« Top Hat » fait swinguer les années 30” au Théâtre du Châtelet

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"Top Hat" fait swinguer les années 30” au Théâtre du Châtelet © Johan Persson.

Comédie musicale / « Top Hat ». Au Théâtre du Châtelet Top Hat, ressuscite avec une élégance souveraine, l’âge d’or des comédies musicales hollywoodiennes. Un tourbillon de claquettes, de glamour et de légèreté.

« Top Hat » : Entre hommage et réinvention, le spectacle s’impose comme une réussite totale porté par une énergie communicative et un sens aigu du détail.

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« Top Hat » : Entre hommage et réinvention, le spectacle s’impose comme une réussite totale © Johan Persson

Créé pour le cinéma en 1935 par Mark Sandrich, Top Hat demeure l’un des joyaux les plus précieux du musical américain. Porté par la grâce inégalée de Fred Astaire et Ginger Rogers, le film s’imposa à l’époque comme un modèle d’équilibre entre danse, comédie et sophistication.

Presque un siècle plus tard, la scène du Châtelet s’empare de ce monument avec un luxe de moyens et une vitalité réjouissante, renouant avec l’élégance et la légèreté d’un âge d’or fantasmé.

Jerry, danseur américain à succès, invité par son producteur Horace Hardwick à Londres, où il doit se produire, tombe amoureux de Dale Tremont un soir où, à grands renfort de claquettes, il l’empêche de dormir. Dale cède progressivement à son charme, avant qu’une méprise ne vienne contrarier leurs amours, la belle prenant son courtisan pour le mari de sa meilleure amie, Marge, épouse de l’impresario.

Tiraillée entre son devoir et ses désirs, Dale multiplie les obstacles à la romance dans une mécanique de quiproquos héritée des grandes comédies des années 1930.

Dès la scène d’ouverture, la magie opère grâce à un numéro de claquettes enlevé et millimétré, porté par des artistes virevoltants dans un imposant décor d’inspiration Art déco. Cette adaptation de Matthew White et Howard Jacques, magnifiquement orchestrée par Chris Walker, enrichit la partition originale de Irving Berlin sans en trahir l’esprit. Les costumes flamboyants participent à cette féerie visuelle qui fait oublier une intrigue délicieusement prévisible.



Dès le départ on sait que le dénouement sera heureux. Qu’importe. Dans cette nouvelle version présentée au Châtelet, l’œuvre se déploie comme une véritable féerie. Les numéros chantés et dansés sont portés par des interprètes de haut vol et atteignent une virtuosité rare.

Le spectacle repose sur un duo étincelant : Philip Attmore (Jerry Travers), élégant et virtuose, et Nicole-Lily Baisden (Dale Tremont), magnétique et gracieuse.

Autour d’eux gravitent Stuart Hickey et Clive Carter en Horace Hardwick, Emma Williams en Madge, James Clyde en Bates, irrésistible de malice, et Alex Gibson-Giorgio en Beddini. Sans oublier les swings — Bethan Downing, Maddie Harper, George Lyons et Joe Press — qui assurent avec brio la fluidité du spectacle. La direction musicale de Matthew Spalding accompagne avec élégance la partition d’Irving Berlin et insuffle à l’ensemble un éclat constant.

Le décor, conçu par Peter McKintosh, mérite à lui seul un détour. Stylisé et résolument Art déco, il déploie un jeu de formes géométriques, circulaires et symétriques évoquant un vaste cadran d’horloge.

Comme une mécanique délicate, il pivote, s’ouvre et se referme à la manière d’une boîte à coucou, suggérant le passage du temps. Modulable et tournant, il recompose sans cesse les espaces — hall, hôtel, chambre — créant une sensation de mouvement continu. Pensé comme une architecture vivante, ce décor épouse le rythme du spectacle et en souligne la précision chorégraphique.

La mise en scène de Kathleen Marshall, vive, colorée et d’une grande modernité, ne connaît aucun temps mort. Les entrées et sorties des artistes depuis le fond de la salle créent une circulation constante, presque cinématographique. Les numéros de danse et de claquettes s’enchaînent avec une fluidité remarquable, dessinant une partition scénique d’une redoutable efficacité.

La seconde partie privilégie davantage le jeu et glisse vers un vaudeville savoureux. On pense à Feydeau, à Labiche. Les seconds rôles ne sont pas oubliés. Le couple Madge et Horace Hardwick, irrésistible, brille dans ses échanges acérés, tandis que le majordome Bates, campé par un James Clyde inspiré, distille des répliques d’une redoutable efficacité comique.

Adapté avec intelligence et panache du film de 1935, Top Hat trouve ici une incarnation scénique pleinement accomplie. Entre hommage et réinvention, le spectacle s’impose comme une réussite totale porté par une énergie communicative et un sens aigu du détail. Un triomphe qui confirme le Théâtre du Châtelet comme l’une des scènes majeures du musical en Europe, et qui se prolonge jusqu’au 3 mai 2026.

Jean-Christophe Mary

Langues En anglais, surtitré en français

  • Paroles et musique : Irving Berlin
  • D’après le film « Top Hat » (RKO Pictures)
  • Adaptation scénique : Matthew White, Howard Jacques
  • Direction musicale : Luke Holman
  • Mise en scène et chorégraphie : Kathleen Marshall
  • Décors et Costumes : Yvonne Milnes,
  • Orchestration et arrangements : Chris Walker
  • Lumière : Tim Mitchell
  • Design sonore ; Paul Groothuis
  • Jerry Travers : Phillip Attmore
  • Dale Tremont : Nicole-Lily Baisden
  • Horace Hardwick : Stuart Hickey, Clive Carter
  • Madge Hardwick : Emma Williams
  • Bates : James Clyde
  • Alberto Beddini : Alex Gibson-Giorgio

Ensemble / seconds rôles

  • Lindsay Atherton, Rhiannon Bacchus, Freddie Clements, Pedro Donoso, Autumn Draper, Tilly Ducker, Zak Edwards, Laura Hills, Connor Hughes, David McIntosh, Jordan Oliver, Emily Ann Potter, Molly Rees Howe, Kirsty Sparks, Toyan Thomas-Browne
  • Swings : Bethan Downing, Maddie Harper, George Lyons, Joe Press
  • Orchestre
  • Chef d’orchestre associé / Claviers : Matthew Spalding
  • Violon : Jemima Clarke / Glesni Roberts
  • Alto / violon  : Elaine Ambridge / Kath Roberts
  • Reed : Simon Williams, Jonathan Vaux, Claire Shaw
  • Trompette / Bugle : William Smith, Paul Mitchell
  • Trombone : Andrew Watson
  • Batterie / Percussions : Tom Williams
  • Contrebasse : Matthew Hollick

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Jean-Christophe Mary