Ils n’avaient jamais tourné ensemble. Sandrine Kiberlain et Pierre Lottin forment un savoureux duo inédit dans CEUX QUI COMPTENT (mercredi 25 mars sur les écrans), une comédie garnie de morceaux de mélodrame et de social enrobés d’humour.
Kiberlain-Lottin : un duo inattendu qui compense largement les faiblesses et défauts de ce film imparfait mais attachant.
Rose (Sandrine Kiberlain), ancienne restauratrice en faillite, veuve, élève seule ses trois enfants: Simon, 18 ans (Alexis Rosensthiel), Tess, 16 ans (Louise Labèque) et Emily, 8 ans (Alma Ngoc). Ils habitent dans un vieil hôtel désaffecté, sans eau ni chauffage, et vivent d’allocations.
Mais ce n’est pas la misère, Rose a un caractère joyeux, voit les choses avec optimisme, prend soin de ses enfants, déborde d’énergie, de joie de vivre et d’empathie pour les autres. Et elle a toujours des idées pour affronter les difficultés. Un jour qu’elle fait le plein de nourriture dans un hyper-marché avec son caddie, elle balance deux fumigènes pour créer le chaos et passer les caisses sans payer. Mais elle est rattrapée par les vigiles du magasin.
Raviolis
Un client, Jean (Pierre Lottin), prend alors sa défense en utilisant la force. Lui non plus ne roule pas sur l’or. SDF, il vit dans une camionnette sur un terrain vague près d’une nationale, fait chauffer sa boîte de raviolis sur son butagaz, gagne difficilement sa vie dans un lavage de voitures dans un parking souterrain après avoir été licencié de son emploi de grutier.
Tout oppose Rose, exubérante et ouverte aux autres, et Jean, solitaire et taciturne. Mais, malgré lui, cet homme pudique et résigné va devenir indispensable à cette famille pas comme les autres…
Gentillesse
« Tous deux vivent en marge du monde, partagent le goût des autres, une grande pudeur et une générosité qu’ils expriment de façon opposée. En les observant, on est amené à se poser cette question: est-on gentil par défaut ou par choix? Je pense que la gentillesse de Rose et de Jean fait bien sûr partie de leur tempérament, mais qu’elle est aussi le fruit d’un choix, de leur positionnement intègre au sein de la société », explique le réalisateur, Jean-Baptiste Leonetti.
Réalisateur de dizaines de spots publicitaires depuis une trentaine d’années mais quasi inconnu du grand public, c’est son troisième film après CARRÉ BLANC (2011), un film de science-fiction avec Sami Bouajila et Julie Gayet, et le thriller HORS DE PORTÉE (2015) avec Michael Douglas.
Mélo
Dans sa première moitié, CEUX QUI COMPTENT ne manque pas d’humour, avec des dialogues souvent amusants et des situations cocasses. Mais à mi-film un élément du scénario fait basculer l’histoire vers le mélo, avec des facilités et aussi des incohérences: ça devient plus grave, plus sentimental, moins drôle, moins original.
« La tragi-comédie est mon registre préféré », explique le réalisateur. « Il me semble important de rire de ce qui fait pleurer et pleurer de ce qui peut faire rire. On vit sur une ligne de crête et, au cinéma, j’aime la retrouver, savoir qu’on peut basculer d’un côté ou de l’autre à chaque instant par un dialogue, un geste, un regard… »
Social
Même si on est loin des frères Dardenne, de Philippe Lioret ou de Stéphane Brizé, le film n’est donc pas seulement une comédie, il s’intéresse au social et décrit avec pas mal de tendresse ces personnages en difficulté (le titre peut se comprendre comme « ceux qui comptent » leur argent).
Les trois enfants jouent très bien mais l’intérêt principal réside dans le duo que forment Sandrine Kiberlain et Pierre Lottin. Duo et pas couple puisque leur relation ne repose pas sur la séduction mais sur l’amitié, l’empathie, la gentillesse.
Moins gouailleur
Si l’actrice (vue récemment dans LA PETITE VADROUILLE ou Sarah Bernhardt, La Divine) montre le dynamisme qu’on lui connaît, l’acteur est moins gouailleur que d’habitude, plus intérieur: à l’opposé du fils aîné un peu demeuré de la famille TUCHE, il vient d’obtenir le César du meilleur second rôle pour L’ÉTRANGER, après avoir été le formidable partenaire de Benjamin Lavernhe dans le non moins formidable EN FANFARE.
Que ce soit dans les scènes de pure comédie (comme quand Rose fait passer Jean pour son mari pilote de ligne pour tromper l’assistante sociale) ou dans des moments plus émouvants dans la seconde moitié du film (un beau dialogue à un quart d’heure de la fin), ce duo Kiberlain-Lottin compense largement les faiblesses et défauts de ce film imparfait mais attachant.
Jean-Michel Comte
LA PHRASE : « Nous ne sommes pas pauvres, nous sommes fauchés » (Sandrine Kiberlain à Pierre Lottin).
- Ceux qui comptent (France, 1h38). Réalisation: Jean-Baptiste Leonetti. Avec Sandrine Kiberlain, Pierre Lottin, Alexis Rosensthiel (Sortie 25 mars 2026).

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