je verrai toujours vos visages
"Je verrai toujours vos visages" : Sabine (Miou-Miou) et Nawelle (Leïla Bekhti), deux victimes d'agressions, participent à un cercle de discussion de justice restaurative (©Christophe Brachet/Chi-Fou-Mi Productions/StudioCanal).

Sortie cinéma. C’est un film formidable. Et pourtant le sujet (comme l’affiche) n’est pas affriolant: « JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES », qui sort ce mercredi 29 mars sur les écrans, explique le fonctionnement de la « justice restaurative », un dispositif qui consiste à faire dialoguer victimes et auteurs d’infractions.


« Je verrai toujours vos visages » : un film fort, à la fois très pédagogique et très émouvant qui, alternativement, stimule le cerveau et serre le cœur


je verrai toujours vos visages
« Je verrai toujours vos visages » : un film réalisé par Jeanne Herry ©Christophe Brachet/Chi-Fou-Mi Productions/StudioCanal

Ce n’est pas un documentaire. Avec des acteurs au sommet de leur talent et des dialogues très travaillés, la jeune réalisatrice Jeanne Herry a réussi un film fort, à la fois très pédagogique et très émouvant qui, alternativement, stimule le cerveau et serre le cœur.

Depuis 2014, la France, à l’image d’autres pays (Canada, Grande-Bretagne, Australie, Nouvelle-Zélande, Norvège, États-Unis, Japon, Belgique) a instauré ce dispositif de justice restaurative, appelée aussi justice réparatrice, qui met face à face, à huis clos, des victimes et des auteurs d’agressions « en vue d’envisager ensemble les conséquences de l’acte, et le cas échéant, de trouver des solutions pour le dépasser, dans un objectif de rétablissement de la paix sociale », précise le ministère de la Justice sur son site internet, qui y voit un moyen de « prévenir au mieux la récidive ».

Trois victimes

Le film raconte ces séances dans lesquelles, en cercle (comme le montre l’affiche), dans une salle à l’intérieur d’une prison et en présence de bénévoles, vont dialoguer trois personnes condamnées et trois victimes: Sabine (Miou-Miou), une mamie qui a subi un vol à l’arraché; Nawelle (Leïla Bekhti), une caissière victime d’un hold-up à main armée; et Grégoire (Gilles Lellouche), agressé chez lui par des cambrioleurs en présence de sa fille.

Les victimes ne rencontrent pas leurs propres agresseurs mais des gens condamnés qui ont commis le même type d’infraction. Entre eux le dialogue alterne colère et espoir, longues tirades et silences, regards et têtes baissées. Il y a des moments forts dans ces échanges, notamment plusieurs dialogues entre Nawelle et un braqueur condamné (interprété par Dali Benssalah).

Médiation

Plus traditionnelle, une autre forme de justice restaurative est la médiation entre une victime et son propre agresseur, seconde histoire que raconte le film: Chloé (Adèle Exarchopoulos) fait appel à la médiatrice Judith (Élodie Bouchez) dans une affaire délicate d’inceste, plusieurs années après la condamnation de son grand frère qui la violait quand elle était enfant.

Le film est essentiellement bâti autour des dialogues, avec des gros plans sur les visages, à la fois dans les séances du cercle et dans l’histoire de Chloé: c’est un peu du théâtre filmé, lesté parfois de passages didactiques obligatoires. Mais c’est un beau film, fort et souvent bouleversant, qui ne tombe pas dans le trop sérieux ou le larmoyant. Et qui ménage quelques moments d’humour: « J’aurais aimé la peinture autant que j’aimais la drogue, j’aurais été Picasso », dit un des condamnés interprété par Fred Testot.

Cinéma social mêlé d’émotion

« JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES » est dans la veine du cinéma social et réaliste mêlé d’émotion du précédent film de Jeanne Herry, « PUPILLE » (2018), qui parlait de l’accouchement sous X, de l’adoption, de l’aide sociale à l’enfance et du dévouement des travailleurs sociaux dans l’exercice de leurs fonctions quotidiennes.



Ici aussi hommage est rendu à ces travailleurs sociaux, les médiateurs et organisateurs de ces réunions de justice restaurative, et les bénévoles d’associations, avec notamment des personnages interprétés par Élodie Bouchez, Jean-Pierre Darroussin ou Denis Podalydès. Force de la parole, nécessité du dialogue, bienfaits de l’ouverture aux autres pour réparer des blessures, des fractures, des vies brisées ou bouleversées: le film montre tout cela –avec l’explication du titre en fin de film. « C’est tout ce que notre époque déteste », dit à la fin l’une des organisatrices des rencontres.

Fille de Julien Clerc et de Miou-Miou

« Dans PUPILLE comme dans ce film, j’éclaire un endroit du réel peu connu qui propose des outils porteurs d’espoir », souligne la réalisatrice, 44 ans, fille de Julien Clerc et de Miou-Miou (dont le vrai nom est Sylvette Herry).

Mais, ajoute-t-elle, « pour autant, je ne fais pas ces films pour parler de l’adoption ou de la justice restaurative. Ce ne sont pas des documentaires. Le fond me touche, mais c’est d’abord le cinéma qui m’importe. Ce sujet, je le choisis car je pressens que je vais pouvoir y planter des graines de romanesque et qu’il va m’offrir la possibilité de faire un bon film ».

Acteurs remarquables

Et pour cela, elle a bénéficié de performances d’acteurs remarquables qui, grâce aux dialogues mis entre leurs mains, font la force du film. « Tous ont un peu vécu ce film comme un challenge », explique Jeanne Herry.

« Ils avaient beaucoup de textes (peu de scénarios en comportent autant), de longs monologues qui étaient de véritables petits morceaux de bravoure et qu’ils ont d’ailleurs vécu comme tels sur le tournage. (…) Chacun à leur tour, ils s’applaudissaient, se soutenaient. Si je vais chercher ces acteurs, c’est aussi parce que je sais qu’ils savent travailler un texte et qu’ils y prennent du plaisir ».

Jean-Michel Comte

LA PHRASE « La justice restaurative est un sport de combat » (Denis Podalydès, un des responsables formateurs des équipes organisatrices de rencontres).


  • A voir : « JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES » (France, 1h50). Réalisation: Jeanne Herry. Avec Adèle Exarchopoulos, Élodie Bouchez, Gilles Lellouche, Miou-Miou, Leïla Bekhti. (Sortie 29 mars 2023)
  • Retrouvez cette chronique ainsi que l’ensemble des sorties cinéma de Jean-Michel Comte sur le site Cinégong

 

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