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Man Ray, Kiki de Montparnasse (variante de Noire et Blanche) ,1926 - Collection privée (c) Man Ray 2015 Trust/Adagp, Paris 2023. Image: Telimage, Paris.

Exposition. « Man Ray (1890-1976), Maitre des Lumières »: une passionnante exposition, riche de plus de 500 œuvres et objets, consacrée au célèbre photographe dont on découvre également les talents de peintre, dessinateur, assembleur d’objets… Jusqu’au 5 novembre 2023 au Palais Lumière d’Evian.

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Man Ray, La résille, tirage tardif 1931. Collection privée (c) Man Ray 2015 Trust/Adagp. Paris 2023.Image: Telimage, Paris

« Man Ray est considéré comme l’un des photographes les plus importants de l’histoire de l’art. Mais il nous a semblé que montrer uniquement le photographe, c’était passer à côté de l’oeuvre et du personnage » confie Robert Rocca, co-commissaire avec Pierre-Yves Butzbach, de l’exposition « Man Ray (1890-1976), Maître des Lumières », présentée au Palais Lumière de la ville d’Evian.

Un projet audacieux, né il y a deux ans, à l’époque du centenaire de l’arrivée à Paris (en juillet 1921) d’Emmanuel Radnitsky, dit Man Ray, originaire de Philadelphie, en Pennsylvanie. Curieusement, outre les expositions « Man Ray: vues de l’esprit » au Musée Toulouse Lautrec d’Albi, en 2018, « Man Ray et la mode » à Marseille puis au Musée du Luxembourg en 2020 et 2021, le dernier grand évènement consacré à ce pionnier de l’art moderne remonte à 1998 avec « Man Ray, la photographie à l’envers » organisé par le Centre Pompidou à Paris.

Une bonne raison de s’arrêter dans le magnifique écrin de ces anciens thermes (devenus centre culturel et de congrès en 2006) pour découvrir cette riche et passionnante « rétrospective » réunissant plus de 500 oeuvres et documents, issus de collections publiques (Centre Georges Pompidou, Musée des Arts décoratifs), de la Maison Schiaparelli et de collections privées.

« Le parcours chronologique est impossible pour lui. Nous avons donc opté pour un parcours thématique » ajoute Pierre-Yves Butzbach. « L’idée est d’arriver à le « sentir » car il s’esquive en permanence. Pour Man Ray, c’est l’idée qui compte. Même s’il donnait l’impression d’une certaine facilité, c’était un travailleur acharné ».

Le visiteur est donc invité à « approcher » au plus près de l’artiste inclassable qui fut également peintre, dessinateur, cinéaste, assembleur d’objets… au travers de onze thématiques : les Autoportraits, les muses, les dadaïstes et surréalistes, les portraits de célébrités, les nus, les Rayographies, l’évocation de l’Exposition internationale du surréalisme de 1938, le Paris de Man Ray, les films de Man Ray, la mode, les lithographies et les objets. Le tout mis en valeur par le scénographe Frédéric Beauclair.

On prend le temps de s’attarder sur ses six muses: Kiki de Montparnasse, Lee Miller, Meret Oppenheim, Casimir Joseph Adrienne Fidelin, dite Ady, Maria Benz, surnommée Nush, et enfin Juliet Browner.


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On apprend ainsi que Kiki n’aimait pas être photographiée mais qu’elle a tout de même servi de modèle pour des oeuvres aussi célèbres que « Le Violon d’Ingres » ou « Noire et blanche », que c’est avec Lee qu’il « réinvente » accidentellement le principe de la solarisation (exposition à la lumière d’un négatif durant un court instant pendant le processus de développement) qui donne un aspect irréel et unique au cliché, que Juliet repose aux côtés de Man Ray au cimetière Montparnasse.

Quant à Ady, premier modèle noir à être publié dans un magazine de mode américain, elle conservera ses oeuvres dans une chambre de bonne du 5ème arrondissement de Paris, lorsque le photographe (d’origine juive) fuit la France occupée en 1940.

Parmi les objets et documents, on retiendra également un jeu d’échec géant, une passion qu’il partageait avec son ami Marcel Duchamp, un carton d’invitation au vernissage de l’exposition internationale du surréalisme organisée par André Breton, Paul Eluard et Marcel Duchamp, le 17 janvier 1938, à la Galerie des Beaux Arts à Paris, des rayogrammes constituant un album publicitaire pour la Compagnie Parisienne de Distribution d’Electricité, le portrait imaginaire du Marquis de Sade dont les traits du visage ressemblent à ceux du peintre Derain dont Man Ray se serait inspiré, des extraits de films ou cinépoèmes….

L’exposition aborde aussi un versant moins connu de son oeuvre avec des peintures (on dit volontiers qu’il a appris la photographie pour reproduire ses tableaux), des dessins, des lithographies, des objets comme un fer à repasser dont la semelle est garnie de clous ou un métronome appelé « objet indestructible » sur lequel est collé la photo d’un oeil.

A l’issue de la visite, on a le sentiment d’avoir trouvé quelques clefs pour entrer dans l’univers de celui que Marcel Duchamp définissait ainsi : « Man Ray, n.m. syn. de Joie, Jouer, Jouir. »

En regard de l’exposition un certain nombre d’animations sont proposées au public: conférence par Pierre-Yves Butzbach qui gère depuis 30 ans la photothèque Man Ray, riche de plus de 9000 images, visites commentées, ateliers, stages vacances pour les enfants de 6 à 12 ans…

Annie Grandjanin

  • A voir : « Man Ray (1890-1976), Maitre des Lumières ». Jusqu’au 5 novembre 2023, au Palais Lumière d’Evian, Quai Charles-Albert Besson, 74500 Evian. Ouvert tous les jours de 10h à 18h (lundi et mardi de 14h à 18h, ouvert le mardi matin pendant les vacances scolaires). Prix: 8,50 Euros, tarifs réduits à 6,50 Euros et gratuité pour les – de 16 ans. Visites commentées pour les individuels tous les jours à 14h30 (4 Euros en plus du ticket d’entrée). Infos complémentaires ICI
  • Retrouvez l’ensemble des chroniques culturelles d’Annie Grandjanin sur : annieallmusic.com/

 

 

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