Exposition/ Splendeurs du baroque -De Greco à Velázquez. Le Musée Jacquemart-André, à Paris, met à l’honneur jusqu’au 2 août 2026 la peinture baroque espagnole. Pour la première fois en France, une quarantaine de chefs-d’œuvre sont réunis : Francisco de Zurbarán, Le Greco, Bartolomé Esteban Murillo, Diego Velázquez dialoguent dans des tonalités safranées qui captivent d’emblée le regard. Le visiteur y traverse un moment d’exception, au cœur d’une période où la peinture se réinvente avec une force et une intensité rares.
Notre avis*** : une exposition magistrale, rare par son ampleur et sa qualité, dont on ressort profondément ému — et incontestablement enrichi.
L’âme du baroque espagnol. Splendeurs du baroque -De Greco à Velázquez : Une exposition dont on ressort avec l’envie d’y retourner, tant elle recèle de découvertes
Au cœur de cet âge d’or que furent les XVIᵉ et XVIIᵉ siècles, l’Espagne connut une prospérité exceptionnelle et exerça son influence sur toute l’Europe. L’exposition « Splendeurs du baroque -De Greco à Velázquez» instaure un dialogue entre les grandes figures de la peinture espagnole :Zurbarán, maître absolu de la contemplation religieuse, et Le Greco, visionnaire de la spiritualité. Puis Velázquez, plus moderne, dont le sens du détail révèle l’intériorité des modèles.
Ce baroque ne surgit pas ex nihilo : il s’est nourri des écoles flamande et italienne, avant d’entrer en résonance avec le Nouveau Monde. Ce Siècle d’or, où la magie se peint avec une véracité nouvelle — particulièrement dans les portraits —, témoigne d’échanges constants au sein du monde hispanique.
Le mouvement part du Mexique, mais aussi du Pérou, pour revenir en Espagne, en Italie et dans les Flandres. L’art baroque devient alors celui de la théâtralité. L’œuvre emblématique de l’exposition, « La Reine d’Espagne sur son lit de mort » de Sebastián Muñoz, en offre une saisissante allégorie.
L’Espagne apparaît comme l’un des premiers foyers d’une culture mondialisée, intégrant une iconographie venue d’Amérique latine et ouvrant la voie à un lien religieux en pleine expansion. Cette influence puise aussi chez Leonardo da Vinci — avec « La Vierge aux fuseaux » ou « Ecce Homo » — et dans la « Pietà » du Greco inspirée de Michel-Ange, deux des six œuvres du maître présentées.
Pendant ce temps, le roi Philippe II d’Espagne fait édifier le Monastère de l’Escurial, emblème de son règne.
Cette remarquable exposition a été rendue possible grâce au concours de la Hispanic Society of America. Fondée en 1904 par le mécène Archer Milton Huntington à New York, l’institution conserve une collection de milliers d’œuvres — peintures, sculptures, objets d’art — couvrant plusieurs siècles.
Profitant de la rénovation de son bâtiment, cette institution a confié au musée parisien une sélection rare de chefs-d’œuvre de la peinture hispanique.
Ce qui frappe dans ces œuvres, c’est la gravité des visages. Les figures ne sont pas dans l’extase : elles sont humaines avant d’être saintes. On lit la douleur sur les traits de Marie soutenant son fils dans la « Pietà » (1574-1576) du Greco, ou la lassitude dans le « Saint Luc » (1590). Dans « Sainte Émérentienne » (1635-1640) de Zurbarán, la jeune femme semble davantage se regarder que prier, élégante sous sa cape aux pans de soie rose savamment disposés.
La « Sainte Lucie » (1630) de Zurbarán pose, sereine, dans une tenue où la mode prend presque le pas sur la dévotion. Quant aux « Noces de Cana » (1696) de Nicolás de Correa, la profusion des dorures et le dais pourpre décrivent des convives opulents, davantage soucieux d’afficher leur richesse que de célébrer le miracle.
Une exposition dont on ressort avec l’envie d’y retourner, tant elle recèle de découvertes.
Jane Hoffmann
- Exposition : « Splendeurs du baroque – De Greco à Velázquez» au Musée Jacquemart-André, 158 boulevard Haussmann, 75008 Paris, jusqu’au 2 août 2026.





