« Un monde fragile et merveilleux » : un amour sous tension à Beyrouth

un monde fragile et merveilleux
"Un monde fagile et merveilleux" : Yasmina (Mounia Akl) et Nino (Hasan Akil) s'aiment depuis l'enfance (©UFO Distribution).

Sortie cinéma. Quel joli titre pour un joli film. Drôle et attachant, UN MONDE FRAGILE ET MERVEILLEUX (mercredi 18 février sur les écrans) raconte une histoire d’amour sur plusieurs décennies dans un Beyrouth secoué par des périodes de guerre et de paix.

« Un monde fragile et merveilleux » : Comme ses deux interprètes principaux, le film déborde de charme, tendre et émouvant, marqué par un humour parfois un peu amer

Nés à une minute d’intervalle dans une maternité ébranlée par les bombardements, Nino et Yasmina tombent amoureux dans la cour de leur école, quelques années plus tard, et rêvent à leur vie future, ensemble. Mais la vie les sépare, quand ils ont sept ans. Les parents de Nino sont morts dans l’explosion de leur voiture, ceux de Yasmina se séparent et la gamine quitte Beyrouth.

Vingt ans plus tard, des circonstances rocambolesques les amènent à se retrouver, par un heureux hasard qui arrive sans prévenir. Nino (Hasan Akil) tient un petit restaurant italien, Yasmina (Mounia Akl) est conseillère économique pour des projets gouvernementaux.



Amour fou

Nino est rêveur, candide, optimiste, gai. Yasmina est plus posée, déterminée, responsable, sérieuse. Mais c’est à nouveau l’amour fou entre eux, malgré leurs caractères différents, malgré les difficultés économiques du pays, malgré les secousses que subit Beyrouth.

Peuvent-ils construire un foyer, avoir des enfants, croire en l’avenir, dans un pays fracturé par la guerre civile? Pour réussir sa vie ou simplement pour être heureux, faut-il rester à Beyrouth ou s’exiler? Nino et Yasmina ne sont pas d’accord sur tout –sauf sur une chose: ils ne peuvent vivre l’un sans l’autre…

Soubresauts

Le film mélange une belle histoire d’amour intimiste et un environnement social et économique plus sombre, les soubresauts sentimentaux se succèdant sur fond de remous incessants que subit le pays. « C’est le fondement du Liban que je connais. Depuis mon enfance, après la guerre civile, la vie a été faite d’extrêmes: une soif de vivre démesurée, des moments de joie et d’espoir… mais toujours assombris, précédés et suivis par des guerres, des conflits régionaux, l’effondrement et le désespoir », explique le réalisateur, Cyril Aris, 38 ans, dont c’est le premier long-métrage de fiction après une quinzaine d’années de courts métrages, documentaires et séries télévisées.

« Ce qui survit à tout cela, cependant, c’est l’humour, l’amour et la famille », ajoute-t-il. « Il m’a donc semblé hypocrite de ne montrer que le côté sombre du Liban. L’équilibre entre chaleur et dévastation, entre romance et rupture, était la manière la plus authentique de raconter leur histoire, et celle de l’endroit que j’appelle mon chez-moi ».

Tendre et émouvant

Comme ses deux interprètes principaux, le film déborde de charme, tendre et émouvant, marqué par un humour parfois un peu amer.

La réalisation, avec des retours en arrière, est pleine d’inventivité avec des scènes poétiques ou drôles (ou les deux): l’évocation d’une île mystérieuse et magique, une attendrissante déclaration d’amour des deux enfants dans un train désaffecté, la séance de prise de photos d’une fillette pour son passeport, une maison future à construire dont on trace les pièces avec de gros cailloux sur un terrain nu, un échange de regards à travers la serrure d’une porte, un dialogue entre deux personnages via un miroir dans un bar, des lettres jamais envoyées…

Et cette romance sentimentale est aussi une déclaration d’amour du réalisateur à Beyrouth qui est, dit-il, « le troisième personnage du film, celui qui s’interpose entre Nino et Yasmina: une ville meurtrie par les crises, mais aussi vibrante, sensuelle, débordante de vie ».

Partir ou rester

Et bien sûr, en toile de fond, le film pose la question qui hante l’esprit de la plupart des Libanais: « Partir ou rester est une question fondatrice de l’identité libanaise », dit Cyril Aris. « Bien avant la création du Liban moderne, notre histoire est faite de vagues d’exil successives. On peut en compter trois majeures: la famine des années 1910, la guerre civile des années 70-80, puis l’effondrement économique et politique des années 2020. Chaque génération a dû se confronter à ce dilemme, et les familles se retrouvent souvent éclatées entre le Liban et l’étranger ».

Représentant le Liban aux prochains Oscars, UN MONDE FRAGILE ET MERVEILLEUX, joli film, tire son joli titre d’un dialogue entre Roberto Benigni et Tow Waits (« It’s a sad and beautiful world ») au début du film DOWN BY LAW (1986) de Jim Jarmusch. Fragile souvent, certes, mais merveilleux, parfois.

Jean-Michel Comte

LA PHRASE : « Je ne t’ai jamais promis les étoiles de la nuit » (en voix off, titre et refrain d’une célèbre chanson romantique libanaise des années 90, Ma Waadtik Bi Njoum El Leil, interprétée par le chanteur Wael Kfoury).

  • Un monde fragile et merveilleux (« Nujum Al’amal W Al’alam »/ »A Sad And Beautiful World ») (Liban, 1h49). Réalisateur: Cyril Aris. Avec Mounia Akl, Hassan Akil, Julia Kassar (Sortie 18 février 2026)

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