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Adèle Van Reeth • Crédits : JOEL SAGET - AFP

Livre. Avec “La vie ordinaire”, Adèle Van Reeth nous livre un récit issu de son expérience de la maternité qui la conduit à interroger la place du corps dans la philosophie et la création dans ce moment où l’ordinaire ne l’est plus tout à fait.

Dans “La vie ordinaire”, le propos d’Adèle Van Reeth est exigeant mais accessible. Elle nous fait partager ses réflexions à la veille d’accueillir un nouveau né, sur ce qui fonde nos vies que l’on voudrait singulières plus qu’ordinaires, mais où l’habitude nous joue des tours et peut tarir la pensée par paresse ou ennui 

“L’ordinaire n’est pas un concept, c’est une quête” écrit Adèle Van Reeth, celle d’une recherche qui pousse au-delà de la tranquillité des jours sans aspérité, du prêt à penser et du creux des mots qui n’ont plus d’écho.

Partant de la maïeutique de Socrate, métaphore de l’accouchement de la pensée, Adèle Van Reeth nous livre avec “La vie ordinaire”, un récit issu de son expérience de la maternité qui la conduit à interroger la place du corps dans la philosophie et la création dans ce moment où l’ordinaire ne l’est plus tout à fait.

Son propos exigeant mais accessible, nous fait partager ses réflexions à la veille d’accueillir un nouveau né, sur ce qui fonde nos vies que l’on voudrait singulières plus qu’ordinaires, mais où l’habitude nous joue des tours et peut tarir la pensée par paresse ou ennui. L’ordinaire, accueillant et réconfortant attise sa perplexité quand il confine au routinier et embourbe alors le quotidien dans la banalité.

L’auteure cherche à comprendre ce que l’ordinaire est vraiment, pour le remettre à sa juste placePour cela, Adèle Van Reeth nous fait (re)découvrir Emerson souvent considéré comme le père fondateur de la philosophie américaine notamment par l’écrivain et philosophe contemporain Stanley Cavell dont l’auteure découvre les écrits sur les bancs de l’université de Chicago où elle a étudié. Cette lecture va nourrir sa recherche sur l’ordinaire et ce qui le distingue du quotidien qui revient la tarauder alors qu’elle s’apprête à donner la vie pour la première fois. Le récit est aussi ponctué de nombreuses illustres références : Beckett, Woolf, Camus, Sartre, Thoreau…

L’ordinaire se distingue du quotidien, toujours plein de surprises mais sans heurts véritables, ni catastrophes, juste comme l’écrit Montaigne “de petites épines domestiques”.

A ce titre, le chapitre : “On va voir Louis?” vient éclairer cette distinction. Un soir dans la voiture au retour d’une séance d’escalade en forêt de Fontainebleau cette question sans importance fait resurgir l’ordinaire de sa gangue. La seule et unique fonction phatique du langage devient alors l’empreinte de cet ordinaire qu’il marque comme un poinçon et fait douter de l’essentiel.

Or, l’auteure ne peut douter de tout puisqu’elle est enceinte et qu’elle n’est plus une mais deuxElle s’autorise alors à écrire, et le livre prend une tournure plus intime, moins didactique.

Après l’accouchement, elle devient mère en toute ignorance de cause. Mère elle n’en reste pas moins fille, le récit enserré comme la vie, entre la naissance et la mort, se termine auprès du père dont les jours s’achèvent. “La tâche de la philosophie est de nous ramener à nous même ” (Stanley Cavell), Adèle Van Reeth est une disciple appliquée qui nous invite à ce retour du sens.

Texte Véronique Sousset

  • Lire: “La vie ordinaire” d’Adèle Van Reeth. Gallimard. 192 pages, 16 euros.
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Adèle Van Reeth

Biographie Adèle Van Reeth:

Née le 16 décembre 1982, Adèle Van Reeth est une philosophe, productrice de radio et chroniqueuse française. Spécialiste en philosophie du cinéma, ancienne élève de l’École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud (promotion 2005), elle travaille et intervient sur la question de l’ordinaire à partir notamment des travaux du philosophe Stanley Cavell.

Depuis septembre 2011, elle produit et anime l’émission quotidienne de philosophie “Les Nouveaux Chemins de la connaissance” sur France Culture. En décembre 2012, cette émission devient la plus téléchargée du groupe Radio France, et maintient ponctuellement cette position. Après avoir participé à l’émission “Ça balance à Paris” en 2011 et collaboré à “Philosophie magazine” (2010-2012), elle est chroniqueuse régulière pour l’émission “Le Cercle”, présentée par Frédéric Beigbeder sur Canal+ Cinéma.

En mars 2014, elle lance une collection intitulée “Questions de caractère” (coédition Plon / France Culture) : elle dialogue avec des philosophes contemporains en gardant l’esprit et la démarche de son émission. Le premier volume, coécrit avec Jean-Luc Nancy, porte sur la jouissance, thème sur lequel elle est déjà intervenue à plusieurs reprises.
Le 19 décembre 2017, il est annoncé qu’Adèle Van Reeth prend la suite de Jean-Pierre Elkabbach et anime à la rentrée 2018 la nouvelle émission littéraire de Public Sénat, toujours enregistrée dans la Bibliothèque du Sénat.

 

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