#Cinéma. À travers le portrait d’une femme en crise, Elsa Amiel offre dans son film “Pearl” un regard profondément humain, voire même poétique, sur le milieu si spécial du culturisme. Une réussite vraiment singulière.

Dans “Pearl“, la caméra se fixe parfois comme une loupe sur un détail de chair, une brume de sueur qui affleure, un œil émergent du flou, comme dans une ultra-conscience du corps

Dans l’étrange univers du culturisme, la réalisatrice Elsa Amiel a situé l’histoire d’une femme rattrapée par son passé, à la veille d’une compétition décisive. Et “finalement, finalement, il lui fallut bien du talent” pour donner de ce monde à part une vision sensible. On peut penser à tous les pièges évités : la moquerie, la distance, l’exploitation de ces images pour leur simple côté “freaks”… Oui, les corps sont étranges, comme des ballons gonflés à bloc. Mais on ne s’arrête pas à la surface. On vit avec eux dans cet hôtel suburbain, sous des lumières éternellement artificielles, des couloirs aux couleurs cassées aux abords du parking. On croise un colosse qui pleurniche dans un escalier de service. On comprend les tortures endurées pour faire partie de cette bulle.

Même si l’histoire n’a rien d’anecdotique, ce qui fait la force du film… c’est justement une réflexion sur ce qu’on appelle la force. Car tous ces gens semblent compenser un mal-être, une faille, un terrible brouillard intérieur. Ils se forgent une carapace, tout en sachant qu’ils n’emporteront jamais le combat contre le temps. Entre leur monde intérieur et le monde extérieur, il y a ces peaux tendues à craquer. La caméra se fixe parfois comme une loupe sur un détail de chair, une brume de sueur qui affleure, un œil émergent du flou, comme dans une ultra-conscience du corps. Elsa Amiel filme tout avec une acuité où percent à la fois de la bienveillance, de la compassion et de l’inquiétude. Cela passe par le jeu de l’actrice (Julia Föry) et de son entraîneur (Peter Mullan), mais aussi par le montage, le cadrage, et la grande délicatesse des couleurs. Un film très personnel, singulier… extra-ordinaire au sens littéral.
“Pearl”, de Elsa Amiel. Sortie le 30 janvier.

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