interview de zazie pour son nouvel album essenciel
Artiste populaire, auteure à la plume sensible, compositrice-interprète d’une chanson teintée de légèreté et de profondeur mêlées, Zazie revient avec Essenciel, son dixième album. Un opus qu’elle dévoilera lors d’une grande tournée qui commencera au printemps 2019.

Trois ans après son dernier disque studio Encore heureux, Zazie revient avec Essenciel. Un album émouvant, dansant, aux sonorités synthétiques ou organiques porté par le titre Speed , où la chanteuse met son cœur à nu, avec la complicité d’Edith Fambuena, brillante réalisatrice de son dixième opus. Entre deux jeux de mots, des titres électrisants ( Ma Story ), mélancoliques (Veilleurs amis) ou parfois graves où elle regarde l’époque avec inquiétude (Waterloo, sur les attentats du 13 novembre), des chansons-cris (Nos âmes sont) ou sur le combat de ses sœurs les femmes, pour le respect et l’égalité (La source) Zazie invite à réfléchir à nos rapports, à « marcher à l’essenciel » et à se retrouver pour mieux se jouer d’une société devenue folle. Rencontre avec une artiste, qui 25 ans après ses débuts et notamment l’album Zen qui l’a révélé au grand public, est de plus en plus animée par un sentiment de liberté et de sincérité, sa manière de lutter avec talent contre le temps qui passe.
la chanteuse zazie revient avec l'album essencielDans Speed, le titre qui ouvre votre album Essenciel , vous parlez de votre cœur que vous incitez à sortir de sa cage. Est-ce à dire qu’il vous arrive de vous sentir enfermée parfois ?
Zazie : Mon cœur est parfois un peu plus jeune que l’organe ! (rires). Il est toujours assez adolescent. Je ne parle pas forcément du cœur amoureux, mais du cœur qui aime bien battre en étant, comme je le chante plus « flambant vieux que flambant jeune » (rires). On reste dans cette envie de sortir de cette cage thoracique, qui est aussi une manière de signifier, sans faire de jeunisme, qu’on peut toujours garder une fraîcheur, une liberté qui va à notre âge.

Zazie : “J’ai l’impression que plus le temps passe, plus je me sens libre”

Vous vous sentez de plus en plus libre ?
Zazie : J’ai l’impression effectivement que plus le temps passe, plus je me sens libre. C’est peut-être dans cette urgence – je ne dis pas que ça me fait rigoler quand je vois des rides arriver sur mon visage – qu’il faut retrouver le moteur qui est qu’on ne séduit pas uniquement parce qu’on est jeune et que le visage est lisse. On est beau parce que  l’intérieur va bien. C’est travailler et s’enrichir comme ça.
L’important aujourd’hui pour vivre, c’est d’aller « chercher le bonheur là où il s’est niché » comme vous le chantez ?
Zazie : Je pense qu’on peut faire plus et mieux quand on nous aime. Savoir qui on n’est pas, au bout d’un moment, c’est vertigineux  de vivre comme ça. Que ce soit même notre société qui nous dicte des choses, qui sont complètement moroses et anxiogènes. Alors qu’on peut toujours regarder le journal télévisé en ayant une petite distance en pensant « c’est marrant, on n’annonce rien de bien alors qu’il y a plein de trucs supers qui se sont passés aujourd’hui ». Et rester un peu vigilant pour continuer, à injecter, nous, de la poésie dans nos vies, sans attendre que ce soit un président ou la société qui nous dictent et nous imposent les choses.

Zazie: “Si on écoutait cette petite voix qui est en nous avec un peu plus d’espoir, elle nous emmènerait là où on doit aller pour aller bien.”

