vérités sur le pouvoir, l’opportunisme, le cynisme total et l’arrogance des bien nantis. « Vous couperez », disent-elles. C’est le titre du spectacle de La Bajon, qui n’est pas un one-woman-show puisqu’elle est parfois rejointe par son coauteur Vincent Leroy, dans le rôle du reporter. Le public adore, exulte, rit au moindre lever de sourcil. Et on le comprend.

La Bajon a senti sa vocation de comédienne à 15 ans, quand elle a joué dans son lycée une adaptation des “Exercices de style” de Queneau. Un rôle de mec, pourquoi pas…
Cinq ans de théâtre ont suivi, au sein de la troupe Rythmies 91 (on est dans l’Essonne).
Elle joue Feydeau, Labiche, Ionesco, mais aussi un rôle tragique signé Tennessee
Williams. Elle passe trois ans au Cours Simon, puis débute dans l’humour. Succès
tempéré. Des sketches honorables, un look assez glamour, mais rien qui la sorte vraiment
du lot commun des filles du rire – désormais nombreuses.

On trouve La Bajon rock’n’roll, elle se dit plus gouailleuse. En tout cas, La Bajon n’y va pas de main morte, et fait du bien là où ça fait mal

Le déclic vient en 2016 quand elle se change en Wonder Woman, justicière du rire.
Cheveux noirs, lèvres rouges, le visage gagne en contraste et en définition. Le discours
aussi. Les histoires de mecs, les anecdotes vécues, sa vie et ses débuts passent à
l’arrière-plan. Elle exprime sa colère, son ras-le-bol, et reflète la violence d’une société qui
se durcit. Bingo ! Elle a trouvé son fillon… pardon, son filon. Avec un certain courage, elle
investit un créneau négligé par une écrasante majorité d’humoristes féminines, comme si
l’humour politique était forcément une affaire d’hommes. On pense à Bedos, Coluche, Le
Luron, au Canard Enchaîné, à Charlie… elle répond Arletty, Suzy Delair, Muriel Robin.

l'humoriste la bajon sur la scene du point virguleOn la trouve rock’n’roll, elle se dit plus gouailleuse. En tout cas, La Bajon n’y va pas de main morte, et fait du bien là où ça fait mal. Elle s’attirera quelques antipathies, précisément parce qu’elle tape dans le mille. À moins que ses ‘victimes’ ne voient en elle un exutoire salutaire, comme jadis le “bouffon” de la cour, une soupape de sécurité qui contribue à éviter une vraie colère populaire.

Au delà de son succès présent, elle souhaite revenir au théâtre, à l’écriture, ou aborder le
cinéma. Elle est trop rebelle pour s’enfermer elle-même dans une formule, et préférera
balader son impertinence à travers différents avatars. Sage décision, qui devrait lui éviter
toute usure.

Vous couperez théâtre Le Grand Point Virgule Paris jusqu’au 31 décembre, puis en tournée en 2019. Dates sur labajon.com

Lire: Sexy, punk, étrange…le Cabaret Décadent du Cirque électrique: https://www.weculte.com/cultures/5809/

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