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Rosa Bonheur (1822-1899) : "Le Lion chez lui", 1881, huile sur toile, Kingston-upon-Hull (Royaume-Uni), Ferens Art Gallery ©Agathe Hakoun / Rosa Bonheur

Expos. Plusieurs expositions en France pour fêter le bicentenaire de la naissance de Rosa Bonheur, la peintre et sculptrice la plus connue et la plus vendue en France et dans le monde anglo-saxon au 19ème siècle. La formidable occasion de (re)découvrir l’artiste féminine et féministe qui « humanisait les animaux »…


Rosa Bonheur : l’artiste féminine et féministe qui « humanisait les animaux »


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Rosa Bonheur dans son atelier, 1893 – George Achille-Fould (1865-1951). Huile sur toile © Musée des Beaux-Arts de Bordeaux, photo F. Deval

Rien moins qu’« une exposition d’intérêt national », selon le préfet de Nouvelle-Aquitaine. Et aussi un rappel par le maire de Bordeaux : « Des engagements écologiques avant l’heure et un insatiable esprit de liberté qui en fit l’une pionnières du féminisme ». Ce qui vaut bien, a minima, une belle exposition d’abord à Bordeaux puis à Paris l’automne prochain pour Rosa Bonheur, « la peintre qui humanisait les animaux », selon la définition d’un critique d’art parisien.

« Rosa forever ! », s’exclament Sophie Bathélémy, directrice du musée des Beaux-Arts de Bordeaux, et Christophe Leribault, président de l’Etablissement public du musée d’Orsay- Paris. L’intitulé de l’expo : « Rosa Bonheur (1822- 1899) », tout simplement…

En cette année de bicentenaire de la naissance (16 mars 1822 à Bordeaux) de la peintre et sculptrice, Marie Rosalie Bonheur dite Rosa Bonheur est au centre de nombre d’honneurs et d’hommages. On évoque « le carnaval des animaux de Rosa Bonheur ». On insiste sur le caractère de cette « femme naturellement libre » qui, dans un siècle comme le 19ème, a vécu une existence hors du commun.

On chante aussi cette « ménagerie extraordinaire » qui l’entourait, avec chiens, chevaux, singes et même… sangliers- elle affirmait : « Les bêtes nous comprennent toujours ». On lit également, dans « J’ai l’énergie d’une lionne dans un corps d’oiseau », le récent roman biographique de Patricia-Bouchenot-Déchin, des mots de Rosa Bonheur prononcés en 1898 : « Je n’ai jamais consenti à aliéner ma liberté sous aucun prétexte ».

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Rosa Bonheur (1822-1899), El Cid, tête de lion, 1879, Huile sur toile. © Photographic Archive, Museo Nacional del Prado, Madrid.

Rosa Bonheur, une femme puissante- comme il est de bon ton de qualifier aujourd’hui une femme qui ne craint pas de prendre sa vie et son destin en main.

En présentation de l’exposition « Rosa Bonheur (1822- 1899) », il est indiqué : « Je ne me plaisais qu’au milieu de ces bêtes, je les étudiais avec passion dans leurs mœurs. Une chose que j’observais avec un intérêt spécial, c’était l’expression de leur regard : l’œil n’est-il pas le miroir de l’âme pour toutes les créatures vivantes ? n’est-ce pas là que se peignent les volontés, les sensations des êtres auxquels la nature n’a pas donné d’autre moyen d’exprimer leur pensée ? »



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Rosa Bonheur (1822-1899), La Foulaison du blé en Camargue, 1864-1899, huile sur toile. © Musée des Beaux-Arts de Bordeaux, photo F. Deval.

A Bordeaux, les co-commissaires Sandra Buratti-Hasan et Leïla Jarbouai ont voulu « faire (re)découvrir au public la puissance et la richesse de l’œuvre de Rosa Bonheur » et rappellent : « On lui a collé une étiquette de peintre réaliste et académique qui n’intéressait plus après la période des avant-gardes. Et puis ses œuvres, dispersées, étaient difficiles à voir ».

