Steve Tallis : les fantômes de la mémoire en blues incandescent

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Steve Tallis : le bluesman australien sort "Memory Ghost", un triple album au blues incandescent /DR

Memory Ghost, le nouveau triple album de Steve Tallis, est une plongée au cœur d’un blues primitif et incandescent. Captés en prise directe, ces 66 titres révèlent un univers où duos tribaux, grooves électriques fiévreux et solos acoustiques intimes se mêlent à des fantômes de mémoire et à des exorcismes sonores. Chaque morceau devient un rituel, chaque note une transe : brut, intense et profondément vivant, le blues de Tallis frappe à la fois au cœur et à l’âme. Découvrez l’univers hypnotique et nomade de ce maître australien du blues, où chaque histoire chantée laisse une empreinte indélébile.

« Memory Ghost » de Steve Tallis (c) Frédéric Voisin

Un voyage initiatique

Depuis plus de soixante ans, Steve Tallis arpente le monde comme un griot moderne, avec pour seule boussole son blues incandescent. Dans Memory Ghost, triple album brut et sans retouche, il nous convie à un voyage initiatique où se croisent work-songs, grooves vaudous et fantômes intimes.

Le blues comme rituel

À 73 ans, le musicien australien publie une œuvre rare : 66 morceaux, près de quatre heures de musique, enregistrés d’une traite dans l’antre analogique de Rob Grant (Poons Head, Fremantle). Tout en mono, comme pour renouer avec la chair des premiers enregistrements. Ici, rien n’est poli : chaque titre respire la poussière, le bois, la sueur et la cicatrice.

Réparti en trois volets — Duo, Snakes of Desire, Solo —, l’ensemble se vit comme un triptyque. Avec le percussionniste Gary Ridge, Tallis sculpte des dialogues bruts de cordes et de peaux. En formation électrique, il libère une transe fiévreuse où compositions inédites et hommages fulgurants s’embrasent. Enfin, seul avec sa guitare, il ose la nudité la plus radicale : voix râpeuse, cordes rugueuses, comme si chaque reprise de John Lee Hooker ou Willie Dixon devenait une prière nocturne.



Les fantômes de la mémoire

Le titre Memory Ghost évoque ces souvenirs trop brûlants pour s’effacer, ces empreintes invisibles qui continuent de hanter. Tallis en fait matière de blues : une suite d’exorcismes sonores où le field holler rencontre Howlin’ Wolf, où un groove vaudou dialogue avec un cri ancestral. Chaque morceau devient mémoire offerte et vibration partagée.

Le griot nomade

Né à Perth en 1952, dans une famille macédonienne, Tallis a grandi entre les chants traditionnels et le rock des sixties. À onze ans, un concert de Louis Armstrong lui révèle sa vocation : il sera conteur. Depuis, il a traversé l’Australie, l’Europe et l’Afrique, partagé la scène avec Dylan, B. B. King ou Van Morrison, et refusé les compromis d’une industrie qui ne sait pas où ranger les artistes indomptables.

Admis au Western Australia Music Hall of Fame, reconnu comme auteur-compositeur majeur, il poursuit une quête insatiable, nourrie de lectures mystiques, de poésie soufie et de rituels vaudous. Sa musique est moins un style qu’un langage, un souffle qui transcende frontières et étiquettes.

Un exorcisme incandescent

Avec Memory Ghost, Steve Tallis condense une vie d’errance, de rencontres et de transes. Ce coffret n’est pas un disque à consommer : c’est une cérémonie à vivre, une immersion dans un blues primitif et incandescent. Rarement un artiste aura capté avec autant de force cette tension entre mémoire et oubli, entre ombre et lumière.

Écouter Memory Ghost, c’est entrer dans le cercle, sentir le battement d’un cœur ancien, et accepter de se laisser habiter par les fantômes de la mémoire.

Victor Hache

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