gustave courbet, le desespere
"Le désespéré" - (autoportrait) - Gustave Courbet, vers 1843.

Livre. Gustave Coubet a porté haut et fort une vision de la peinture progressiste et naturaliste, loin des carcans académiques. Au cours d’un dernier voyage, cet homme ardent s’exile en Suisse pour fuir le pouvoir bonapartiste et continuer à exprimer son art. Un art au service du peuple, toujours libre, que l’on retrouve dans “Gustave Courbet. Non au conformisme” paru chez Actes Sud Junior.   

Gustave Courbet, un homme ardent, insoumis, épris d’idéaux révolutionnaires, revendiquant haut et fort, à coups de pinceaux la liberté de créer, d’avoir sa propre vision du monde qui l’entoure

Sur son lit de mort, agonisant, Gustave Courbet communique comme dans un rêve avec les personnages de sa toile gigantesque “Enterrement à Ornans”. Il invective le curé, le juge, le porte-croix qu’il traite de traîtres. Lui qui s’est permis de représenter avec vérité le peuple franc-comtois, les exploités, les miséreux. Cette toile, son ami de lycée, Max Buchon, la qualifie de “révolutionnaire”“J’ai seulement peint ce que je voyais, les paysans, les notables, les pauvres, ma famille. Le scandale, ce sont les autres qui l’ont suscité où je n’ai voulu juste montrer avec réalisme chacun seul face à la mort”, lui répond le peintre.

Un autre rêve le hante : il est enfant, pêche une tête, la sienne. Elle est mise à prix, il doit fuir s’il ne veut pas être harponné par la justice. C’est Mac Mahon, “ce furoncle bonapartiste “ qui veut la peau d’un artiste indiscipliné accusé d’avoir déboulonner la colonne Vendôme – symbole de guerre, de conquêtes et de pillages – lors de la Commue de Paris en 1871. Le 23 juillet 1873, il s’exile en Suisse à Fleurier puis à La Tour-de-Peilz. Adopté par les plus démunis, ses soutiens, il est méprisé par les aristocrates incultes devant un art qu’ils méconnaissent.

Comme son grand-père, il est un homme ardent, insoumis, épris d’idéaux révolutionnaires, revendiquant haut et fort, à coups de pinceaux la liberté de créer, d’avoir sa propre vision du monde qui l’entoure, des femmes qu’ils aiment et qu’il dessine. Les auteurs rapprochent avec poésie les courbes féminines avec les anfractuosités des grottes visités dans son enfance, les replis des paysages à Ornans.

Les critiques l’insultent, décrivent son art comme “une dépravation”, évoquent la pornographie, il n’en a cure. Il suit un chemin d’homme intègre, fidèle à sa peinture ; sa devise, “je peins ce que je vois et peu importe si je choque les bien-pensants”. Ses œuvres échappent à toute classification et s’il en est une qui surpasse les autres, c’est bien “l’Origine du monde”. Peut-on encore sublimer dans le réel l’essence d’une femme après celle-ci ? Comment lire le mystère de cette peinture réalisée en 1864 fascinante et scandaleuse encore aujourd’hui ? Dans “l’Atelier du peintre”, il honore les visages d’ouvriers, des “trognes” bien loin de l’académisme officiel et reconnu.

gustazve courbet non au conformismeA quelques heures de mourir, Gustave Courbet revoie au plafond, voler les hirondelles peintes dans son atelier parisien. Il s’éteint usé, rempli du bonheur des grandes courses dans les montagnes. Insensible aux médiocres, il s’est donné tout entier à son art. Un art de la révolte. Vivant traversant les siècles et les modes.
En résidence d’écriture collective dans la maison natale de Courbet dans le Doubs, le quatuor d’auteurs de “Gustave Courbet. Non au conformisme”, s’est imprégné d’une vie en état d’urgence. Se sauver pour continuer à s’exprimer rageusement, courageusement, impérativement.

Texte Virginie Gatti 

  • “Gustave Courbet. Non au conformisme” par Bruno Doucey, Maria Poblete, Elsa Solal, Murielle Szac – Actes sud junior, 65 pages, 9 euros

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