Toutes les musiques de We Culte. Avec « Tant que tu respires », Florent Marchet signe une chanson d’amour lucide et intensément contemporaine, où le lien amoureux devient un refuge face à un monde fragilisé, traversé d’inquiétudes et de tensions. Premier extrait de Mobil Home, son prochain album, ce titre inaugure une écriture plus organique et sensorielle. Une invitation à se laisser porter par cette déclaration intime, avant de retrouver le chanteur sur la scène de La Cigale, le 16 décembre 2026.
Florent Marchet : À cinquante ans passés, celui qui se décrit volontiers comme un « conteur » plutôt qu’un chanteur ne cherche plus à prouver quoi que ce soit. Il cherche le point juste. Le point humain.
Avec « Tant que tu respires », Florent Marchet signe une chanson d’amour qui ne cherche ni l’innocence ni l’illusion. Elle regarde le monde tel qu’il est — fragile, anxiogène, traversé de secousses — et propose un geste simple : se tenir à deux, s’aimer comme on s’abrite du vent derrière un muret.
Depuis plus de vingt ans, Marchet avance à part dans la chanson française. Un pas de côté permanent, entre récit social, écriture littéraire et goût prononcé pour les textures sonores. On l’a vu dialoguer avec Jane Birkin, Philippe Katerine ou Gaëtan Roussel, écrire ou arranger pour Calogero et Bernard Lavilliers, tout en développant une œuvre personnelle où les personnages comptent autant que les mélodies. Chez lui, la chanson est souvent un décor habité.
Ce nouveau titre ouvre pourtant un chapitre différent. Plus resserré. Plus intime. Comme s’il avait longtemps tourné autour de cette chanson-là sans oser l’écrire. Marchet le dit lui-même : il cherchait depuis des années à célébrer le lien amoureux comme un rempart face à l’époque.
Mais avec cette lucidité qui le caractérise — empruntée à René Char — il sait que tout finit par s’éteindre. C’est précisément cette tension qui nourrit « Tant que tu respires » : aimer en sachant que cela ne durera pas. Aimer quand même.
Ce basculement émotionnel s’accompagne d’un basculement sonore. Sa rencontre avec le producteur belge Xavier de Maere, connu pour son travail avec Pierre de Maere et Colt, a visiblement déplacé les lignes.
On quitte ici le naturalisme frontal pour une matière plus organique, plus sensorielle, presque tactile. Les sons semblent filtrés par la mémoire, retravaillés comme des souvenirs.
Il faut dire que ces chansons sont nées ailleurs. Depuis la fin de la tournée de Garden Party, Marchet partage sa vie entre la France et la Tunisie. C’est à La Marsa, dans la lumière dense du Maghreb, qu’il a écrit ce nouveau répertoire. On retrouve dans « Tant que tu respires » quelque chose de cette clarté presque irréelle : une douceur qui n’efface pas l’inquiétude, mais la rend supportable.
« L’amour est peut-être un vilain cliché, mais il reste un antalgique puissant face au monde amoché », confie Marchet. La phrase pourrait résumer toute la chanson. À cinquante ans passés, celui qui se décrit volontiers comme un « conteur » plutôt qu’un chanteur ne cherche plus à prouver quoi que ce soit. Il cherche le point juste. Le point humain.
Victor Hache