Ainsi, elles ont plongé dans l’immense corpus de l’artiste et retenu une sélection de plus de 200 œuvres (peintures, arts graphiques, sculptures, photographies) issues des plus prestigieuses collections publiques et privées d’Europe et des États-Unis. Ainsi, on peut, au fil de la visite, admirer des tableaux essentiels de l’artiste bordelaise, tels « Le Roi de la forêt » (un majestueux cerf), « La Foulaison du blé en Camargue » (la beauté et l’énergie de chevaux à demi sauvages), « Le Labourage nivernais, dit aussi Le sombrage » (des bœufs travailleurs de la terre, acclamé au Salon de Paris 1849) ou encore « Le Marché aux chevaux » (1853)…

Rosa Bonheur a grandi dans le quartier Saint-Seurin à Bordeaux. Famille d’artistes, quatre enfants. Toute jeune, Rosa griffonne, crayonne- surtout des animaux. Son père, lui-même portraitiste, lui transmet les bases de l’art qu’il a reçues de Pierre Lacour, directeur de l’école municipale de dessin de Bordeaux qui disait et répétait : « Il ne faut pas s’attaquer d’emblée à une toile définitive. Une pochade ne suffit pas, il faut faire des études sérieuses. Vous recueillerez ainsi des documents qui vous resteront et que vous pourrez consulter sans cesse ».

Jamais de toute sa vie de peintre et de sculptrice, Rosa Bonheur n’oubliera les recommandations de Pierre Lacour. Elle offrira à la postérité des œuvres au format XXL, à la précision photographique. Commentaire de Sandra Buratti-Hasan : « Elle souhaite donner à la peinture animalière les mêmes lettres de noblesse que celles de la peinture d’Histoire ».

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Rosa Bonheur (1822-1899): Labourage nivernais, dit aussi Le Sombrage, 1849, huile sur toile © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais /photo Patrice Schmidt.

« Vestale de l’art, égérie du féminisme, éprise de liberté et d’idéal » comme le souligne l’historienne et romancière Patricia Bouchenot-Déchin, Rosa Bonheur a bousculé son époque.

Se jouant des règles de la société du 19ème siècle, elle porte le pantalon, ne craint pas d’aller dans les abattoirs pour observer l’anatomie de ses sujets, se moque de la domination masculine…



Elle est la première récipiendaire de la Légion d’Honneur en 1865 ; elle est aussi la peintre la plus connue et celle qui vend le plus- même dans le monde anglo-saxon ; elle voyage à Londres, dans les Highlands, du côté de la French Riviera ; croise le chemin de Buffalo Bill ; vit avec une femme et sa mère ; passe les quarante dernières années de sa vie près de Fontainebleau, dans le Château de By à Thomery…

Indépendante financièrement, elle est la pionnière de l’éco-féminisme- encore Sandra Buratti-Hasan : « Rosa Bonheur est aussi une icône LGBTQI+ car elle a vécu avec des femmes et s’est libérée des entraves assignées à ce qu’on appelait à l’époque le « sexe faible »Il y a d’un côté l’image d’une femme virile, cigarette aux lèvres, coupe garçonne et pantalon, qui peint taureaux, lions et étalons. Mais en même temps, elle n’entre pas dans des cases : à côté des animaux puissants qui ont fait sa renommée, il y a les délicats faons et biches qu’elle peint à l’aquarelle, tout en douceur, avec des pinceaux ronds, les paisibles brebis et moutons qui étaient parmi ses animaux favoris… Elle a toujours déjoué les codes ».

Serge Bressan

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Portrait de Rosa Bonheur, 1857, Édouard-Louis Dubufe (1819-1883) Huile sur toile © RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / photo Gérard Blot.

A voir :

« Rosa Bonheur intime ». Château de By, Thomery (Seine-et-Marne). Du 17 septembre 2022 au 30 janvier 2023).

  • « Capturer l’âme. Rosa Bonheur et l’art animalier ». Château, Fontainebleau (Seine-et-Marne). Jusqu’au 23 janvier 2023.
  • « Rosa Bonheur (1822- 1899) ». Musée d’Orsay, Paris. Du 18 octobre 2022 au 15 janvier 2023.

A lire :

  • « Rosa Bonheur (1822- 1899) », catalogue sous la direction de Sandra Buratti-Hasan et Leïla Jarbouai. Musée d’Orsay / Flammarion. 288 pages, 45 €.
  • « J’ai l’énergie d’une lionne dans un corps d’oiseau » de Patricia-Bouchenot-Déchin. Albin Michel, 386 pages, 20 €.

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