Entre deux jeux de mots, vous dénoncez pas mal de choses. Vous dites ainsi « ce que nos âmes sont belles/ mais nous les hommes cruels nous leur coupons les ailes/ Faut il qu’on soit sourd à ce point ? Pour en oublier d’être humain/». Ces mots, c’est le cri d’une femme qui s’agace de voir le monde tel qu’il est devenu ?
Zazie : Il y a ça. Et il y a aussi l’idée, dés l’école et l’éducation, d’écouter la petite voix qui nous dit la vérité sur nous. Une petite voix qui serait notre profonde sensibilité, qui définit ce qu’on est. Or, souvent on ne l’écoute pas, voire même, on s’en éloigne, on lui tord le cou comme un oiseau. Alors que si on écoutait cette petite voix avec un peu plus d’espoir, elle nous emmènerait là où on doit aller pour aller bien.
On sent que vous n’aimez pas la superficialité des choses. Je pense, à une chanson comme Ma Story où vous évoquez  nos égos et nos comportements virtuels individualistes sur les réseaux sociaux…
Zazie : Tous les followers que je peux avoir, savent que j’ai un rapport très distanciel avec les réseaux sociaux. Ça ne veut pas dire que je ne m’en sers pas comme un support informatif. C’est une manière de diffuser l’information telle qu’on a envie d’être diffusé. Ce n’est pas par l’intermédiaire d’un magazine ou d’une émission de télé où on nous demande de faire un duo et d’avoir un avis sur tout. C’est intéressant pour ça. Je n’ai pas de compte Facebook personnel, ce qui fait que je ne peux pas aller sur les murs des copains, puisque je n’ai pas de profil. Je suis d’une génération où on a grandi sans portable. On arrive à s’en passer largement. Je suis sur silencieux  tout le temps, je ne regarde pas mes mails tous les jours. Ce n’est même pas un effort, cela ne m’intéresse que moyennement. Plus on virtualise nos rapports, moins on s’intéresse à l’autre pour de vrai. On ne le voit pas, on ne le côtoie pas, donc ça créé aussi, selon moi, de la peur, de la phobie. C’est super intéressant quand les gens échangent sur les forums. Mais je dirai, méfiance quand même sur la virtualité et l’immédiateté de notre monde. Il devrait y avoir des choses où il reste de la difficulté, du chemin pour y parvenir. Là, ça abolit les chemins et dans cette immédiateté, il y a quelque chose qui me semble dangereux.

Zazie : “La musique m’a sauvée. Parfois elle me divertit de moi-même quand je me trouve trop pénible.”

Parlez-nous de La source, une chanson émouvante au tempo  lent et aux ambiances poétiques. Que raconte-t-elle?
Zazie : Elle parle de sororité. C’est une chanson sur la citoyenneté, sur la place des femmes dans le monde. Et sur la vigilance. Se dire si certains veulent remettre en cause la loi sur l’avortement, oui, je vais redevenir féministe et on me trouvera dans la rue. C’est pour ça que j’ai utilisé l’image de la « saumone » pour dire «soyons là dans ces courants rapides et ces contre-courants ». Soyons vigilantes de ce que nos mères et la femme d’une manière générique, ont fait hier, pour nos filles demain. C’est redire que dans la féminité, il y aussi de la masculinité et qu’on sera vigilantes à continuer d’essayer d’aller ans le sens de la liberté et de la différence pour que la femme ait toute sa place dans l’humanité.
zaie interview pour son album Essenciel pour we culte le mag cultureAprès 25 ans de carrière, sauriez-vous dire ce qu’a apporté la musique dans votre vie ?
Zazie : Elle m’a sauvée. Parfois elle me divertit de moi-même quand je me trouve trop pénible. Parfois, elle me sauve au sens littéral du terme. On a tous vécu des moments de chagrin, de dépression, de séparation. La musique est toujours la chose qui masse mon âme, qui me remet au vivant, même si je n’ai pas de complaisance particulière à une chronicité dépressive. Je pense que quand on est un artiste, on vit forcément des dépressions météorologiques d’après tournée, où on peut se sentir un peu inadéquate à un quotidien parfois. La musique est le lien qui ne se rompt pas. C’est un peu la BO de ce que je peux vivre.
Album Essenciel Label Six&Sept. Tournée à partir du printemps 2019.
Lire: Zazie: “je pense que je serai une vieille dame indigne”https://www.weculte.com/non-classe/interview-zazie-je-pense-que-je-serai-une-vieille-dame-indigne/

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