antonella moscati
Antonella Moscati :"Chez nous , c’est–à-dire dans notre famille, toute maladie était mortelle."

Livre. Chez Antonella Moscati, les maladies régissent la vie de chacun. Au risque de confiner des enfants dans un univers marqué par la peur. “Pathologies“, son nouveau roman, est un récit à la fois drolatique et clinique.

A travers “Pathologies”, entre ironie et constat clinique, Antonella Moscati rend romanesque une histoire personnelle. L’auteure tente de se défaire de ces liens organiques, s’échapper, cesser d’être des créatures se gavant d’antibiotiques, de thérapies, de diagnostics, de vaccins, de précautions

roman pathologies antonella moscati“Pathologies”
Antonella Moscati, traduit de l’italien par Caroline Chaniolleau
Arléa, 80 pages, 15 euros

“Chez nous , c’est–à-dire dans notre famille, toute maladie était mortelle.” Dès la première phrase, le pacte avec le lecteur est donné : les pathologies vont être le centre névralgique de “Pathologie”. Drolatique et insolite famille que celle d’Antonella Moscati. Elle évoque ses sœurs, son père, sa mère, son “presque fiancé“, mais sans jamais les nommer. Absences de prénoms. Ils nous apparaissent comme “la sœur à la diphtérie”, une autre celle à la méningite. Ces infections parfois contagieuses les représentent, elles les font exister, elles leur donnent une histoire et un passé.

On apprend qu’Antonella a eu la varicelle en sixième, les oreillons l’été de ses douze ans, la rougeole durant les vacances de Pâques en troisième, à quatorze ans passés. Tel un baromètre, les symptômes scandent leur vie, les font grandir, passer des caps. Toujours enveloppées d’un nuage de potions, piqûres et autres médications insolites. Ces enfants fréquentaient l’école de façon anarchique, “ma mère et mon père ne considéraient pas (ce lieu) comme une obligation, mais comme un endroit où l’on pouvait aller que lorsqu’on était soi-même en parfaite santé”. Leur lecture de prédilection, le Roversi. Diagnostic et thérapie, le Vidal italien. Elles le compulsaient comme on s’imprègne d’un roman d’aventures à la Jules Verne ou comme elles liraient … “les Quatre Filles du docteur March “.

Le père, un médecin non-médecin, dermato-vénérologue, avait ses préférées : l’angine, la syphilis, la gale, mais ce qu’il craignait en premier lieu était l’épuisement nerveux. Les maladies servent aussi à taire des vérités, à poser un non-dit sur le décès d’une tante morte d’un cancer de l’utérus. Ne pas nommer la leucémie. Ne pas en parler. Un secret de famille. “La tumeur rimait et rime encore avec clameur et rumeur” et les lésions oncologiques vont déterminer chacun des membres de cette communauté.

La mère n’avait peur d’aucune maladie sauf du cancer, le père de toutes les maladies sauf du cancer, les enfants de toutes les maladies et d’une peur extrême du cancer. Même cette notion-là se transmettait quand d’autres familles se passaient des recettes de cuisine. Car il s’agit bien d’un ping-pong existentiel, vivre confiné par peur de la mort. Tenter de la conjurer, l’ignorer, chercher un au-delà céleste.

Entre ironie et constat clinique, Antonella Moscati rend romanesque une histoire personnelle. Les dernière pages de “Pathologies”, de toute beauté, font entrevoir des heures, des jours, des années perdus, “la peur du cancer était devenue comme un emblème,  une devise qu’on lit sur les blasons”. L’auteure tente de se défaire de ces liens organiques, s’échapper, cesser d’être des créatures se gavant d’antibiotiques, de thérapies, de diagnostics, de vaccins, de précautions. “Se réinventer”, naître une seconde fois pour faire partie du grand cosmos et suivre des yeux les étoiles, pénétrer dans un espace-temps léger, insouciant, s’ouvrir à la sublimation, à la vie et à ses risques.

Texte Virginie Gatti

“Pathologies” d’Antonella Moscati, traduit de l’italien par Caroline Chaniolleau. Arléa, 80 pages, 15 euros

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